Politique

Chronique de l'absurde en Biélorussie, 3ème volet : frileuse société civile

Article publié le 14 décembre 2010
Article publié le 14 décembre 2010
Le 19 décembre, les électeurs biélorusses seront appelés aux urnes pour élire leur nouveau président. Cafebabel.com publie la chronique bimensuelle d'une journaliste française basée à Berlin qui s'est attachée à décrire les détails absurdes de la campagne dans la « dernière dictature d'Europe » (dixit Condoleeza Rice, ex-secrétaire d'Etat américaine).
Troisième épisode : les formes absurdes de la protestation biélorusse.

3 – Absurdité et société civile : tel président, telle protestation ?

Les dictatures sont en général des systèmes politiques dans lesquels l’État tout entier repose sur une seule et même personne. Par conséquent, cette personne, souvent énigmatique, demeure au centre de la vie politique et ce, même en dehors des projecteurs de la presse mise au pas. De même dans notre chronique, Alexandre Loukachenko occupait jusqu’à présent le rôle principal. Mais qu’en est-il de ceux qui s’opposent au régime ou cherchent simplement à infléchir le destin de leur pays ?

Résister en Biélorussie, un exploit

Nous n’interrogeons ici pas seulement l’opposition politique au sens strict, mais aussi cette entité que l’on appelle communément la société civile : soit l’ensemble des citoyens actifs s’engageant dans leur pays. Pour la Biélorussie, deux présupposés sont à prendre en compte :

D’une part, dans un pays où le régime considère comme une menace l’activisme et tente de l’entraver autant que faire se peut, on s’attend à une société civile plutôt faible et peu organisée.

D’autre part, qui, dans ce pays, s’insurge contre l’autorité, est un « dur à cuir » : et pas seulement parce que, pour dénoncer la pratique bien rodée de la fraude électorale, il faut protester sous la neige à -20° !

Le premier point est sûrement déterminant pour beaucoup de fondations et créanciers qui tentent de promouvoir la société civile en Biélorussie par l’entremise des projets les plus variés. Les quelques 2 500 ONG ne sont peut-être guère nombreuses comparé aux 10 millions d’habitants que compte le pays. Mais, aux vues des circonstances accablantes de liberté d'expression en Biélorussie, cela reste un nombre à ne pas négliger. Autre chose encore : dans le cadre du partenariat oriental de l’UE, c’est justement la société civile biélorusse qui affecte positivement le dialogue des sociétés civiles, avec notamment Sergei Maskewitsch comme porte-parole de sa commission la plus importante, le Forum de la société civile. De même, la protestation contre la construction de la première centrale nucléaire en Biélorussie – le pays qui a le plus souffert de l’accident du réacteur nucléaire de Tchernobyl – a été menée par les quelques organisations phares anti-nucléaire qui ont su bénéficier des forums et mécanismes internationaux engagés sur la question.

Militantisme « all-inclusive »

Une chose est sûre, la protestation nationale est loin de se présenter sous les meilleurs auspices. C'est pour y remédier qu’un groupe anti-nucléaire biélorusse a pris part en tant qu'observateur aux protestations allemandes contre le train Castor (qui transportait des déchets nucléaires de la France à l'Allemagne, ndlr). Il s’agissait pour eux d’un moyen idéal de piocher dans les bonnes pratiques de coordination et de savoir-faire militant, que ce soit sur les formes non-conventionnelles de résistance civile ou sur l’organisation de grandes mobilisations. Une surprise toutefois : un observateur se considérant appartenir à la frange biélorusse la plus radicale a regretté que les participants de la manœuvre aient dû dormir dehors. Alors, faut-il dire au-revoir à l’image de l’opposant biélorusse à la dure qui se bat, qu'il vente ou qu'il neige ? Cette réaction montre peut-être à l’inverse qu’un soutien extérieur peut aussi donner des résultats étranges, et produire occasionnellement une certaine mentalité « all-inclusive » ? Serait-il attendu que les bienfaiteurs et les organisations extérieures s’occupent de tout au point que l’on en oublie de faire appel à ses propres ressources ?Mais au-delà de la façon d’aborder la question essentielle du soutien externe, cela ne suffit pas à expliquer comment, en tant qu’observateur, on peut douter d’un blocage au motif que l’on ait dû dormir dehors à même la route bloquée ! On en vient à se demander si l’absurdité biélorusse s’est à ce point répandue que l’on doive dire adieu au bon sens de l’opposition biélorusse... A votre avis ?

Retrouvez toutes les chroniques de l'absurde en Biélorussie sur cafebabel.com :

Premier volet : truquer sa date d'anniversaire

Deuxième volet : Lukashenko provoque Medvedev