Politique

Chronique de l’absurde au pays de Loukachenko n°4 : le double discours

Article publié le 13 décembre 2010
Article publié le 13 décembre 2010
Le 19 décembre, les électeurs biélorusses seront appelés aux urnes pour élire leur nouveau président. Cafebabel.com publie la chronique bimensuelle d'une journaliste française basée à Berlin qui s'est attachée à décrire les détails absurdes de la campagne dans la « dernière dictature d'Europe ».
Quatrième et avant-dernier acte : la double rhétorique employée par la Biélorussie sur l’Union Européenne.

4 - Minsk et Bruxelles: l’attitude deLoukachenkovis-à-vis de l’UE

Le deuxième forum des sociétés civiles du Partenariat oriental de l’UE s'est tenu il y a peu. 18 mois après sa création, cette initiative européenne à l’intention de la Biélorussie, de l’Ukraine, de la Géorgie et de trois autres Etats post-soviétiques peut déjà tirer un premier bilan. Voire deux. Car Alexandre Loukachenko, président depuis 16 ans sans opposition politique, peut se permettre ce genre de caprices.

Deux poids, deux mesures

D’un côté on peut lire de Loukachenko une critique virulente sur l'absence de préparation adéquate du Partenariat oriental, qui n’aurait jusqu’à présent donné aucun résultat notable. Mais ailleurs, il se réjouit que ce projet n’ait pas perdu sa signification première. On apprend que s'il était initialement dans le camps des sceptiques sur ce projet, il aurait progressivement été convaincu de la nécessité de s’engager plus activement dans ce cadre.

Retrouvez toutes les chroniques de l'absurde en Biélorussie sur cafebabel.com :

Premier volet : truquer sa date d'anniversaire

Deuxième volet : Loukachenko provoque Medvedev

Troisième volet : l'absurde société civile biélorusse

Il est vrai que Lukashenko nous a habitués à des déclarations ridicules. Qu’on se souvienne seulement du talk-show ukrainien Svaboda SlovaLiberté de parole »), au cours duquel il admit sur le ton de la confidence, cédant ainsi au protocole, avoir grandi au son des vers du fameux auteur biélorusse (et opposant au régime) Vasil Bykov. Toute sa vie, ce dernier n’a en fait écrit qu’en prose. On se dit alors qu'en se penchant à nouveau sur les deux déclarations antinomiques du dictateur - dont on se rappelle pourtant qu'il fut président de la commission anti-corruption biélorusse en 1993 - la lumière pourrait venir de leurs contextes respectifs.

Dents en or contre droits de l'homme

Sachant que les subventions de l'UE visent à appuyer le pluralisme et la démocratie, le Partenariat oriental fait assez mauvaise figure. Dans ce cas précis, Loukachenko s’est d’ailleurs emporté sur le fait que la Biélorussie n’ait pas été acceptée comme membre de l’Assemblée parlementaire Euronest sur l’allégation qu’aucun représentant de l’opposition ne siège au Parlement biélorusse. A l’opposé, le Partenariat oriental est salué de manière chaleureuse lorsque se présente la possibilité de faire des affaires. C’est ainsi que les paroles favorables au Partenariat citées dans ce texte furent prononcées à l’occasion de la visite de la présidente lituanienne, Dalia Grybauskaite, alors que Loukachenko soulignait le besoin de projets d’infrastructure en grand nombre, qui ne profiteraient pas seulement à la Lituanie et à la Biélorussie, mais également à l’UE. Dans cette perspective, il serait plus que prêt à participer au partenariat. En d’autres termes, Loukachenko applique aujourd’hui à l’UE la même stratégie qu’il menait auparavant avec la Russie : faire des promesses quand elles ne l’engagent à rien, et tirer un maximum de profits de la confiance qui peut lui être accordée. Conformément à ce principe, il adapte sa rhétorique en fonction des cas.

Reste à vérifier si le double discours du leader biélorusse sera pris en compte lors du décompte des votes le 19 décembre. L'arithmétique de Loukachenko deux poids deux mesures est-elle apparue aussi clairement aux yeux de Guido Westerwelle (ministre des Affaires Etrangères allemand) quand, lors d’une visite à Minsk le 2 novembre dernier, le président biélorusse lui assura que les élections à venir se dérouleraient dans un tel climat de transparence que ce dernier pourrait venir lui-même recompter les votes ?