Politique

« C'est la démocratie directe qui nous distingue de l’Union européenne »

Article publié le 31 juillet 2007
Article publié le 31 juillet 2007
Neutralité légendaire ou réputation de paradis fiscal : autant de thèmes que l’ambassadeur suisse auprès de l’Union européenne n’hésite pas à aborder.

L’ambassadeur suisse auprès de l’Union européenne, Bernhardt Marfurt, est chargé de représenter la Suisse quand il s’agit de mener à bien les négociations avec les institutions européennes à Bruxelles. Selon lui, la relation existant entre la Suisse et l’Union est faite de réciprocité et s’avère très productive, malgré une différence majeure entre les deux partenaires : leur système politique.

Quelle raison peut expliquer le refus de la Suisse d’adhérer à l’Espace économique européen en 1992 ?

Plusieurs raisons la justifient, mais la plus importante réside dans les conséquences politiques qu’une telle adhésion aurait entraînées. Notre système politique en aurait été sérieusement affecté. Au sein du marché intérieur, il existe de nombreux domaines dans lesquels les décisions sont arrêtées à Bruxelles, alors qu’en Suisse le dernier mot dans certaines matières doit revenir au peuple, via la formule du référendum -très utilisé dans ce pays-. Il arrive parfois que quatre référendums soient organisés dans une même année. Participer au développement de l’espace économique européen signifierait un changement de cette configuration et le dessaisissement du peuple de certaines compétences. Une telle démarche est susceptible de mettre le système politique suisse hors service. C’est pourquoi les accords bilatéraux nous permettent de conserver une plus grande liberté.

Si la Suisse faisait partie de l’Union européenne, perdrait-elle sa neutralité ?

Non. Il y a d’autres Etats membres de l’UE, qui se considèrent comme neutres sur certains aspects. On peut citer l’exemple de l’Autriche. Cela ne signifie pas que nous ne serions pas solidaires avec les autres Etats, mais seulement qu’une limite s’appliquerait à la coopération militaire. A l’heure actuelle, les traités ne comportent aucune disposition obligeant un Etat à abandonner sa neutralité.

Que répondriez vous à ceux qui pensent que la Suisse est un paradis fiscal pour riches Européens qui ne souhaitent pas payer leurs impôts dans leurs Etats ?

Je leur dirais qu’en Suisse, disposer d’un faible taux d’imposition est une tradition et qu’ici, c’est le peuple qui décide de son taux. Si un canton envisage d’augmenter sa fiscalité, il doit procéder à un référendum permettant au peuple de décider. Il s’agit d’un contrôle politique très efficace si l’on veut éviter que les impôts n’augmentent à des niveaux très élevés. J’ai bien conscience qu’en comparaison avec certains Etats de l’Union, les taux peuvent sembler très bas mais ils sont légitimes. C’est notre droit d’organiser notre système fiscal comme nous l’entendons. De plus, dans quelques pays des Vingt Sept, comme au Royaume-Uni par exemple, des accords particuliers sont conclu dans le seul but de rendre attractive l’éventualité d’aller y travailler. De sorte que nous ne sommes pas les seuls à disposer d’accords attirants aux yeux des personnes qui gagnent beaucoup d’argent.

Pouvons nous alors dire que la Suisse est bel et bien un paradis fiscal ?

Tout dépend de ce que vous entendez par paradis fiscal. En Suisse, tout le monde paie ses impôts, toutefois il existe aussi des accords particuliers pour les personnes qui n’ont aucune activité professionnelle en Suisse, comme le chanteur français Johnny Hallyday. Cependant, le nombre de personnes qui souscrivent à cet accord avoisine les 3500 individus. On ne parle donc pas d’un chiffre hors normes.

Les Suisses sont ils nationalistes ?

Cette question me surprend, surtout si l’on tient compte du fait que la Suisse compte environ 21 % d’étrangers parmi sa population. Il s’agit du taux d’étrangers le plus élevé en Europe, après le Luxembourg. Je ne crois pas que l’on puisse être considéré comme des xénophobes, cette illustration démontre justement le contraire. Nous sommes évidemment fiers de notre nation, de notre patrie. Si la Suisse a une équipe de football, nous allons la soutenir en vue d’une victoire, mais pour autant je ne pense pas que l’on se trouve en présence d’un nationalisme excessif, qui jouerait un rôle particulier dans le champ de nos relations avec l’UE. Je suis nettement plus convaincu que c’est la tradition de la démocratie directe qui nous distingue et qui explique essentiellement que nous ne soyons pas membres de l’Union européenne.