Politique

Catalogne : divorces, constitutions et simagrées

Article publié le 13 novembre 2015
Article publié le 13 novembre 2015

La Catalogne débute la semaine à la une des tabloïds du monde entier après avoir annoncé son divorce avec l'Espagne, sans le consentement de Madrid.

Ce lundi, les membres du pouvoir exécutif catalan ont donné leur accord pour présenter la motion de censure qui enclencherait le processus visant à créer les bases de la nouvelle Catalogne républicaine, à savoir la Constitution, le ministère des Finances et le système de sécurité sociale catalans.

Ceci représenterait l'étape tant espérée suite à la victoire de la coalition indépendantiste Junts pel Sí lors des élections du 27 septembre et au tumulte qui a suivi, ce qui a laissé le Parlement sans président et avec un futur pour le moins incertain.

Toutefois, il s'agissait juste d'une question de temps pour cette Catalogne fervente et impatiente qui jouait sa dernière carte contre le refus du gouvernement central immature et rétif à toute négotiation.

Le pouvoir exécutif de Mariano Rajoy s'est caractérisé par son manque d'action politique lorsque le sentiment indépendantiste catalan a pris de l'ampleur, refusant de ce fait de négocier avec l'actuel président du Parlement, Artur Mas, et prétextant que l'unique option, pour les Catalans, était d'entamer un processus de refonte de la Constitution.

Néanmoins, modifier la Constitution espagnole requerrait l'obtention d'une majorité de votes au Congrès, ce qui s'avère chose impossible pour les 47 élus catalans. Au vu du peu d'efforts fournis par Madrid et en l'absence d'une base juridique permettant d'obtenir plus de pouvoirs, l'unique solution évidente est le divorce.

Bien que cela soit la seule option viable, elle plonge la Catalogne dans une impasse politique. Avec cette déclaration unilatérale d'indépendance, la Catalogne enfreint la Constitution espagnole qui affirme que l'Espagne est une entité « indissoluble ».

La seule façon de s'opposer à une Consitution un peu désuète est de recourir à l'aide internationale, et notamment à celle de l'Union européenne. Cependant, Bruxelles, qui se remet tout juste des plans de sauvetage, des flots de migrants et des tensions croissantes en Orient, n'est que peu intéressée pour tendre la main au nouvel État catalan.

Le Conseil européen considère que la fragmentation de l'Espagne conduirait à une vague de fractures d'autres micro-régions telles que l'Écosse, les Flandres, la Padanie, Madère, la Bavière ou encore la Scanie, dessinant de ce fait une carte de micro-États instables qui pourraient, à nouveau, faire ressurgir l'instabilité politique sur le Vieux Continent.

Cette situation isole la Catalogne politiquement suite au recours présenté par le gouvernement de Mariano Rajoy devant le Tribunal constitutionnel, qui a suspendu la motion de censure du Parlement. Une décision qui contraint les politiques catalans à aller de l'avant en enfreignant, une fois de plus, la loi espagnole.

Si jamais cette histoire se termine par la création d'un État catalan ou par un sentiment de honte tel que la Catalogne s'en remettra difficilement, l'ensemble du processus indépendantiste aura servi à mettre en évidence les carences évidentes du système politique espagnol ainsi que la nécessité de renouveler un système juridique et politique qui continue de se fonder sur des principes anti-démocratiques qui restreignent les droits fondamentaux, comme celui de l'auto-détermination.

Il sera intéressant de voir comment se solde une demande de divorce qui ne semble pas vouloir se régler à l'amiable.