Politique

Cas pratique: la Bulgarie et les objectifs de Kyoto

Article publié le 16 décembre 2009
Article publié le 16 décembre 2009
Ah, les Bulgares ! Pas facile de les mobiliser. La plupart des entreprises, quand elles ne se contentent pas de faire le minimum légal requis en matière d'environnement, cherchent à faire de leurs activités écologiques un outil de marketing. Décryptage.

Mythe n°1 : « La Bulgarie ne fait aucun effort en matière d'écologie »

Faux. Le 10 décembre dernier, la vice-ministre bulgare de l'environnement, Ivelina Vasileva, a participé à la 12e conférence de la Commission internationale pour la protection du Danube à Vienne, une réunion consacrée à la protection du fleuve et de l'écosystème de la Mer noire. Selon un rapport récent de la Deutsche Bank, la Bulgarie est appelée à dépasser largement son objectif de Kyoto visant à réduire de 8 % son niveau d'émissions de gaz à effet de serre par rapport au niveau de 1988 pour la période de 2008 à 2012. Le pays pourrait même descendre jusqu'à 35 % en-dessous du niveau de référence d'ici 2010. Déjà en 2002, le gouvernement bulgare avait mis en place une nouvelle stratégie énergétique, renforcée en 2007 par un projet de loi garantissant l'augmentation de la part des énergies renouvelables. Formidable ? Pas si sûr, car en 1988, la Bulgarie était toujours plongée dans l'ère communiste, marquée par des négligences en matière d'environnement et par des taux élevés de pollution industrielle. De plus, aujourd'hui encore, une grande partie de l'énergie produite en Bulgarie utilise du lignite (charbon composé de carbone).

Mythe n°2 : « Il n'existe aucune société favorisant le développement durable en Bulgarie »

Par « développement durable », on entend « sans impact sur l'environnement ». Or même les plus fervents défenseurs de l'environnement admettent qu'il s'agit là d'un objectif presque impossible à atteindre. « Tant qu'il n'y aura pas de réorientation de notre économie pour l'adapter au métabolisme biologique et abandonner nos anciens modes de production au profit de techniques éco-conceptuelles (« Cradle-to-Cradle »), rien ne sera vraiment efficace », déclare Georgi Stefanov, 32 ans, membre de l'ONG WWF (World Wide Fund for nature). « Pour chaque camion d'ordinateurs portables, nous produisons 18 camions de déchets. » Il n'existe dans le monde que de rares exemples de sociétés réellement engagées dans le développement durable, parmi lesquelles Interface, une société mondiale de production de moquette qui se rapproche chaque année de son objectif « pollution zéro ».

Les entreprises bulgares ont établi leurs propres définitions du mot « écologie ». Pour le secteur minier et industriel, la dimension écologique se résume au respect des normes. « C'est une question de coût. Les entreprises ne veulent pas devoir payer d'amendes pour excès de pollution ou mener des batailles légales onéreuses », déclare Boyan Rashev, 32 ans, co-directeur de Denkstatt, un cabinet-conseil en développement durable. Pour les grands fournisseurs de services, « écologie » est synonyme de bénéfices. Grâce à des techniques de marketing subtiles, les entreprises gonflent leurs efforts écologiques pour marquer des points auprès des consommateurs concernés par l'environnement. En plus de son logo vert, le géant des Télécoms, Globul, mène une campagne ambitieuse sur tous les fronts : recyclage des combinés de téléphone, protection du patrimoine environnemental... la liste est longue !

Mythe n°3 : « La crise est mauvaise pour l'avenir de la politique bulgare en matière de développement durable »

Autrefois, les normes écologiques étaient un mal nécessaire. Aujourd'hui, les firmes veulent à tout prix réduire leurs coûts sans perdre une main d'œuvre précieuse. En Bulgarie, la manière la plus simple d'y parvenir est à présent de choisir la voie écologique. En effet, les politiques de développement durable permettent d'optimiser l'utilisation de l'énergie et des ressources ; les entreprises peuvent alors continuer leur activité et protéger les emplois.

Mythe n°4 : « Le développement durable repose principalement sur une réforme industrielle »

« Les 160 millions de bâtiments présents en Europe consomment 40 % de l'énergie et sont à l'origine de 40 % des émissions de gaz à effet de serre », déclare Petar Tashev, 27 ans, du Facilities magazine. Il est donc capital d'introduire l'écologie dans le secteur immobilier. En Europe, il est plus facile de prendre une décision concernant les rénovations et l'amélioration de la consommation énergétique des vieux immeubles résidentiels. « Il s'agira là d'un obstacle majeur car, contrairement à ce que l'on peut observer en Europe occidentale où les immeubles à appartements appartiennent souvent à un même propriétaire, les Bulgares sont traditionnellement propriétaires de leur appartement », déclare Tashev. Avant de rénover un bâtiment ou une façade, il faut s'assurer que tous les propriétaires sont prêts à accepter un tel investissement.

D'ici 2018, tous les nouveaux bâtiments construits en Europe devront respecter des normes écologiques en accord avec la Directive sur la performance énergétique des bâtiments de 2002. Après avoir passé sept ans dans les limbes politiques, cette directive a finalement été relancée par le Parlement européen et la Commission européenne en novembre 2009. En Bulgarie, il faudra probablement changer un peu plus que les ampoules électriques. « Lorsque les firmes occidentales veulent acheter des immeubles de bureaux, elles cherchent des immeubles à faible consommation d'énergie, disposant d'un système central de gestion », déclare Tashev.

Mythe n°5 : « Les entreprises bulgares ne veulent pas se mettre au vert »

Vrai, en partie. Il faudra davantage de mesures pour mener à bien la transition des combustibles fossiles vers les énergies renouvelables. « Nos entreprises ne veulent pas se mettre au vert. Notre gouvernement n'emploie pas les bonnes méthodes pour leur donner envie de passer au vert », déclare Borislav Sandov, 26 ans, membre du parti écologique bulgare. Rashev précise que le gouvernement devrait avant tout s'occuper de taxer les pollueurs. « Il existe des projets très ingénieux en Bulgarie, explique Rashev, mais ils sont encore peu connus. Une société industrielle utilise la chaleur du cuivre en fusion pour produire sa propre électricité, ce qui lui permet aujourd'hui de couvrir jusqu'à 40 % de ses besoins énergétiques. La meilleure solution ? Encourager les sociétés à trouver leur propre manière de se mettre au vert. »

Pour la Bulgarie, reste à savoir comment développer cet élan écologique. Le pays devrait tirer les leçons de ses pairs d'Europe occidentale, économiquement plus avancés et dont les politiques écologiques sont bien plus élaborées. Il faudra du temps et une approche multiple adaptée aux conditions locales. « Grâce à un réseau d'ONG très efficaces, il est possible de convaincre de nouvelles personnes et d'en faire des partenaires », déclare Stefanov. Ces personnes soulèvent les questions au niveau national, surtout en Bulgarie où aucun débat ne sucite l'intérêt général s'il n'y a pas d'avantages économiques significatifs à la clé.

Crédits photos: 1-eesti/flickr ; 2- pictalogue/flickr ; 3-sludgeulper/flickr