Politique

Cartes d'identité en Géorgie : le retour du diable ?

Article publié le 15 janvier 2014
Article publié le 15 janvier 2014

En no­vembre, des membres de l’Église ont or­ga­nisé des ma­ni­fes­ta­tions dans la ca­pi­tale géor­gienne, pro­tes­tant contre un objet qui ne semble pour­tant poser aucun pro­blème, la carte d’iden­tité. Selon eux, les nou­velles cartes d’iden­tité élec­tro­niques mul­ti­fonc­tions sont pos­sé­dées par le diable.

En août 2011, la mi­nistre de la Jus­tice a mis à la dis­po­si­tion de cha­cun des cartes d’iden­tité nu­mé­riques, une pre­mière pour les uns, le rem­pla­ce­ment d’une an­cienne pour les autres. Dif­fi­ciles à fal­si­fier, ces nou­velles cartes d’iden­tité per­mettent éga­le­ment à tous d’avoir sa propre si­gna­ture di­gi­tale. De plus, cha­cun peut dé­sor­mais ef­fec­tuer des opé­ra­tions ban­caires en ligne, payer des fac­tures, ache­ter des ti­ckets de bus, et même vé­ri­fier leurs notes ou s’ins­crire à des cours. Mo­dernes et pra­tiques, elles permettent également aux étu­diants d'ob­te­nir des di­zaines de ré­duc­tions. Mal­gré tous ces avan­tages, l’Église s’op­pose à l’adop­tion de ces cartes.

Une vidéo promotionnelle hallucinante où un mec, dans un décor de Sims, devient soudainement un super-héros grâce à sa nouvelle carte d'identité.

Liberté, périe

Tea Gegia, du Col­lec­tif Or­tho­doxe, le Père Zo­sime de l’Église Qua­sh­veti à Tbi­lissi, et l’avo­cate Irma Band­ze­ladze fi­gurent parmi les op­po­sants. Après les ré­centes ma­ni­fes­ta­tions du 21 no­vembre, les or­ga­ni­sa­teurs ont été in­vi­tés à dé­battre de leur po­si­tion à la radio. L’avo­cate Irma Band­ze­ladze af­firme que les pa­piers d’iden­tité violent la li­berté des per­sonnes, les in­for­ma­tions per­son­nelles étant en­re­gis­trées dans un sys­tème cen­tral. Cet ar­gu­ment, ce­pen­dant, n’est pas très ra­tion­nel puisque le gou­ver­ne­ment et les banques stockent déjà ces in­for­ma­tions, et que per­sonne ne s’y est ja­mais op­posé.

Mais le plus trou­blant, c'est que les re­pré­sen­tants de l’Église af­firment par­ler au nom de toute la com­mu­nauté. Ac­tuel­le­ment, seule­ment 100 000 per­sonnes ont signé une pé­ti­tion contre l’uti­li­sa­tion des cartes d’iden­tité élec­tro­niques, alors que la Géor­gie compte en­vi­ron 4 mil­lions d’ha­bi­tants. Mal­gré ces chiffres, Irma Band­ze­ladze sou­tient que 99% des Géor­giens veulent re­trou­ver leur an­cienne carte d’iden­tité.

LE SE­COND RE­TOUR DU CHRIST

Le fa­na­tisme re­li­gieux est com­mun en Géor­gie, et ceux qui s’op­posent aux cartes d’iden­tité fondent leur prin­ci­pal ar­gu­ment sur la su­per­sti­tion. Le Père Zo­sime af­firme que les cartes d’iden­tité élec­tro­niques an­noncent le se­cond re­tour du Christ. Il pense éga­le­ment que l’uti­li­sa­tion d’un code barre pour l’achat de pro­duits dans un su­per­mar­ché est le signe de l’ar­ri­vée de l’apo­ca­lypse. Si les cartes nu­mé­riques sont sup­pri­mées, ce groupe de re­pré­sen­tants re­li­gieux pré­voit éga­le­ment d’exi­ger des Géor­giens qu’ils n’uti­lisent plus leurs nu­mé­ros per­son­nels sur leurs pa­piers d’iden­tité, ou toute autre nu­méro d’iden­ti­fi­ca­tion.

Alors que le gou­ver­ne­ment géor­gien tente de co­opé­rer avec leurs op­po­sants, aucun consen­sus n’a été trouvé. Avec l’es­poir de sen­si­bi­li­ser l’opi­nion pu­blique quant à la na­ture in­of­fen­sive de cette in­no­va­tion, la mi­nistre de la Jus­tice a fait quelques ap­pa­ri­tions té­lé­vi­sées pour par­ler de ces nou­velles cartes. Elle a même dif­fusé une vidéo in­for­ma­tive de 5 mi­nutes, pré­sen­tant des ar­gu­ments so­lides qui s’ap­puient sur les dé­cla­ra­tions de tech­ni­ciens et ex­perts in­for­ma­tiques, qui af­firment qu’au­cun signe d’An­té­christ bi­blique n’a été in­té­gré dans la puce élec­tro­nique, le sym­bole mal­heu­reux sur le­quel les groupes ul­tra-or­tho­doxes s’ap­puient. En dépit de cet ef­fort, les op­po­sants aux cartes d’iden­tité ne semblent pas prêts à aban­don­ner.