Politique

Bulgarie et Slovénie : Leader Price

Article publié le 27 février 2013
Article publié le 27 février 2013
C'est ce qui arrive lorsque vous combinez les difficultés économiques d'une élite politique corrompue, une dose de populisme, quelques mesures d'austérité et une population complètement désabusée qui perçoit qu'elle a été dupée.
Des manifestations massives ont encore eu lieu en Bulgarie hier, le 25 février et si la tête Premier ministre bulgare est déjà tombée celle de son homologue slovène devrait rouler aujourd'hui même.

En 2012, le journaliste économique de l’émission Newsnight de la BBCPaul Mason a écrit un livre qu’il a intitulé Pourquoi le coup d’envoi est-il donné partout : les nouvelles révolutions mondiales (Why It's Kicking Off Everywhere: The New Global Revolutions,nldr). Le livre de Mason a couvert les pays qui faisaient les manchettes à l'époque, décrivant les causes et les conséquences de la crise politique en Egypte, en Grande-Bretagne, en Grèce et aux États-Unis. Loin de n’être qu’une année tumultueuse à documenter, 2012 a été marquée par les épreuves et les griefs qui ont suscité ces révoltes. En Europe, 2013 pose la question désormais du « pourquoi ».

En Slovénie, les profits d'une société privée à Maribor a suscité l'indignation qui s'est rapidement muée en un mouvement de protestation contre une élite politique corrompue en novembre 2012. En Bulgarie, la situation était pratiquement identique au début 2013. Le mécontentement vis-à-vis des prix élevés de l'énergie et de la spéculation a conduit à l'occupation de l'espace entourant les entreprises tenues pour responsables. La colère des manifestants s’est rapidement dirigée contre les politiciens corrompus de leur pays. Les citoyens bulgares du pont de l’Aigle à Sofia et du bâtiment de l’Hôtel de ville de Varna ont continué à protester, même après avoir provoqué la démission de la « mafia » (en forçant l’examen des allégations sur les liens entre le Premier ministre Boïko Borissov et la crime organisé). Même les slogans sont identiques dans les deux pays qui ont vu leurs protestations devenir violentes et sanglantes lorsque le conflit a éclaté entre les manifestants et la police.

Malgré ces similitudes, les réactions des dirigeants bulgares et slovènes n'auraient pas pu être plus différente. Le Premier ministre bulgare a démissionné en quelques jours. Son homologue slovène s'accroche bec et ongles au pouvoir, même après avoir été considéré comme illégitime par tout le monde. Désormais, évincer un homme politique relève presque de la formule magique. Mais les similitudes entre Borisov et Jansa - jumelées à la conjoncture économique - peuvent servir d’indices afin d’expliquer la raison pour laquelle ces deux hommes se verront privés de tout exercice du pouvoir dans le futur.

Les populistes ne sont plus populaires

Le populisme, la corruption et les promesses non-tenues sont leur marque de fabrique. Au départ élu en 2009, Boiko Borisov est l’ancien maire de Sofia, politiquement de centre-droit et fondateur du parti politique GERB. Ancien garde du corps, entraîneur de karaté et policier, il est connu pour sa carrure et ses tactiques politiques populistes. Le ministre bulgare a également été accusé d'être à l’origine de transactions commerciales louches visant à arranger certaines procédures pour des parents ou des amis. Alors que la population se détourne de ces accusations, tout comme d’autres le reliant à des scandales concernant un détournement de gaz ou à un trafic de méthamphétamines, il semble que les difficultés économiques ont eu une bonne fois pour tout raison de la patience des Bulgares. Le gel des salaires et des retraites ont profondément affecté le peuple depuis que Borisov est arrivé au pouvoir, et la plupart des rémunérations en Bulgarie (360 euros par mois) sont de moitié inférieurs à la moyenne de l'UE. Nombreux sont ceux qui estiment que la promesse de Borisov de « la revanche des pauvres contre la transition » n’était qu’une coquille vide.

En marge des élections législatives de juin 2013, cette démission pouvait très bien revêtir un caractère stratégique.

La situation a conduit les Slovènes à se dresser contre la corruption et l'hypocrisie d'un leader qui avait l'habitude de s'indigner

Pendant ce temps là, Jansa a fait preuve d'un mépris total vis à vis de sa fonction d’élu, en utilisant une multitude d'excuses pour justifier sa décision de ne pas démissionner. Le journal slovène Delo salue Borisov comme un modèle, tout en critiquant l'hypocrisie et l’acharnement de Jansa pour le pouvoir. Une caractéristique en totale opposition avec son ancien rôle de militant de premier plan et de champion de la démocratie dans les années 1980. En 1994, Jansa dénonce le président Milan Kucan, qui avait pointé l’abus de ses liens informels avec les actions subversives. Peu après, l’éviction de Jansa alors ministre de la défense avait suscité des manifestations de masse en sa faveur. Une décennie plus tard, Jansa est accusé de corruption alors qu’il est lui-même au pouvoir. Semblable à celle de Borisov, la rhétorique politique de Jansa a été décrite comme radicalement populiste. Comme en Bulgarie, la situation a conduit les Slovènes à se dresser contre la corruption et l'hypocrisie d'un leader qui avait l'habitude de s'indigner.

Selon Stefan Ralchev, associé de recherche à l'Institut d'études régionales et internationales basé à Sofia, les difficultés économiques sont le facteur le plus important dans l'éveil de l'esprit critique bulgare. Selon cet analyste, Borisov pourrait avoir démissionné dans le but de sauver son parti de l’effondrement, en vue des élections de juillet. En d'autres termes, en faisant preuve de sa fidélité à la volonté du peuple, il espère obtenir son soutien et revenir triomphalement à une date ultérieure. Dans le cas de Jansa, l’option d’une démission héroïque n’a pas été retenue, mais si les problèmes économiques des deux pays ne sont pas traités rapidement, il est fort peu probable que l'un de ces hommes soit encore au pouvoir l'été venu.

Photos : 'Balkans wake up' manifestation à Sofia du 24 Févirer (cc) georgeXchelebiev/ on facebook; Texte Borisov (cc) European People's Party - EPP/ Vidéo (cc) AlJazeeraEnglish/YouTube