Politique

Brexit : « Ils sont fous, ces Anglais ! »

Article publié le 12 octobre 2016
Article publié le 12 octobre 2016

Au congrès du parti des conservateurs de Birmingham, le ministre britannique au Commerce international, Liam Fox a évoqué l'une des clés les plus importantes de la négociation du Brexit : laisser les citoyens européens résidant au Royaume-Uni dans l'incertitude. Et soudain, les mots d'Obelix n'ont jamais paru aussi actuels : « Ils sont fous, ces Anglais ! ». 

« Ils sont fous, ces Anglais ! », lâche Obélix, sans détour, dans le film Astérix chez les Bretons. Son commentaire trouve parfaitement sa place à l'heure du Brexit. Obélix est en bonne place sur la couverture du livre de Johann-Günther König Die spinnen, die Briten! Das Buch zum Brexit (Ils sont fous ces Anglais! Le livre du Brexit, ndlr), mais aussi dans les médias allemands - du Zeit à la TAZ  -  en passant par la chaîne de télévision NDR. La petite phrase s'impose comme le titre le plus fréquemment repris pour évoquer le Brexit. 

Difficile d'en être autrement après les récentes déclarations de Liam Fox, ministre britannique du Commerce international, sur le statut post-Brexit des citoyens européens vivant en Grande-Bretagne. Un statut incertain qui fait d'eux un des enjeux clés des négociations sur le Brexit. En effet, d'après Fox, cette incertitude pourrait être utilisée comme un moyen de négocier les déclicats pourparlers à venir sur le divorce entre le Royaume-Uni et l'Union européenne.

Par pure stratégie donc, ce sont 2 millions de ressortissants européens qui n'ont toujours pas idée de la sauce à laquelle ils vont être mangés. Eux, qui se sont installés en Grande-Bretagne, qui y travaillent et y paient leurs impôts, qui y ont construit leur vie, qui ont investi dans le pays, qui ont placé absolument toute leur confiance dans leur nouveau pays, amie et partenaire de l'Union européenne. 

Cela ne doit pas être très agréable d'être réduit à une simple monnaie d'échange. Ces citoyens se sont installés sur l'île dans le cadre de l'accord de libre-circulation, que le gouvernement britannique a signé. Selon ce même accord, de nombreux citoyens britanniques travaillent et vivent dans différents pays de l'Union européenne, sans avoir besoin d'aucune autorisation. De vrais Européens convaincus diraient que c'est aussi bien comme ça. 

La maladroite « prise d'otage politique » de 2 millions de citoyens européens par le gouvernement britannique de Theresa May, première ministre non élue, met en lumière un fort ressentiment contre l'Union européenne, qui semble pourtant infondé. En tant qu'État membre à part entière, signataire consentant des traités de l'UE, la Grande-Bretagne n'a pourtant jamais été une victime de l'UE. Encore moins une proie des citoyens du Vieux Continent. 

Si on devait considérer les citoyens européens résidant en Grande-Bretagne comme le fait Liam Fox, c'est à dire comme des usagers des ressources du pays, alors il faudrait sans doute tenir compte de ce qu'ils rapportent également. L'étude intitulée Les effets fiscaux de l'immigration, publiée en 2013  par le Centre de Recherche et d'Analyse des Migrations de l'Université de Londres, démontre que les citoyens de l'UE ainsi que ceux de la Norvège, de l'Islande et du Liechtenstein ont versé, entre 2000 et 2011, 34% d'impôts de plus aux caisses de l'administration fiscale britannique que ce qu'ils ont pu percevoir à titre d'allocations sociales. Alors, pour l'État britannique, les immigrants européens sont plutôt une bonne affaire. 

Et si Liam Fox les voit aussi comme une monnaie d'échange, on comprend mieux pourquoi il veut les présenter comme un atout dans sa négociation post-brexit. 

D'un point de vue très cynique, il pourrait même avoir raison. Le statut des citoyens européens résidant en Grande-Bretagne se révèle surtout être la carte maîtresse d'un problème tout à fait britannique : le Brexit a catapulté la Grande-Bretagne en dehors du marché unique, mais le gouvernement de May n'a aucune intention d'en partir. May n'a pas plus l'intention de tourner le dos aux quatre libertés fondamentales du marché unique (libre circulation des capitaux, des services, des biens et des personnes, ndlr). Seule la libre-circulation des personnes lui pose problème. 

Si elle quittait le marché unique, les citoyens européens seraient poussés de facto hors du marché du travail britannique. Est-ce conciliable avec un accès libre de la Grande-Bretagne au marché intérieur après le Brexit ? Ou alors peut-être que l'on pourra laisser le droit de séjour aux citoyens européens résidant déja dans le pays au moment du Brexit, en échange de l'accès au marché unique de la Grande-Bretagne ? Cela fait beaucoup de questions pour Obélix.