Politique

Biodiversité, le compte à rebours est lancé

Article publié le 12 mars 2008
Article publié le 12 mars 2008
Selon les Nations unies, 24 % des espèces de papillons, d’oiseaux et de mammifères ont déjà disparu de certaines régions d’Europe. L’UE se donne jusqu’en 2010 pour renverser la tendance.

785 espèces, faune et flore confondues, ont déjà disparus de la surface du globe. Un millier d’autres sont proches de l’extinction, et 17 000, gravement menacées. Ces données transmises par l’Union internationale pour la conservation de la nature mettent en garde : si nous persistons dans cette funeste voie, dès 2020, un tiers de la biodiversité mondiale ne sera déjà plus qu’un souvenir.

Voilà pourquoi, les pays membres de l’UE se sont entendus sur une date buttoir afin de stopper cet engrenage : ce sera l’année 2010. Sur le terrain, la fondation Gypaetus, responsable du projet Life, agit en faveur de la réintroduction du gypaète barbu

en Andalousie. Son objectif : maintenir l’équilibre très précaire entre l’Homme, son environnement et les autres formes de vie, et éviter que la chaîne organique soit définitivement rompue.

Pour maintenir la vie

Mais cette priorité majeure pour la Communauté connaît plusieurs obstacles : la pression démographique, l’urbanisation sauvage, le changement climatique, la surexploitation des ressources naturelles, les pratiques cynégétiques illicites et l’augmentation des espèces exotiques, mettent en péril la survie d’espèces autochtones comme l’orfraie. Ce fantastique oiseau charognard, si familier jusqu’au siècle passé dans la plupart des chaînes de montagnes européennes, ne survit plus aujourd’hui que dans les Pyrénées, en Corse et en Crète.

En 2004, la Fondation Gypateus, association à but non lucratif milite pour la préservation du patrimoine naturel et des paysages d’Andalousie. Elle a obtenu un financement européen pour son programme Life qui tend à réintroduire le gypaète dans cette région d’Espagne où l’espèce a disparu dans les années 80. Grâce à ce projet, et doté d’un budget de 1, 5 million d’euros, cinq jeunes oiseaux sillonnent de nouveau le ciel andalou depuis 2006, porteurs de grandes espérances. Evidemment, comparé à tous les problèmes environnementaux à l’échelle planétaire, ce succès peut paraître relativement modeste. Mais, malgré tout, il représente une avancée importante qui permet de démontrer que le pire peut encore être évité.

L’UE va de l’avant

Bien que l’Union ait commencé à légiférer sur la question de la biodiversité dès les années 70, aucune stratégie n’a vu le jour avant 2001. A partir de ce moment-là, pour la première fois, freiner la destruction de la biodiversité est devenu un objectif politique de premier ordre.

« C’est aussi cette année-là que, pour la première fois, la date concrète de 2010 a été retenue comme une échéance », ajoute José Eugenio Gutierrez, coordinateur du projet de la Fondation Gypateus. « Non seulement, nous sommes les garants de notre patrimoine biologique aux yeux des générations futures, poursuit-il, mais nous devons aussi lutter contre l’extinction de nouvelles espèces et prendre conscience que notre milieu naturel s’appauvrit de jour en jour, contribuant ainsi à mettre en danger notre propre survie. »

« Quand nous protégeons le gypaète et son habitat, cela bénéficie aussi à d’autres espèces, y compris à l’Homme. La nature nous dispense ses faveurs comme la régulation du cycle de l’eau ou du climat qui sont pour nous des biens indispensables et irremplaçables. »

Gypaète et vautour barbu

En Mai 2006, consciente de la gravité du problème, l’UE a présenté un plan de 150 mesures concrètes. Avec la ferme volonté de renforcer la liste actuelle des espèces préservées, Natura2000 a aussi mis l’accent sur la nécessité d’une action commune entre les pouvoirs publics et les secteurs, financiers, éducatifs et privés.

Animé par la même philosophie, le projet de Gypaetus s’inscrit dans cette démarche. D’un côté, promouvoir les réseaux transnationaux et de l’autre miser sur l’information et la sensibilisation comme autant de moyens préventifs. « Depuis le début, nous nous sommes montrés attentifs aux conseils prodigués par d’autres organisations internationales telles que le « Endangered european programm » qui coordonne les centres d’élevage en captivité, ou la « Fondation pour la défense du vautour barbu » qui tente de réintroduire cette espèce dans les Alpes , explique José Eugenio Gutierrez.

« Pour nous, le plus important est d’obtenir des résultats et de les partager, non seulement à un niveau scientifique, comme nous avons commencé à le faire avec les responsables de la réintroduction du gypaète dans l’Atlas marocain, mais également en sensibilisant l’opinion publique. Ignorer les faits est purement et simplement inacceptable », martèle Gutierrez.

Une plus grande cohérence politique et un financement souple et dynamique sont autant de clés pour prendre ce problème à bras le corps. Selon Ahmed Djoghlaf, secrétaire exécutif de la Convention pour la biodiversité biologique auprès de l’ONU, nous assistons à la vague d’extinction d’espèces la plus forte depuis la disparition des dinosaures.

« Il exagère peut-être ! Mais si nous ne renversons pas la vapeur au plus vite, les conséquences seront catastrophiques. La préservation de l’environnement est l’affaire de tous : c’est notre propre avenir qui est en jeu ! », insiste de son côté Gutierrez. Aujourd’hui, 11 mars 2008, il reste 661 jours avant 2010. Serons-nous prêts à temps ?

Observe le vol des Gypaètes