Politique

Berlin et Sofia, une affaire qui roule

Article publié le 26 février 2007
Article publié le 26 février 2007
Les entreprises allemandes sont nombreuses à investir en Bulgarie, une destination de choix, excepté la corruption.

Mitko Vassilev, le président de la Chambre de commerce et d’industrie germano-bulgare entend cependant rester optimiste quant à la suite des échanges commerciaux entre les deux pays qui pèsent près de 2,9 milliards d'euros de chiffre d’affaire

Quel est le chiffre d’affaire réalisées dans le cadre des relations commerciales germano-bulgares ?

Environ 2,9 milliards d’euros de chiffre d’affaire : c’est un record absolu, supérieur aux meilleures performances réalisées durant la période communiste, et mieux que tout ce que nous avons pu faire depuis la transition en 1990. En 2004, le volume de ces échanges commerciaux a augmenté de 22 %, en 2005 de 15 %, et nous espérons bien dépasser ces chiffres records.

Quel est l’intérêt pour une entreprise allemande d’investir en Bulgarie ?

L’Allemagne est le principal partenaire commercial de la Bulgarie, une nation qui présente différents avantages pour les investisseurs. La main-d’œuvre par exemple est bien formée et moins chère que dans les autres pays de l’UE. Les infrastructures et les compétences techniques sont là. Toutes ces qualités ne vont pas sans problèmes. Chaque année, nous réalisons une étude d’opinion auprès des investisseurs et des chefs d’entreprise allemands, et là nous entendons aussi bien des choses positives que négatives.

Que disent les investisseurs allemands de la collaboration avec les Bulgares, des conditions de travail sur place ?

Ils disent qu’ils s’attendent à une progression de la croissance du chiffre d’affaire. Ils affirment qu’ils souhaitent continuer à investir, et qu’ils vont embaucher. Mais ils mentionnent aussi un système judiciaire inefficace et une administration locale chicanière et corrompue.Quant à la main d’oeuvre, même si elle est bien formée et peu coûteuse, elle a cependant tendance à se raréfier. Dans certains secteurs en plein boom, comme le bâtiment, il n’est pas toujours facile de trouver de la main-d’œuvre qualifiée. Et avec l’entrée de la Bulgarie dans l’Europe, il faut s’attendre à ce que les salaires augmentent. Ce qui diminuera d’autant plus l’attrait du pays pour les investisseurs.

Vous avez abordé le thème de la corruption. Qu’en est-il précisément des entreprises allemandes et bulgares?

On parle beaucoup de corruption, mais il y a peu de cas dans lesquels des condamnations ont été prononcées. La corruption n’est pas un phénomène typiquement bulgare puisqu’elle existe aussi dans d’autres parties du monde. La différence, c’est que la Bulgarie fait en ce moment l’objet d’une attention particulière de la part de Bruxelles. Et certaines affaires passent désormais devant les tribunaux.

Pouvez-vous nous citer un exemple ?

Il y a par exemple l’affaire d’une société de chauffage urbain de Sofia. Durant une dizaine d’années, M. Dimitrov a été le directeur de cette entreprise dont la région de Sofia et l’Etat se partagent la gérance. Interpol a découvert un certain nombre de comptes en Suisse à son nom et les enquêteurs ont appris que des sommes colossales avaient été dépensées en frais de représentation et en achat de produits de luxe. Le montant des sommes détournées se chiffre lui en millions. Dimitrov n’a certes cependant pas agi seul et c’est un réseau entier qui est impliqué. Pour autant, le temps dira jusqu’où la justice pourra aller dans ses condamnations.

Vous semblez sceptique quant au pouvoir judiciaire...

Il est clair que la procédure va durer un certain temps. Au début du processus de réforme, la Bulgarie était comparée à un puit sans fond. Les entreprises allemandes ont perdu beaucoup d’argent, la période étant à l’hyper-inflation. L’instruction puis le jugement des délits étaient très longues et pouvaient durer de deux à quatre ans. C’est pourquoi les entreprises allemandes jugeaient inutile d’engager des poursuites. Aujourd’hui, les choses ont changé. Notre système bancaire et financier est stable. Mais les procédures judiciaires sont toujours trop longues, et c’est principalement ce que critique l’UE.

En ce qui concerne la fuite des cerveaux, c’est à dire l’émigration de la main-d’œuvre qualifiée, y-a-t-il là un vrai danger pour la Bulgarie ?

Ce phénomène de ‘brain drain’ a déjà entraîné la départ de près d’un million de Bulgares. Après la chute du communisme, ce sont justement les personnes les plus qualifiées – informaticiens, chimistes, ingénieurs – qui ont quitté le pays pour l’Amérique du Nord, l’Europe de l’Ouest ou l’Australie. Le problème n’est pas nouveau. Les gens qui émigrent soutiennent financièrement leurs parents, dont les retraites sont notoirement peu élevées, entraînant du même coup des transferts d’argent importants vers la Bulgarie. Nous espérons que ces personnes qualifiées rentreront un jour au payx. Les bas salaires restent cependant un obstacle à ce retour.

Vous dites que beaucoup s’en vont. Les gens qui partent peuvent-ils être remplacés, par des immigrés attirés par le nouveau statut d’Etat membre notamment ?

Oui. Beaucoup de Macédoniens demandent la nationalité bulgare. Des Turcs de Bulgarie qui avaient émigré veulent revenir et retourner dans leur maison. Pour certains projets spécifiques, on va même chercher des gens en Moldavie et dans d’autres pays – y compris en Chine.