Politique

Belle-maman

Article publié le 4 juillet 2007
Article publié le 4 juillet 2007

Il y a longtemps déjà, le poète satirique romain Juvénal prononçait cette parole pleine de bon sens : « Si vous voulez avoir la paix dans la maison, ne souffrez pas que votre belle-mère y donne des conseils ». Et sur ce point, les Européens semblent plutôt d'accord. Car si les Espagnols appellent affectueusement ladite marâtre ‘suegra’, les Italiens ‘suocera’ et les Portugais et Catalans ‘sogra’, la belle-mère chez les Allemands ‘Schwiegermutter’ n’est verbalement pas loin du véritable cauchemar [‘Schwiegermonster’].

Outre-Manche, on opte pour la distance polie : la relation avec belle-maman n’existe que par la loi. Mot à mot, ‘mother-in-law’ signifie ‘mère selon la loi’. D’ailleurs, dans l’Angleterre du 19ème siècle, une ‘mother-in-law’ désignait une bière éventée et amère. Aujourd’hui encore, un appartement attenant à une habitation reste qualifié de ‘mother-in-law suite’ (dépendance de belle-mère).

Pour autant, au Sud, les Espagnols aiment effrayer leurs invités avec des cotillons stridents le jour de la Saint-Sylvestre, une distraction que l’on appelle ‘matasuegras’ [tue-belle-mère]. En Italie, l’alliance belle-fille/belle-mère est gage d’intempéries comme en témoigne le dicton ‘Suocera e nuora, tempesta e gragnuola’ [belle-mère et belle-fille, orage et grêle]. Autre signe, le ‘coussin de belle-mère’ hexagonal (en espagnol dénommé ‘asiento de suegra’) est le surnom donné à une plante d’intérieur : un cactus originaire du Mexique.

Seuls les Français et les Néerlandais usent d’un vocabulaire flatteur pour désigner les génitrices de leurs épouses : que ce soit ‘belle mère’ dans l’Hexagone ou ‘schoonmoeder’ en néerlandais. Seraient-ils galants, lèches-cul ou victimes d'un soi-disant complexe d'Oedipe ?