Politique

Barroso : « La ratification du traité de Lisbonne revient aux Etats membres »

Article publié le 13 août 2008
Article publié le 13 août 2008
Le Président de la Commission européenne répond aux questions des membres de la communauté de cafebabel.com, de Berlin à Istanbul. Interview exclusive de José Manuel Durão Barroso sur le traité de Lisbonne, les futurs membres, et Bruxelles... qui n'est pas l'Europe.

Comment pourriez-vous créer une « opinion publique européenne » ?

Michele, Rome.

Dans un sens, une opinion publique européenne existe déjà, sinon cafebabel.com n'existerait pas. Le dernier sondage de notre Eurobaromètre montre assez clairement que les citoyens de l’Union européenne ne se sentent pas seulement citoyens de tel ou tel pays mais également citoyens européens. Bien que certains d'entre eux aient du mal à se considérer à la fois habitants de Munich-Bayern-Allemagne-Europe ou de Toulouse-Midi-Pyrénées-France-Europe, ce n'en est pas moins une réalité. Personne ne vous demande de choisir entre différentes identités ! Elles se complètent les unes les autres.

(Miguel A. Lopes/flickr)Ceci étant dit, ni les institutions publiques ni la Commission européenne ne peuvent « créer » une opinion publique européenne. Dans les sociétés pluralistes et démocratiques, cela se fait de bas en haut, ce n’est pas imposé par le haut. Nous travaillons sur deux points : premièrement, nous éradiquons la règlementation et les autres obstacles afin qu'une opinion publique européenne émerge à travers le marché unique, que je préférerais appeler l'espace des citoyens parce que cela dépasse le cadre des affaires et des activités économiques. Deuxièmement, nous nous adressons aux gens à travers toute l'Europe dans leurs différentes langues.

Qu'est-ce que la Commission européenne compte faire pour rendre l'Europe plus accessible au citoyen ordinaire et réduire le fossé entre celui-ci et les élites politiques ?

Alexander, Berlin

Les gens ont besoin de sentir l'Europe au quotidien, de voir une Europe des résultats. Les Européens répondent positivement quand ils voient la Commission s'attaquer au changement climatique, réduire le prix des télécommunications, faciliter les déplacements ou offrir la possibilité d'étudier partout en Europe, comme vous le savez. Par ailleurs, mes collègues et moi-même continuons de visiter les Etats membres pour comprendre les préoccupations des citoyens et débattre avec eux. Mais cela nécessite également un effort de la part de chaque nation ; l'Europe ne sera pas comprise tant qu'on ne verra en elle que cette chose appelée « Bruxelles ». La Commission travaille avec le Conseil européen - qui représente les gouvernements nationaux - et le Parlement européen – dont les membres sont élus par les citoyens. Donc l'Europe n'est pas réductible à « Bruxelles ». L’Europe, c'est l'ensemble des Etats membres. Les hommes politiques de chaque pays en sont les acteurs et doivent assumer ce rôle, sinon ça ne marchera pas.

Ne vous sentez-vous pas trop neutre face à la crise provoquée par le « non » irlandais au traité de Lisbonne ?

Angel, Séville

(informatique/flickr)Pas du tout. J'ai été invité par le gouvernement irlandais deux mois avant le référendum en juin dernier. J'ai rencontré les différents représentants des partis politiques et de la société civile, aussi bien les militants du « oui » que ceux du « non ». J'ai aussi rencontré des étudiants de l'université de Cork. Certains étaient favorables au traité, d'autres ne l'étaient pas. Je suis allé là-bas pour expliquer à la fois mes raisons personnelles et professionnelles de croire que l'Europe a besoin de ce traité. Vous pouvez lire mon discours ; je n'ai pas ignoré les sujets délicats comme les taxes et la politique agricole commune. Mais la ratification revient aux Etats membres. La Commission européenne ne peut pas mener une campagne électorale en Irlande. Il y a même des lois contre cela.

Vous représenterez-vous pour un second mandat à la présidence de la Commission européenne comme candidat du rassemblement ou comme candidat d'un des groupes politiques du Parlement européen ?

Fernando, Paris

Il est encore trop tôt pour parler d'un second mandat. Pour le moment, je me concentre sur celui-ci ! Je suis passionné par mon travail. Si je devais me prononcer aujourd'hui, je me représenterais. Mais la question n'est pas à l'ordre du jour, elle se posera l'an prochain. J'appartiens à une famille politique. J'aime créer un consensus pragmatique avec les autres familles politiques dont l'Europe a besoin pour avancer. Je suis heureux d'avoir reçu la reconnaissance de ma propre famille politique mais aussi celle des autres.

Pourquoi avons-nous eu un nouveau traité après les « non » français et hollandais en 2005, et pourquoi n’allons-nous pas changer le traité après le « non » irlandais?

Nicola, Bruxelles

Le Conseil européen a pris cette décision afin de trouver une solution. Il est nécessaire que tous les Etats membres soient entendus. C'est pourquoi le processus de ratification poursuit son cours pendant qu'il est donné à l'Irlande le temps nécessaire pour discuter et trouver le meilleur moyen d'avancer. Attendons de voir ce que l'Irlande proposera.

Est-ce que le résultat du référendum irlandais affectera les négociations pour l'entrée de la Turquie et de la Croatie dans l'Union européenne, qui ont commencé en 2005 ?

Ozçan, Istanbul

Il est clair que le traité de Lisbonne améliorera les conditions des futures adhésions à l’UE. Mais pour le moment personne n'est affecté : le processus d'élargissement consiste en des négociations successives. J'espère que la question du traité sera résolue quand les négociations sur l'élargissement aboutiront. Ce sera sans aucun doute plus rapide pour la Croatie que pour la Turquie.

Le Président n'a pas répondu aux questions suivantes :

Pensez-vous que le Conseil économique transatlantique (CET) a un avenir ? Si c'est le cas, quel genre de réalisations concrètes attendez-vous de voir pour le considérer comme un succès ? Tyson, London

Pourquoi ne pas avoir démissionné après le résultat du référendum irlandais ? Cela aurait été un message fort pour les citoyens. Alexandre, Toulon