Politique

Barroso est son propre ennemi

Article publié le 10 juin 2009
Article publié le 10 juin 2009
Barroso espère être reconduit par le Conseil européen pour un second mandat de cinq ans, mais les eurodéputés souhaitent qu'il présente un programme avant d'accorder leur soutien au conservateur portugais.

« Ce ne sont pas les candidats alternatifs qui manquent pour présider la Commission »

« Je suis en faveur d'une Europe politique, mais contre une confrontation politique de partis en Europe. Si nous sommes une réalité supranationale, nous devons être des politiques au-dessus des partis. » L'auteur de cette déclaration est le président de ce qui doit être le gouvernement de l'Europe : la Commission. Cela en dit long sur la conception qu'a le conservateur Barroso de la démocratie européenne. Barroso doit penser qu' « en temps de crise, il ne faut pas faire de changements ». Mieux vaut donc ne pas trop se pencher sur son bilan, à l’heure où sa réélection est en jeu ! « Ce ne sont pas les candidats alternatifs qui manquent pour présider la Commission », s'est-il lui-même risqué à déclarer, à Varsovie, il y a quelques semaines.

(PE)L'Allemand Gerhard Schröder, le Portugais Mário Soares, l'Espagnol Felipe González ou le Français Lionel Jospin : au total huit dirigeants socialistes européens ont signé une lettre qui reproche à la famille socialiste européenne de ne pas avoir présenté un candidat alternatif à Barroso. Comme l'a fait remarquer l'ex-président socialiste du Parlement européen (PE), Enrique Barón Crespo, « les élections européennes vont se dérouler avec le traité de Nice, qui empêche le PE de proposer et d’élire le président de la Commission, alors que la prochaine Commission travaillera avec le traité de Lisbonne. »

Durão Barroso devra composer avec les politiciens

Pour tout cela, les partis européens demandent des comptes à Barroso. Beaucoup souhaitent qu'il présente un programme de législature avant de lui apporter leur soutien. « Les jeunes sont en train de vivre, comme première expérience du marché libéral, le chômage », note le socialiste Hannes Swoboda, qui ajoute que « le social doit être davantage présent dans la prochaine Commission ».

« Nous espérons que Durão Barroso va réaliser un manifeste ou un programme sur ses projets »

Chez les libéraux, Andrew Duff considère qu'il faut faire pression davantage sur la Commission si on souhaite que Durão Barroso renouvelle son mandat. D'après les libéraux, la Commission devrait soutenir une augmentation du budget européen, accélérer l'élargissement de la zone euro et promouvoir une politique fiscale plus restrictive. « Nous espérons que Durão Barroso va réaliser un manifeste ou un programme sur ses projets, et qu’il tire les leçons de la crise », conclut Duff.

Dans les rangs de la Gauche unitaire européenne, l'increvable Ilda Figueiredo dénonce « la fausse indépendance de la Banque centrale européenne qui s'occupe seulement des intérêts privés », tout en proposant la fin du Pacte de stabilité et le soutien aux investissements publics dans les secteurs innovants, à la santé et à la formation des travailleurs et des jeunes.

(PE)

L'Europe manque de leadership pour affronter la crise

Les socialistes vont exiger du prochain président de la Commission qu'il s'engage sur un agenda social et pour qu'aucun pays n'autorise de durée du travail supérieure à 48 heures hebdomadaires, ceci étant la condition du soutien à son investiture. « Que Barroso vienne au Conseil européen du 18 juin avec un nouveau plan de relance économique pour faire face aux 27 millions de chômeurs et à la chute de 4 % du PIB qui va caractériser l'année 2009 », exige le président du Parti socialiste européen, Poul Nyrup Rasmussen. Ce dernier est celui qui attaque le plus durement la gestion et la « passivité » de Barroso : « Avoir le leadership signifie assumer les risques », rajoute-t-il en invitant Barroso à ne pas « attendre de savoir ce que dit Paris ou Londres pour proposer des réformes ».

(PES.org)C'est pourtant ce qui s'est passé jusqu'à présent, suivant la volonté de Barroso, qui se défend en implorant qu'on lui demande « ce qui est possible, non ce qui est impossible faute d'ambition de la part des Etats et faute de volonté d'augmenter le budget communautaire ». Durão Barroso s'énerve quand tous s'accordent à dire que son seul soutien est celui « des chefs d'Etat et de gouvernement qui sont bien contents qu'il se limite à jouer le rôle de simple intermédiaire entre les gouvernements », ainsi qu'on le définit depuis qu'il a accédé à cette fonction.

C'est la légitimité de l'Union qui est en jeu

« Je suis contre la dramatisation artificielle à laquelle se livrent les partis politiques », insiste Durão Barroso, sans complexes. « Il faut parler de l'Europe de façon positive, car ce qui conforte le plus les eurosceptiques dans les périodes de crise, c'est le pessimisme des européistes. » Sans aucun doute, les grands projets se forgent dans les situations difficiles. La crise actuelle est la période la plus difficile de l'histoire de l'Union. Si on laisse les Etats gérer la crise et en sortir, cela prendra plus de temps et l'Union aura raté une occasion historique pour réaffirmer sa légitimité et en sortir renforcée. C'est le message que les députés européens cherchent à faire passer à Durão Barroso, qui semble ne pas arriver à comprendre. S'il accède à un second mandat et ne change pas d'attitude, le risque est que les parlementaires européens lui rendent la vie impossible.