Politique

Barroso, candidat à sa succession ?

Article publié le 9 décembre 2007
Article publié le 9 décembre 2007
Dernière ligne droite pour Durão Barroso, dont le mandat de Président de la Commission européenne s'achèvera en juin 2009. Son bilan devrait lui permettre de prétendre à une réélection.

Après deux ans et demi à la tête de la Commission européenne, la carrière politique de Durão Barroso paraissait bien compromise fin 2006. Sa médiation pour relancer les réformes institutionnelles était jugée insuffisante. S'ajoutait la rencontre des Açores que son pays avait organisée aux débuts de la guerre en Irak et qui avait, à l’époque, laissait une image désastreuse de l'Europe à travers le monde. Au Portugal, où il fut Premier Ministre avec des résultats économiques assez modestes, un jeune ministre socialiste, José Sócrates, lui volait la vedette et gagnait la confiance des citoyens.

Lisbonne, ville natale de Durão Barroso. Le siège du Parti Communiste du Portugal se situe dans le quartier de ‘Graça’ : « Cet homme est une marionnette entre les mains des grands pays européens. L'Union européenne représente le grand capital et nomme presque toujours à la tête de la Commission des personnes issues de petits pays afin de pouvoir les manipuler », estime Marina Almeida, une communiste avec qui Barroso partageait certaines idées voilà maintenant plusieurs décennies.

Phoenix ressuscité

Barroso, lui, fier dans son costume de Président, se promène dans les couloirs des Institutions européennes avec naturel. Aujourd’hui, il reçoit même des prix dans plusieurs pays. Grâce à une coopération réussie avec son adversaire portugais Sócrates, la présidence semestrielle portugaise de l'Union devrait rentrer dans l'Histoire avec la signature du Traité de réforme des Institutions.

« Il n'a pourtant pas joué un rôle essentiel dans l'approbation de ce traité », nuance, depuis Bruxelles, l'eurodéputé conservateur espagnol Íñigo Méndez de Vigo, membre de la commission sur les questions institutionnelles. « Il s'agit d'un sujet qui concerne les gouvernements nationaux. La Commission est donc restée au second plan ».

Le Traité a pu aboutir grâce à un autre conservateur, le français Nicolas Sarkozy, contre qui le Portugais a su défendre l'indépendance des Institutions communautaires, et en particulier la Banque centrale européenne, sans abandonner une seconde son côté conciliateur et son profil bas.

Par ailleurs, Durão Barroso a impulsé les décisions de commissaires pourtant plus libéraux que lui, dans de nombreux domaines, comme les transports, l'énergie et les télécommunications. Dernièrement le jugement historique de Microsoft a confirmé la volonté tenace dont Barroso fait preuve dans le dossier de la concurrence. Aujourd’hui, il affirme « avoir été abusé » dans l’affaire du Sommet des Açores et se défend d’avoir quelque chose à voir avec le désastre irakien.

Suspense dans les rues de Lisbonne

Wender, un jeune lisboète de 25 ans, va de table en table sur la terrasse du bar le ‘Miradouro’ de ‘Graça’, où il travaille de midi jusqu’à l'aube. « Je ne suis pas calé en politique », prévient-il, « mais Durão Barroso m'a l'air d'un type sérieux. Un bon politicien ».

Maintenant que Sócrates est au plus bas dans les sondages à cause des réformes qu'il veut faire pour développer la ’flexsécurité’, Barroso pourrait-il revenir sur la scène nationale ? « Ce serait aussi raisonnable que de briguer un second mandat à la présidence de la commission européenne ! », juge notre jeune barman.

Pour la communiste Almeida, « dès qu'on a une figure de stature internationale au Portugal, il faudrait lui laisser faire n'importe quoi », réagit-elle. António Fernándes, 46 ans, est vendeur de journaux sur l' ‘Avenida da Liberdade’. Selon lui, « si Barroso revenait au Portugal, ce ne serait pas pour être premier ministre mais président ». Mais comme ce n’est pas envisageable pour l’instant : « Mieux vaut qu'il opte pour le second mandat à la Commission, alors !»

A 23h, le quartier ‘Bairro Alto’ est un véritable dédale de petites rues où les jeunes déambulent d’un bar à l’autre. Au milieu de l'automne, il fait encore 23°C et tout le monde consomme à l'extérieur des établissements, empêchant les voitures de circuler. Ici, on parle politique sans complexe. Eduardo, un étudiant de 29 ans, affirme avec perspicacité: « Pour savoir si Barroso briguera un second mandat, il suffit de regarder s’il prépare de nouvelles grandes réformes sur le long terme. »

Projets en route

Et en effet, dans sa besace, Barroso conserve bel et bien plusieurs projets destinés aux années à venir. « Jusqu'à maintenant, les entreprises ont plus bénéficié du marché unique européen que les citoyens ». Et c'est avec cette phrase que Durão Barroso a présenté le 20 novembre son catalogue de propositions pour réformer le marché unique.

Ce plan d'action prendra des années avant d’être mis en place. On y trouve des mesures juridiques pour la défense des consommateurs et des réglementations facilitant l'accès des petites et moyennes entreprises aux marchés publiques. Barroso est également très actif sur le sujet de la libéralisation du marché de l'énergie peu importe son coût.

María da Assunção Esteves, une europarlementaire portugaise du parti populaire et membre de la commission sur les sujets institutionnels « verrait bien Barroso opter pour un second mandat à la tête de la Commission’. A ses yeux, il est un homme politique « combatif et tenace ».

Jugement en partie partagé par Méndez de Vigo : « Ses efforts pour impulser de nouvelles politiques ont été très positifs; surtout qu’il avait hérité d'une situation difficile. Je pense aux scandales de la Commission Santer et aux faiblesses de la Commission Prodi », explique-t-il. « Mais il est prématuré de parler de réélection : un an et demi, c'est très long en politique. Et puis, il n’y a que Jacques Delors qui ait été réélu jusqu’à maintenant ! »

« En plus, en 2009, il ne faudra pas élire une seule personne mais trois : le Président du Conseil, le Président de la Commission et le Responsable de la politique étrangère. Et comme l'Union européenne est une démocratie consensuelle », conclut-il, « il est probable que la gauche et la droite s'accordent pour un partage équilibré du pouvoir. »

Photos: Durão Barroso et Sócrates pendant le Sommet de Lisbonne en octobre 2007 (Miguel Angel Lopes Migufu/flickr); Panorama de Lisbonne vu du quartier de l'Alfama

(miradourodetasmania.blogspot.com/flickr); L'eurodéputé portugais Esteves (Parlamento europeo); L'eurodéputé espagnol Méndez

de Vigo (Parlamento Europeo)