Politique

Balkans : de la précarité au djihad

Article publié le 19 septembre 2014
Article publié le 19 septembre 2014

Alors que l’organisation terroriste de l’État islamique a déjà décapité son troisième otage et publié les vidéos sur la toile, des centaines de jeunes hommes de Bosnie-Herzégovine, du Kosovo, de Macédoine et d’Albanie rejoignent les brigades des Balkans et combattent en Syrie et en Irak pour l’instauration d’un califat. La raison : une situation précaire dans leur pays d’origine.

« La pénitence fait partie de notre religion et de notre héritage, alors sois un homme Arben et ramène moi mon fils », écrit Pranvera Zena sur Facebook. Ce message s’adresse à son mari qui a enlevé leur fils de 8 ans. Il y a deux mois, l’homme a affirmé entreprendre une excursion dans les montagnes du Kosovo avec son fils. En réalité, il s’est rendu en Syrie pour combattre dans les rangs de l’État islamique (EI). Dans son message, Pranvera Zena explique comment tout a démarré : « Les jours sombres ont commencé quand tu es devenu si religieux et que tu voulais me convaincre de porter le voile. »

Le califat jusqu’en Europe

Selon le Centre international pour l’étude de la radicalisation et de la violence politique situé à Londres, plus de 300 individus d'origine albanaise venant du Kosovo, de Macédoine et d’Albanie auraient rejoint les groupes islamistes en Syrie et en Irak. Les brigades de l’État islamique sont nommées d’après l’origine des combattants respectifs.

Toutes réunies, les brigades des Balkans représentent le groupe européen le plus important. D’après les plans du chef de l’EI Abou Bakr al-Baghdadi, le califat, proclamé fin juin par l’organisation terroriste dans les territoires conquis en Irak et en Syrie, s’étendra un jour des pays baltes à Vienne.

Eine Vice Magazine Reportage aus dem Inneren der Terrororganisation Islamischer Staat

Reportage au cœur de l’État islamique (EI) par Vice Magazine.

Arrestations au Kosovo et en Bosnie-Herzégovine

Lors d’une descente de police au Kosovo, 43 islamistes présumés ont été arrêtés en deux jours. Bon nombre d’entre eux étaient soupçonnés d’avoir pris part à des combats en Irak et en Syrie. Lors de cette intervention policière, qui s’est déroulée mi-août dans tout le pays, des explosifs, des armes et des munitions ont également été saisis. L’opinion publique était sous le choc. La présidente kosovare Atifete Jahjaga l’a assuré : « Le Kosovo ne sera pas un refuge pour les terroristes. »

À l’origine de cette intervention de la police, deux photos postées sur Facebook par Lavdrim Muhaxheri, un Albanais du Kosovo. Ces photos montrent la décapitation d’un jeune syrien de 19 ans par le djihadiste. Selon le journal kosovar Express, Muhaxheri était à la tête d’une unité de souche albanaise de l’État islamique (EI).

Pour Muhaxheri, le jeune syrien était un espion ce qui justifiait sa décapitation. Le Coran prévoirait en outre une telle peine. À la mi-août, la chaîne de télévision kurde KNNC a annoncé la mort de Muhaxheri au combat et diffusé des images de son corps. En Bosnie-Herzégovine, 16 personnes ont également été arrêtées au cours des deux dernières semaines. Elles étaient accusées d’avoir recruté des citoyens bosniaques pour l’État islamique.

L’expert du terrorisme Vlado Azinovic explique le nombre important de Bosniaques prêts à s’engager auprès de l’EI par leur situation désespérée dans leur pays d’origine. D’après ses estimations, environ 160 hommes et 20 femmes ont quitté la Bosnie pour la Syrie depuis le début de la guerre civile. « Pour la plupart, il s’agit de personnes qui sont marginalisées tant sur le plan social qu’économique, et même géographique. Elles n’ont aucune perspective d’emploi et ne disposent que d’une éducation limitée. Elles sont persuadées qu’elles remplissent une mission divine là-bas », précise Azinovic dans un entretien avec le média Balkan Insight.

Croatie, zone de transit ?

Parmi les individus arrêtés figure aussi Hamdo Fojnica, dont le fils a récemment trouvé la mort dans un attentat suicide en Irak. Fojnica avait déjà été inculpé en 2011, soupçonné d'avoir planifié une attaque contre l’ambassade américaine à Sarajevo. Le coupable, Mevlid Jasarevic, avait à l’époque tiré en direction de l’ambassade et blessé un policier. Toutefois, la culpabilité de Hamdo Fojnica n’a pu être prouvée. Quant aux dernières personnes arrêtées, elles sont déjà en liberté par manque de preuve.

À côté, en Croatie, on craint que le pays soit utilisé comme zone de transit par les islamistes de la région. Dans un rapport publié il y a peu, les autorités chargées de la sécurité ont mis en garde contre les djihadistes qui entrent et sortent du pays pour atteindre les régions en guerre. Il est aujourd’hui impossible de dire si des Croates participent aussi aux combats.

L’auteur de cet article, Krsto Lazarevic, est le correspondant de n-ost pour le magazine de l’Europe de l’Est ostpol.