Politique

Assange, le martyr 2.0 de la presse européenne

Article published on 8 décembre 2010
Article published on 8 décembre 2010
Le responsable de Wikileaks Julian Assange a été arrêté mardi 7 décembre à Londres suite à des accusations de viol. Côté européen, cette arrestation signe la pression des Etats-Unis qui cherchent à sanctionner Assange pour la divulgation de documents américains confidentiels.

Escolar.net – Espagne : Une coïncidence qui ne trompe personne

Le responsable de Wikileaks, Julian Assange, a été arrêté en raison d'accusations de viol émises à son encontre en Suède. Le journaliste Ignacio Escolar y voit surtout le résultat de la pression exercée par les Etats-Unis, visant à sanctionner la publication des dépêches confidentielles : « Deux éléments prouvent le danger qu'Assange fait courir sur le pouvoir économique et politique de la superpuissance. D'une part, une banque suisse a gelé le compte sur lequel Wikileaks avaient réuni des dons pour sa défense, soi-disant parce qu'Assange n'habite pas en Suisse. Bien sûr, tout le monde sait que seuls les citoyens de ce paradis fiscal sont autorisés à y ouvrir des comptes (!). Assange n'est peut-être pas suffisamment trafiquant, corrompu ou nazi pour mériter le célèbre secret bancaire suisse. D'autre part, la police britannique l'a arrêté dans le cadre d'une procédure confuse liée à un viol présumé en Suède. Si l'affaire est connue depuis le mois d'août, elle n'est étrangement devenue la priorité d'Interpol qu'au cours des dix derniers jours. »

(Article publié le 08.12.2010)

Neue Zürcher Zeitung – Suisse : Guérilla à l’ère électronique

L'arrestation du responsable de Wikileaks, Julian Assange, à Londres constitue provisoirement l'apogée d'une guérilla d'un nouveau genre entre les Etats-Unis et la plate-forme de divulgation, écrit le quotidien libéral-conservateur Neue Zürcher Zeitung : « D'un côté le gouvernement américain, c'est-à-dire une puissance classique, qui ne tolère pas l'attaque frontale contre ses secrets d'Etat ; de l'autre, l'organisation Internet Wikileaks difficilement saisissable, qui, avec ses piqûres d'aiguilles, a déclenché la rage de la grande Amérique et l'a plongée dans une guérilla de l'ère électronique. Comme dans toute guérilla traditionnelle, les fantassins anonymes de Wikileaks ont l'avantage de connaître parfaitement le terrain, la sphère des réseaux informatiques et tous ses repaires. … On verra prochainement dans quelle mesure l'organisation, privée de son imposante figure tutélaire, restera maître de ses moyens. Parallèlement, les Etats-Unis ont désormais le temps d'élaborer leur propre procédure pénale et, le cas échéant, d'effectuer eux-mêmes une demande d'extradition. … Il semblerait plus judicieux que les Etats-Unis … investissent davantage dans la sécurité de leurs banques de données gouvernementales. »

(Article publié le 08.12.2010)

Berliner Zeitung – Allemagne : Assange arrêté : la pire révélation sur les Etats-Unis

Vous voulez savoir un secret ?Le ministre américain de la Défense, Robert Gates, a fait part de sa satisfaction après l'arrestation du fondateur de Wikileaks Julian Assange. Son pays veut désormais obtenir l'extradition d'Assange pour divulgation de documents confidentiels. Cela nuit pourtant davantage aux Etats-Unis que toutes les révélations intervenues jusque-là, estime le quotidien de centre-gauche Berliner Zeitung : « Les Etats-Unis trahissent l'un de leurs mythes fondateurs : la liberté d'information. Ils le font au moment où, pour la première fois depuis la fin de la guerre froide, ils risquent de perdre la suprématie sur l'information mondiale. … On peut non sans ironie rappeler qu'au début de l'année encore, lors d'un congrès à Washington, Hillary Clinton utilisait la doctrine de la libre circulation de l'information pour condamner la censure Internet en Chine et en Egypte. Elle citait le président Barack Obama qui avait justifié la nécessité d'un Internet libre en Chine, en expliquant que cela aidait les citoyens à responsabiliser leur gouvernement, permettait de générer de nouvelles idées et favorisait la créativité. En procédant ainsi contre Wikileaks, les Etats-Unis viennent de se priver du moindre droit de demander des comptes à la Chine et à d'autres, pour la persécution d'activistes d'Internet. »

(Article publié le 08.12.2010)

The Times - Royaume-Uni : Ridicule de crier au déni de justice

L'arrestation du fondateur de Wikileaks Julian Assange n'a rien à voir avec une atteinte à la liberté d'opinion, c'est une décision de justice, estime le quotidien conservateur The Times : « Il est peut-être entièrement innocent des accusations suédoises de viol, d'agression sexuelle et de coercition sur deux femmes. Si c'est le cas, il serait plus logique pour lui de faire face à ces accusations et d'être acquitté. Après tout, la Suède n'est pas une république bananière. Assange restera en détention jusqu'au 14 décembre. Mais il est ridicule de crier au déni de justice. Les autorités suédoises ont lancé la procédure. Si Assange veut que justice se fasse, il doit accepter le fonctionnement du système judiciaire. Il ne faut pas en faire le martyre d'une sombre affaire, qui n'a rien à voir avec la liberté d'expression. »

(Article publié le 08.12.2010) 

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