Politique

Alliances au PE : les Tories misent sur le national-catholicisme espagnol

Article publié le 29 juin 2009
Article publié le 29 juin 2009
Les Tories anglais, au nombre de 26 eurodéputés, s’étaient séparés du Parti populaire européen. Ils forment aujourd’hui un nouveau groupe politique, fort de 55 eurodéputés, au PE. Ce mouvement pour la réforme européenne choisit de faire de drôles d’alliances… douteuses, notamment en Espagne. Récit.

Après avoir quitté les rangs du Parti populaire européen (PPE), les conservateurs britanniques se sont lancés à la poursuite de nouveaux alliés qui partagent leur même euroscepticisme croissant et leur rejet du traité de Lisbonne. En Espagne, ils ont parié sur un parti minoritaire d’idéologie catholique et ultranationaliste et qui s’ajoutait à une liste d’« amis » quelque peu particulière répartis dans toute l’Europe. « Nous partageons un même point de vue avec les Tories sur l’Europe et le modèle de l’UE que nous souhaitons. Un modèle qui respecte la souveraineté des Etats. » C’est ce qu’a affirmé, sur le site cafebabel.com, Francisco Torres, historien et professeur en lycée, qui est également porte-parole d’Alternative espagnole (AES), le parti espagnol allié aux conservateurs britanniques, au détriment de leur allié traditionnel, le Parti populaire dirigé par Mariano Rajoy.

Pour s’aider mutuellement à réaliser leurs objectifs communs, le parti de David Cameron n’a pas hésité à demander aux citoyens britanniques résidant en Espagne (ils sont environ 800 000) de voter pour AES, un petit parti créé récemment qui est dirigé par Rafael López-Diéguez et présidé à titre honorifique par Blas Piñar, député pendant les années de transition démocratique pour le parti d’idéologie franquiste Fuerza Nueva (Force nouvelle). D’autres dirigeants actuels d’AES étaient également membres de ce parti.

Pour éclaircir sa position, l’eurodéputé conservateur britannique Daniel Hannan a lancé un appel aux votes pour AES sur son blog du Daily Telegraph, un appel qui a permis à AES de trouver un fort écho dans les médias anglophones basés sur la côté méditerranéenne de l’Espagne et dans les îles Canaries où les résidents britanniques sont nombreux. Sur son blog, Daniel Hannan donnait plusieurs raisons de voter pour AES, entre autres, son opposition au traité de Lisbonne et à l’euro, son absence dans les affaires de corruption immobilière (somme toute logique puisque AES n’a pas d’élus) ainsi que l’engagement de ce parti à garantir aux citoyens britanniques une couverture de santé gratuite. De son côté, afin de s’attirer les voix des résidents britanniques, AES a mis en place un blog qui leur est entièrement consacré et a organisé des réunions à Mazarrón (Murcie) et Alicante dans lesquelles la communauté anglaise était fortement présente.

Réaction du Parti Populaire espagnol

AESL’attitude des Tories a provoqué au sein du Parti populaire espagnol (PP), son allié traditionnel, un mélange de crainte et d’indignation, face à la perte éventuelle des voix des résidents britanniques, alors que ces élections étaient considérées cruciales pour renforcer l’image du PP comme une alternative crédible à la suite des deux défaites consécutives essuyées face au Parti socialiste de Zapatero aux élections nationales. Malgré le soutien apporté par les conservateurs britannique s; AES n’a recueilli que 20 000 voix lors des élections européennes de juin, soit 0,13 % des suffrages au total. Un chiffre, qui même s’il représente un record historique, est bien loin des 300 000 voix nécessaires pour qu’un député soit élu.

La défense de la souveraineté nationale face au risque qu’un Etat supranational ne soit créé est un des autres points de rassemblement. « Nous voulons une Europe qui respecte la démocratie nationale et les parlements indépendants de chaque Etat membre. » Ce message, lancé par Daniel Hannan, est le même que celui envoyé par les Tories dans leur décision de quitter le PPE avec leurs nouveaux amis eurosceptiques qui regroupent des partis depuis ceux qui affirment que « l’homosexualité est une maladie », comme le dit le parti polonais Droit et Justice des frères Kaczyński, jusqu’à ceux qui nient le changement climatique, comme le défend une figure éminente du Parti démocratique civique tchèque (l’ODS), Václav Klaus, en passant par le parti letton Pour la Patrie et la Liberté, dont certains de ses membres ont soutenu la collaboration de Lettons avec le nazisme. David Cameron les a préférés au détriment des Rajoy, Mekel, Berlusconi ou Sarkozy. Cependant, la perte de siège que le départ des Tories pouvait représenter pour le centre-droit européen et qui menaçait de mettre fin à son hégémonie, n’a pas empêché qu’une fois de plus le PPE soit le groupe qui compte le plus de députés au Parlement européen après l’échec cuisant de la gauche. L’avenir nous dira si David Cameron ne s’est pas trompé de compagnons de route.