Politique

Allemagne-Turquie : complices commerciaux

Article publié le 17 avril 2007
Article publié le 17 avril 2007
La Turquie est le partenaire officiel de l’Allemagne au plus grand rendez-vous industriel du monde : la foire de la technologie de Hanovre du 16 au 20 avril prochain.

L’actuel Premier ministre turc Recep Tayyip Erdoan a rencontré la Chancelière allemande Angela Merkel lors du salon de la technologie de Hanovre. La visite du dirigeant turc en Allemagne coïncide avec la récente présentation des candidats aux élections présidentielles turques de mai 2007 par le parti islamiste Justice et Développement (AKP). La candidature d’Erdogan n’a pour autant pas encore été officialisée.

Pour Martin Klein, attaché de presse de la foire de Hanovre, la visite d’Erdogan n’est « pas une coïncidence ». Le salon a lieu tous les ans au mois d’avril et la candidature de la Turquie en tant que pays partenaire a été examinée par le gouvernement allemand il y a plus de deux ans déjà. « Bien sûr, la Turquie est passée par de nombreuses discussions de son côté ces trois dernières années » commente-t-il. « C’est l’un des pays les plus importants à la fois en Europe et pour l’Europe, promis à un avenir des plus brillants ».

Un pays ‘européen’

Avec plus de 6 000 exposants et 60 pays participants, Hanovre constitue l’un des plus importants rendez-vous pour les acteurs industriels internationaux. L’exposition met en valeur des secteurs stratégiques comme l’aautomobile, la micro-technologie et l’énergie. L’actuelle croissance régulière de la Turquie, qui plafonne à 8% par an, donne une idée de son poids en tant que fournisseur énergétique : cette année, elle a même été retenue comme partenaire officiel du salon. En 2006, c’est l’Inde, connue pour sa nouvelle compétitivité technologiques qui avait les honneurs de Hanovre, après la Russie, choisie en 2005 pour son rôle énergétique.

‘Pétrole’ est devenu le nouveau mot de passe turc. L'oléoduc reliant Bakhou-Tbilissi-Ceyhan à travers le Caucase et la Méditerranée,= et transporte un million de litres de pétrole quotidiens, s’est transformé en un véritable corridor énergétique pour la Turquie. L’Europe peut ainsi prétendre dépasser doucement mais sûrement la Russie et l’Irak en terme d’importations d’hydrocarbures.

Le Premier ministre Erdogan se dit d’ailleurs prêt à jouer cette carte. En mars  il affirmait que si « , l’énergie est un problème, la Turquie est la réponse ». Selon le Livre vert sur l’énergie, l’Europe importe actuellement 60% de l’énergie qu’elle consomme. Depuis que la compagnie gazière russe Gazprom s’est constituée en monopole d’Etat en janvier 2006 puis a coupé le robinet énergétique de l’Ukraine à l’hiver 2005, Bruxelles tremble et cherche des alternatives au gaz russe.

Il est indéniable que les réformes imposées à la Turquie durant les négociations d’adhésion ont permis le développement des entreprises, des privatisations et du commerce avec l’Union européenne. L’ambassadeur allemand à Ankara assure aujourd’hui que « grâce à l’intervention directe de Berlin en Turquie les échanges ont augmenté de 20% l’année dernière ». Une affirmation confirmée par les chiffres de l’Institut du commerce international qui estime que l’Allemagne ne représente pas simplement un pays exportateur de premier plan pour la Turquie, mais aussi son plus gros client -avec 14% des exportations-.

Améliorer les relations culturelles

Si la Turquie marque des points en matière économique, d’autres questions restent plus délicates. « Dans les journaux allemands, personne ne parle plus vraiment d’adhésion », glisse Aydan Oezeguz. Cette femme de 39 ans, germano-turque, est co-fondatrice d’un programme financé par la Fondation privée Koerber, dont le siège est à Hambourg. Elle décrit l’attitude de Bruxelles à l’égard de la Turquie comme « théâtrale » et n’a pas manqué de remarquer le récent silence qui a plané sur le thème durant les 6 mois de présidence allemande de l’UE.

« Le dialogue tel qu’il est établi actuellement n’est pas honnête », regrette Aydan Oezeguz. « Si nous souhaitions vraiment un rapprochement avec la Turquie, il serait déjà fait. On dirait que nous cherchons des prétextes, comme l’islam, pour prendre nos distances avec la réalité de l’adhésion à l’Union européenne. Mais les autres nouveaux Etats membres ont aussi des différences culturelles qui n’ont elles jamais été discutées ».

Sur un plan plus culturel, Oezeguz critique le fait que les Européens soient « peu informés ». Sa fondation a mis en place une autre initiative, le ‘Prix Hambourg’, qui récompense les projets individuels turcs en Allemagne. Pour la première compétition, un groupe d’entrepreneurs germano-turcs s’est fait connaître en créant des emplois pour de jeunes Allemands de Hambourg.

Quoiqu’il en soit, le salon de Hanovre ouvrira ses portes le 16 avril en présentant son voisin du sud comme « un pays offrant de remarquables opportunités de commerce et un fort potentiel de croissance ». Depuis deux décennies, la Turquie et l’Allemagne entretiennent de solides relations économiques, de programmes de reconnaissance culturelle prometteurs et d’une situation géostratégique favorable. Mais le nuage de l’adhésion ne s’éclaircira – ou s’assombrira un peu plus – qu’après l’élection des nouveaux présidents français et turc en mai.

Crédits photos : Merkel lors de la dernière Foire de Hanovre (Deutsche Messe AG), Christian Wriedt, président de la Fondation Körber(David Ausserhofer/Fondation Körber)