Politique

A Hambourg, la galerie de l'Europe

Article publié le 13 février 2008
Article publié le 13 février 2008
Le passage Europa, au centre-ville de Hambourg, est le nouveau joyau d'architecture que la ville s’est offert en 2006. Mise à part la déco, on cherche encore l'Europe dans ce centre commercial.

À en croire les commerçants, on ne se contente pas du shopping dans le passage Europa. On y mange et on y boit, tout en admirant la vue sur le lac du Binnenalster et on y célèbre aussi l'Europe ! « Tout un programme ! » pour Wolfgang Fink, le porte parole d’Allianz, société propriétaire des lieux, qui salue, au passage, la Maison Europa, ancien comptoir et bâtisse historique qui se dressait jadis à l’endroit où se trouve la nouvelle construction. « Bien-entendu, cette appellation devait contribuer à renforcer le rayonnement de Hambourg comme métropole européenne », poursuit-il. Mais que trouve-t-on d'européen dans cette galerie du centre-ville ? Allons-y voir par nous-mêmes.

Jeudi soir : tout le centre ville est décoré pour les fêtes, mais dans les rues, c’est le chaos. Les trolleybus progressent péniblement dans les embouteillages à l'heure de la fermeture des bureaux, les piétons se faufilent aux feux rouges. Comme chaque jour, le passage Europa reste ouvert jusqu’à 21 heures. Dès l’entrée, je tombe sur une brochette de touristes allemands plutôt âgés qui ne se privent pas de deviser bruyamment sur le choix de magasins. « Nous avons aussi un H&M chez nous ! », dit l’un deux. Une observation qui n’empêche pas son épouse de disparaître à l’intérieur de la boutique de cette chaîne de vêtement, sans prêter attention à lui.

Mon eurobaromètre variable

En quête de quelques symboles européens, je commence par chercher les 15 % de gérants étrangers que la direction de centre commercial devait accueillir. Mise à part la familière enseigne suédoise déjà nommée (H&M), je ne trouve que des entreprises allemandes comme Goertz, créé à Hambourg, Oska, un label 'tendance' de Munich, Tommy Crystal, le Thomas Hoffmann de Dresde puis, tout de même, un Polonais, Lantier et Lambert et plusieurs entreprises américaines... Mon baromètre européen pointe son aiguille sur 'variable'. Cette palette de commerçants ne m’impressionne pas vraiment. Elle est semblable à celle de n’importe quel centre commercial en Europe.

Quelque peu désappointée, je lâche l’ancre dans une librairie. Bien achalandée, cette boutique d’une grande chaîne allemande regorge spécialement de livres de voyage. Que ce soit pour se lancer dans une expédition lointaine en Afrique et en Asie ou pour faire quelques emplettes lors d’une escapade dans une île de le Mer du Nord, il n’est pas de destination sans son guide… A eux-seuls, ils monopolisent un mur entier de rayons. Voilà que mon eurobaromètre remonte. Mais il n’est pas encore au beau fixe.

Je vais m’asseoir au Bagel Park, un coffee-shop à la mode américaine. Je commande une sorte d’expresso au nom bien italien. Eurobaromètre : état stationnaire. Mes voisins, toute une famille russe en réunion, s’offre un moment de détente autour d’un café et d’une pâtisserie. Dois-je les aborder pour les interroger sur mes préoccupations européennes ? Non, car « nous ne sommes pas vraiment européens par ici », observe Barista Kim alors que je lui règle ma consommation. « Allez peut-être voir le restaurant gastronomique au sous-sol ? Mais je crois que c’est plutôt asiatique ! »

Hollywood boulevard en Europe

Résultat des courses à mi-parcours : ce que ce passage a de plus européen, c’est sa décoration. Au sol, on a immortalisé le nom de différentes villes, un peu à la manière de la , l’allée de la gloire, à Los Angeles. Les vitrines des façades arborent d’immenses affiches saluant les visiteurs dans différentes langues. La légende indique : . A intervalles réguliers, des photomontages représentent chaque pays européen, la Russie comprise.

Walk of Fame« Nous sommes en Europe »

Quelques pas plus loin, une 'onglerie' propose des soins de manucure à l'américaine. La boutique est gérée par des Asiatiques. Dans la devanture se dresse un autel : Bouddha y trône avec des bâtonnets d’encens et des pièces de monnaie. Puis, je me rends à l'accueil du centre commercial : j’y rencontre une femme d’âge moyen, terne et renfrognée qui range de prospectus. En quoi votre emploi a-t-il quelque chose d’européen ? Elle hausse les épaules : « C’est déjà bien que l’Allemagne se trouve en Europe. En tout cas, c’est un sujet difficile, voyez le marché unique ! », estime notre hôtesse. « Regardez, vous voyez bien tous ces gens autour de vous, mais c’est difficile de dire s’ils achètent ou ne font que regarder, je ne saurais le dire. » Mon eurobaromètre est en chute libre ...

(Photos de Linda Holzgreve)