Politique

2016 : la fin du politiquement correct

Article publié le 20 décembre 2016
Article publié le 20 décembre 2016

L’année 2016 a été marquée par des malheurs considérables, mais elle a aussi fait émerger une tendance aussi inquiétante qu'intéressante en matière de politique internationale : le refus et la mort du politiquement correct. Ce qui n’est pas forcément mauvaise chose... 

Avouons-le : 2016 peut être qualifié d'« année horrible ». L'expression fait sens. Elle renferme en soi quelque chose d’effectivement vrai, cette année a particulièrement été marquée par des évènements dont le monde se serait volontiers passé. Si l'on pousse encore un peu, cette année semble même être la pire depuis de nombreuses années.

Le grand cru

Les évènements de 2016 ne nous ont pas vraiment épargnés : attentats, guerres, la mort de plusieurs célébrités, le Brexit, l’élection de Donald Trump... il y a en effet l’embarras du choix. Mais nous assistons à un autre changement d’état, moins évident, dont nous avons probablement tous eu vent, bien que nous sommes à priori peu nombreux à en avoir compris la portée : la mort du politiquement correct.

C'est bien connu, rares sont les âmes gentilles qui se cachent derrière les costumes et les chemises amidonnées de ceux qui débattent quotidiennement dans les somptueux bâtiments des lieux de pouvoir. Nous nous sommes à présent aussi habitués à la qualité de la rhétorique politique en chute libre, à son style digne des pires bassesses ainsi qu'aux inflorescences verbales échangées chaque jour au Parlement, adressées aussi bien à ceux qui font de la politique qu'à ceux qui n'en font pas.

Pour le dire autrement, les insultes dont font l'objet le peuple et ceux qui le gouvernent ne nous scandalisent plus tant que ça. Le politiquement correct n’a finalement plus sa place en politique. Mais certains sont toutefois allés encore plus loin. Pourquoi d’ailleurs refuser d’admettre que le roi est nu ? Pourquoi ne pas reconnaître, qu’après tout, le politiquement correct n’est qu’un obstacle à l’expression de ce que tout le monde pense, mais qui se retrouve constamment filtré et édulcoré par le respect inutile de formes et de conventions désormais désuètes ? Pourquoi ne pas admettre que, sans ce principe inutile, la clarté et la cohérence entre les paroles et les actes politiques seraient probablement plus faciles à réaliser ? Et donc, pourquoi ne pas admettre que le politiquement correct est en effet le problème ?

Un instant. Qui a décidé que le problème était subitement devenu le politiquement correct et non pas, au hasard, les choix qui couvent des critiques féroces, telle que la politique en matière économique ou migratoire ? Question intéressante, tant ces sujets sont devenus la tendance de la communication politique internationale ces 12 derniers mois.

Cheval de bataille de plusieurs éditorialistes de la presse britannique - plus historiquement de droite - le politiquement correct est devenu le leitmotiv de la campagne qui a amené Donald Trump à occuper le fauteuil le plus important du monde. Une campagne fondamentalement axée sur le fait d’être vrai et différent de l’élite politique dont Trump cherchait à prendre la place. Le candidat républicain s'est émancipé du politiquement correct auquel la politique traditionnelle a toujours d’une certaine manière été liée. Trump est à la fois « raw » (cru) et « real » (vrai), pour reprendre les mots de sa femme - Melania - qui se contentait de répéter à l'envi les mêmes propos sur un ton solennel et incroyablement simpliste.

La correction politique

Nous avons peut-être mis le doigt sur le problème fondamental de toute cette histoire du démocratique politiquement correct : la simplicité. Le problème fondamental du politiquement correct réside justement dans le fait de ne pas rendre un concept immédiatement limpide et cristallin. En le camouflant, en le masquant derrière un brouillard d’« angélisme feint », il finit par brouiller les perceptions de l’ouvrier qui vient de terminer sa journée et n’a ni temps ni les moyens de se concentrer sur « ce qu’on voulait véritablement dire ». Il vaut mieux être direct et dire ce que tout le monde pense. C’est plus ou moins ce qu’est parvenu à faire Norbert Hofer, candidat populiste d’extrême droite durant la campagne de la présidentielle autrichienne, battu par l’indépendant Van Der Bellen, et pour qui le politiquement correct était la « racine de tous les maux ».

En France aussi les choses commencent à bouger. Marine Le Pen a directement critiqué les partis conservateurs pour avoir peur de remettre en cause le politiquement correct. Selon elle, il s'agit d’un des principaux problèmes de la discussion politique et le Front National a de l'avance sur les autres à ce sujet.

Mais sommes-nous sûrs de vraiment comprendre ce dont nous parlons ? Accuser quelqu’un d’être « politiquement correct » a en effet une signification sournoise, insidieuse. Cela témoigne d'une personne qui a en réalité des objectifs doubles et qui tend à  prendre le dessus sur son adversaire grâce à sa supériorité morale présumée. Autrement dit, non seulement il ment, mais il le fait en sachant pertinemment qu’il ment. Parce qu’en effet, le « politiquement correct » est toujours utilisé comme une attaque, voire comme une offense. Personne ne se définira jamais spontanément comme étant « politiquement correct ». Cela démontre que ce n’est également pas considéré comme un avantage dans l’esprit des gens.

De quel côté se placer ? Aucun des deux car nous préférons opter pour une troisième option : celle de la correction politique. Contrairement à la définition désormais malade du politiquement correct, cette expression appelle la sensibilité, l’éducation, le respect, le partage de valeurs fondamentales. Mais c’est aussi un conseil : « Rem tene, verba sequentur », (si tu tiens l’idée les mots vont suivre, ndlr). Et ce, sans avoir besoin de se réfugier derrière des formules convenues pour expliquer (ou ne pas expliquer) sa pensée.

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2016, année pourrie ? Oui clairement. Mais ce n’est pas une raison pour rester là sans rien faire. La rédac a donc décidé de revenir sur la folie des douze derniers mois avec une seule règle bien précise : s’autoriser tous les droits. Fictions, histoires drôles et articles écrits en roue libre, Best Year Ever va même peut-être vous rendre nostalgique.