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Regard particulier sur un problème de santé qui révèle un problème de société.

Article publié le 28 septembre 2007
Publié par la communauté
Article publié le 28 septembre 2007
Cela fait quelques jours que les douleurs m’assaillent. Je m’en doute, me voilà malade. Je me décide enfin à aller voir un médecin. Le consulat de France de Jérusalem m’indique un médecin francophone avec qui ils ont l’habitude de travailler. Cela fait quelques jours que les douleurs m’assaillent. Je m’en doute, me voilà malade. Je me décide enfin à aller voir un médecin.
Le consulat de France de Jérusalem m’indique un médecin francophone avec qui ils ont l’habitude de travailler. Ainsi je me rends à Rehov Aza en hébreux ou Gaza Street en anglais chez ce praticien (Gaza Street est la rue où se situe la résidence du premier ministre israélien). En entrant dans le cabinet je m’apprête tout naturellement à dire bonjour aux personnes qui patientent dans la salle d’attente. Je me rappelle du mot « bonjour » en hébreu, et je me lance « Shalom, Shalom ». À ma grande surprise toute l’assemblée, avec un grand sourire me rétorque fortement « Bonjour ». Je me serai cru dans un cabinet médical de mon quartier parisien. Non pas que dans mon quartier il y est de nombreux juifs mais que la langue majoritairement parlée est tout simplement le français. Puis dans les discussions et les magazines siégeant sur le promontoire je me rappelai vraiment ou j’étais. Les discussions portées sur la barmitzva du petit dernier ou sur l’allia de tel ou tel autre membre de la famille. Les magazines, étant à l’usage de la population israélienne parlant français, ceci mixaient annonces immobilière sur la côte (ex : Netanya…), tour opérateur et visite touristique à la synagogue Abraham à Hébron et des yeshiva de la vieille ville. Cette ville, Al-Khalil, dont je venais de quitter l’enceinte deux, trois jours plus tôt. Définitivement un sentiment très amer, doublé d’une résurgence brutale des sentiments qui m’avaient animés lors de la remonté de la rue des martyrs à Hébron m’envahit. Ce fut un moment délicat. Je ne pouvais difficilement dire à tous les patients ce que j’avais vu à Hébron. Néanmoins je poursuis ma lecture de ces magazines. Aux annonces de plombiers francophones à Tel-aviv, défile sur plusieurs pages, un appel aux dons pour l’association des soldats francophones sur le front. Afin de leur apporter réconfort et aide dans leur position Libanaise, du plateau de Golan et en Judée-Samarie (nom donnée à la Cisjordanie par Israël). Puis passées les publicités et propagandes militaristes, se trouvent des jeux et des bandes dessinées à l’intention des enfants. A ce point je me suis dit que l’éducation des parents et des enfants se fait dans tous les lieus possibles et par tous les moyens possibles. Ainsi fut le début de mon « parcours de santé » dans le système israélien de santé. Mon état de santé s’empira et mon admission aux urgences du complexe hospitalier situé à En Keren dans la banlieue de Jérusalem-ouest s’imposa. Je ne suis pas sur mais, le chemin du centre ville au complexe hospitalier en bus, du à une ou plusieurs reprise couper la ligne verte sans que quelconque différence ait pu être remarquée. Je me présente donc aux urgences après être passé et checké par le portique de sécurité et les agents de sécurité à l’entrée du site de l’hôpital. Ainsi j’arrive à l’admission et soumets à la secrétaire le papier qu’avait donné mon praticien. Je répond aux questions habituelles dans un hôpital : nom, prénom . Je soumets ma pièce d’identité. Elle commence à remplir son formulaire de rentrée. Puis cette dernière me demande un renseignement auquel je n’ai pas l’habitude de donner, elle me dit « avez-vous une assurance ». À quoi je répondis oui. Je lui donne les références adéquates et elle me renvoie en rétorquant qu’elle ne la connaît pas et m’annonce clairement la musique. « Monsieur je vous préviens tout de suite, mais pour que vous commenciez les analyses je doit être sur que vous avez la possibilité et l’aisance financière suffisante pour régler cash ces soins, qui ici, s’élèveront à au moins 300$ ». Ce à quoi je réponds, un peu hébété, « hé bien, je téléphone à mon assurance française pour vous faire parvenir les garanties nécessaires au traitement financier ». Téléphonant donc à cette assurance, qui après quelques minutes de discussion me demande d’aller dans un autre hôpital. En effet mon assurance n’avait pas de convention avec l’hôpital d’En Keren. Ils me proposèrent donc d’aller me faire soigner dans un des établissements conventionnés avec eux. Ceux-ci se trouvent à Tel-aviv et Haïfa. Je me retrouvais donc dans une situation où, je ne pouvais guère me mouvoir sans grosse difficultés, à devoir payer au moins 300$ de frais d’urgence ou à devoir aller en transport en commun ou en sheyrout à Tel-aviv ou à Haïfa. Heureusement j’eu le dernier mot pour me faire accepter dans cet hôpital. « Mon parcours de santé » pouvait continuer. Dans la salle d’attente je me souvins des paroles de mikado qui lors de son briefing politique de début de séjour nous décrivait l’économie d’Israël comme étant une des économies les plus libérales au monde. Et de là mon esprit vagabonda et se mis à penser aux situations suivantes. Je m’imagine israélien ou français dans un système d’économie libéralisé comme celui d’Israël. J’ai à être hospitalisé pour une maladie X ou Y en urgence sur Paris mais lors de mon admission je ne peux payer la somme demandée. La somme à débourser est de 2000€ pour l’opération et mon admission. Cette somme m’est difficile à réunir car je suis travailleur précaire, chômeur ou salarié à bas revenu. Je me dis alors que les médecins peuvent refuser de me soigner car je ne suis pas solvable. Autre situation, je cotise tous les mois dans une assurance et le jour où ma situation est telle que le transport avec le Samu est obligatoire. L’hôpital le plus proche est à seulement trois kilomètres. Le problème est que l’hôpital conventionné avec mon assurance le plus proche est à 75 bornes. La question alors à poser est de savoir si je peux survivre à cette durée de transport qui pourrai aggraver ma situation de santé. Ce sont deux situations qui sortent de mon esprit, certes, elles sont plausibles et se produisent tous les jours en Israël et aux Etats-unis. Dans ces pays où la sécurité sociale n’existe pas ou si peu que le seul moyen est de se fier et de cotiser à des entreprises d’assurances ou de mutuelles privées pour assurer un accès décent aux soins. Ici encore, je me souviens aussi des paroles de mikado insistant sur le point que la libéralisation de l’économie et de la société israélienne a commencé plusieurs années avant que l’équipe de l’administration Bush n’arrive au pouvoir aux Etats-Unis. Cette libéralisation de la société israélienne commença avec le premier ministre Netanyahou. L’équipe autour de Netanyahou commença très rapidement son arrivé au pouvoir à privatiser tout le secteur médical allant de la consultation médicale à l’hôpital et jusqu’aux médicaments. Sur ces pensées une infirmière vint à ma rencontre et mon « parcours de santé » s’intensifia. Dans ces longs couloirs et salles d’hôpital, je fus bien soigné par un personnel francophone et bien formé. Nombres des personnes à qui j’ai eu à faire, avaient effectuées tout ou partie de leurs études de médecines en France ou étaient française ayant fait leur allia en Israël. Durant une des mes attentes dans une salle des urgences, je vis toute la société israélienne défiler devant moi. Ce fut tout d’abord les docteurs et infirmiers, les ouvriers et les blessés d’une activité ou d’un incident quelconque. Entre guillemets, à ce moment je vis un hôpital normal, des docteurs, des patients (ou des clients d’un service de soin) allant et venant dans les couloirs. Jusqu’à ce qu’un premier fait vint me rappeler à la réalité du lieu ou du tout moins du pays dans lequel j’étais. Un soldat, en arme, venant se faire soigner pour un mal bénin. Il passa devant tous les patients, comme si un droit supérieur s’exercer dans cette salle et dans le reste du bâtiment. Déjà que ce fut une surprise pour moi de voir un militaire armé et quasiment prêt à combattre venant se faire soigner dans un hôpital civil. Mais ce sentiment fut décuplé lorsque je vis un civil entré, arme en bandoulière et tout aussi prêt à faire feu que son prédécesseur militaire. A la longue, je compris que cette personne devait habitée une des colonies environnants Jérusalem. Mais je fus choqué que dans un hôpital où, par essence toutes les armes blanches et à feu sont interdites, de voir ces armes de morts pénétrer et être permise par le personnel hospitalier. A me souvenir de cet homme encombré entre sa catétaire et son fusil mitrailleur, déambulant devant moi et se croyant tout permis me laisse songeur avec des suées froides. En voyant ces exemples, je constate vraiment à quel point la société israélienne est gangrénée par la violence entre soi et envers les autres. Je constate aussi à quel point est militarisée cette société où le port d’armes à feu est aussi banal que d’aller chercher son pain … avec son M16. Enfin pour épiloguer sur ses expériences et ses témoignages, je dirai qu’une société telle que la société israélienne que j’ai vu défiler devant moi durant des heures et des heures est malade. Une société qui ne se soucie point de la santé de ses citoyens et qui laisse les plus pauvres et les plus amoindris de coté. Une société qui soigne les maux de la paranoïa sécuritaire en assurant à ses citoyens un libre accès aux armes à feu. Et pourtant j’y ai vu des personnes qui se sont dévouées pour moi qui suis visiblement non juive et d’un regard méfiant envers les militaires et les colons. Ces personnes me donnent encore un espoir de voir les maux des politiques israéliennes être soignés de l’intérieur avec le soutien des associations internationales luttant pour les droits de l’Homme et des droits des Palestiniens. FeL