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Meet My Hood : le Chapitre, à Marseille

Article publié le 14 mars 2017
Article publié le 14 mars 2017

En plein milieu de la citée phocéenne, la place des Réformés et ses alentours brassent beaucoup de monde à la langue bien pendue. Il faut parfois savoir lire entre les lignes pour comprendre l'histoire du Chapitre.

Il paraît qu’il ne fait pas bon y traîner le soir, pourtant en plein jour le quartier du Chapitre a des allures de petit village. Comme tous les mardis matins, des fleurs colorées, des cactus nains aux formes improbables et des plantes aromatiques essentielles à la cuisine méditerranéenne occupent la place des Réformés. À chaque fois c'est la même chose, je fais le tour de la fontaine, passe devant les terrasses remplies des Danaïdes et du Grand Chapitre et me laisse tenter par un bouquet de mimosa à trois euros ou une succulente à un euro. Puis quelqu’un – le marchand, un passant, un serveur, un clochard, un voisin, un illustre inconnu – m’adresse la parole. C’est systématique. « En fait, on a l’impression que tout le monde se connaît », admet Mathieu tout en discutant arrosage avec une cliente. « Ici les gens aiment parler. Et pas seulement de la pluie et du beau temps », confirme Anne-Marie qui vient justement d’engager la conversation, intriguée par notre appareil photo.

Au Chapitre, tout le monde se croise, les bourgeois du haut du boulevard Longchamp, les étudiants désargentés à la recherche d’un breuvage abordable, les cadres à poussettes, les Kurdes qui manifestent, les jeunes qui gambergent, les ouvriers qui se détendent, les SDF qui ont élu domicile à côté du kiosque, les retraités qui font leurs courses, les « vrais » marseillais et ceux d’adoption qui ont voulu se loger dans le centre-ville. « C’est comme un grand carrefour », explique Stéphane qui a vécu 15 ans dans le coin. À la croisée des chemins, en cinq-dix minutes tout est possible : attraper un train à la gare Saint-Charles, faire des emplettes sur la Canebière ou les étales de Noailles, rejoindre des potes dans le quartier animé de la Plaine et du Cour Ju et même voir la mer et les mats des bateaux du Vieux-Port.

Cependant, il paraît que le quartier a beaucoup évolué en peu de temps. Comme une bonne partie du centre-ville de Marseille ces dernières années, ses grandes artères – la Canebière et le boulevard Longchamp – ont eu le droit à un lifting. Depuis 2008, un tramway moderne passe au milieu des immeubles haussmanniens récemment rénovés. « Ça a tout changé et les gens aussi ont changé», d’après Néné accoudé au zinc du Grand Bar du Chapitre. « Avant il y avait un marché de Noel, des santons… », intervient la serveuse derrière son comptoir.  « Maintenant, il y a des cafés partout… mais, c’est pas plus mal », reprend son client et ami avant de nous proposer de boire une mousse avec lui. D’autres sont même ravis d’avoir tourné la page de l’ancien Chapitre. « Ce ne sont que des vieux grincheux qui regrettent un quartier BCBG », lance Anne-Marie, heureuse de donner son avis sur l’endroit cosmopolite où elle a élu domicile.

Oui, mais il paraît qu'avant la nuit ici, « c’était autre chose ». « Vous n’avez pas connu la Rotonde de l’époque vous ! C’était un repère d’artistes, rue du Coq, il n’y avait que ça », se souvient Néné, 40 ans de quartier à son actif et visiblement nostalgique d’un Chapitre passé. Désormais, la nuit tombée, ces mêmes rues racontent une autre histoire, celle des filles de joie et travestis qui squattent le trottoir. On me dit d’ailleurs que je ne devrais plus rentrer en solitaire de soirée. Jacqueline, cheveux blancs teints en noir et cabas à la main, m’aura prévenue, elle connaît des gens qui ont fait « des mauvaises rencontres. » Mais je continue et passe là où sont les habituées, pour me sentir moins seule dans l'obscurité. Laurie, étudiante installée ici depuis septembre 2015 et à la terrasse du Longchamp Palace depuis 10 minutes a adopté la même attitude. Ces oiseaux de nuit sont même devenus des « potes ». « J’aime bien discuter avec les prostituées, et c’est quand elles ne sont pas là que je ne me sens pas en sécurité », constate-t-elle avant de tirer sur sa roulée et de demander, consciente qu’il se trame parfois des trucs louches en bas de chez elle : « Tu sais ce qu’il s’est passé au bar des Héros ? On pense que le patron s’est fait descendre.» 

Au Chapitre, une chose est sûre : que vous soyez entre deux picons au Longchamp palace, en train de bruncher égyptien au Nour, d’attendre le tram, le bus ou le métro, de faire monter la pression d’une partie de babyfoot au Mounguy ou de chanter à la Casa Consolat, si vous prenez le temps de les écouter, les habitants auront toujours une histoire à vous raconter.

Le mot des voisins

Combien ça coute ?

Les gens

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Adresses cachées dans le reportage

Longchamp Palace (bar/resto), 22 boulevard Longchamp

Mounguy (bar), 10 rue Consolat

Casa Consolat (lieu associatif), 1 rue Consolat

Grand Bar du Chapitre (bar), 4 rue Consolat

Nour d'Egypte (centre culturel égyptien/resto), 10 rue Bernex

Fetouche (resto), 148 la Canebière

Green Bear Coffee (café), 123 la Canebière

Kiosque à musique, place Léon Blum

Pepinière Bonventre (fleuriste), les mardis et samedis matin sur la place des Réformés

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Cet article fait partie du nouveau projet de cafébabel, Meet My Hood, qui a pour objectif de faire découvrir les quartiers des principales villes européennes, en chantant.