Le Puy de Babel

Le Roi nu au Petit Vélo du 2 au 5 mars 2010 à 21h00

Article publié le 3 mars 2010
Publié par la communauté
Article publié le 3 mars 2010
Le Roi Nu au Petit vélo un mardi soir, pour faire simple plantons le décor : la très sympathique patronne du bar Le Californiaqui jouxte le théâtre, habituée à recevoir les comédiens après les représentations, nous assure que l’on va passer un très bon moment. On la croit sur parole, elle n’a malheureusement jamais assisté à une représentation au Petit Vélo.
Quelques lycéens, traînant des pieds sous les empressements de leurs professeurs, semblent moins enthousiastes.

Sur scène la compagnie Ici et Maintenant Théâtre dirigée par Christine Berg : cette compagnie champenoise entretient désormais une véritable relation de confiance avec Le Petit Vélo et commence à être connue du public clermontois.

Le Roi Nu est une des œuvres majeures d’Evgueni Schwarz, auteur russe de la première moitié du XXe siècle, inspirée de trois contes d’Andersen : Le Porcher amoureux, La Princesse au petit pois et Les Habits neufs de l’Empereur. En 1934, c’est-à-dire au milieu de la montée des totalitarismes, Schwarz tire de ces contes pour enfants une œuvre subversive, qui fut en conséquence censurée par le régime soviétique jusqu’en 1958.

Le grand intérêt de cette pièce, c’est de conserver le coté infantile du conte, tout en le confrontant à la réalité contemporaine de Schwarz : les totalitarismes, le racisme. C’est une fable magnifique. Au milieu de ballons, petits cochons, chaudron parleur, princesse amoureuse – jolie princesse amoureuse –, amours impossibles, on découvre un roi ridicule, tyran fantoche d’un royaume où l’on définit la qualité des personnes par le nombre de matelas sur lesquels ceux-ci dorment. Face à ce despote, des flatteurs tremblants. Et si l’on devine facilement Hitler sous les traits du roi, la critique s’adresse ici plus au peuple qu’au dictateur. En effet le roi n’est tyran que parce que son peuple le craint. Hors quand le roi est nu, il perd de sa superbe, le culte de la personnalité s’effondre et tout l’aspect totalitaire du pouvoir avec lui ; le peuple tremble devant son souverain quand celui-ci est habillé, mais l’invective quand il est nu, l’habit jouant ici le rôle du culte de la personnalité, instrument que tout dictateur se revendiquant de haut niveau se doit de posséder. Le culte de la personnalité, les courtisans : tiens, ça évoque une réalité qui n’est pas que celle de l’époque de Schwarz…

Pour enrober la fable : le rire, durant toute la pièce. Comme si cela ne suffisait pas, comme si ce n’était pas assez bien avec une critique politique très maladroitement planquée derrière un conte pour enfants, cette œuvre est un appareil à muscler ses zygomatiques.

Bon alors là vous vous dites : « Bénis oui-oui – quel est le pluriel de béni oui-oui ?– du Puy de Babel, jeunes enfants émerveillés par une courgette, ils trouvent que tout il est beau, tout il est génial. » Ben oui. Tout n’est pas parfait, la pièce est longue (2h25), les comédiens semblent parfois faire le tour de la scène pour permettre au percussionniste – car toute la pièce est rythmée par des percussions – de s’offrir un petit plaisir pas solitaire, mais on trouve assez peu de reproches à faire à cette pièce, c’est frustrant, mais c’est comme ça.

Le décor est constitué d’une grande penderie, les comédiens se changeant sur scène, ce qui donne un aspect « enfants jouant à se costumer dans le grenier de tante Berthe » qui renforce le côté infantile de la pièce, on sent d’ailleurs que les comédiens s’amusent vraiment en représentation.  

C’est du théâtre tout public, pour les enfants le féerique tout ça, pour les adultes le féerique tout ça, le rire, le message politique – pour précision, aucun comédien ne se retrouve matériellement nu durant la pièce, en outre, aucun animal n’est maltraité.

Pour applaudir, pour rire, nos lycéens n’ont alors plus besoin de se faire prier et c’est avec le sourire qu’ils partent rejoindre leur matelas – unique, minables gueux. Et nous de conclure que la patronne du bar Le California avait raison.

Seylin et FrançoiT