Le Puy de Babel

Enfermez-le !

Article publié le 4 décembre 2009
Article publié le 4 décembre 2009
Céline Lemaire et Clément Parrot « La qualité essentielle de l'homme, c'est d'être fou. Tout le problème est de savoir comment il soigne sa folie. » James Thiérrée a-t-il lu François Tosquelles en créant Raoul, son nouveau spectacle ? Jusqu’à dimanche à la Maison de la culture de Clermont-Ferrand, il y livre l’Homme en lutte avec les turpitudes de son esprit.
Cet Homme, Raoul, un patient psychiatrique en camisole de force ?

À la fois créateur et acteur de cette performance, James Thiérrée, âgé de 35 ans, présente ici sa quatrième création. Ce petit-fils de Charlie Chaplin est venu au monde et s’est épanoui sous le chapiteau de ses parents. Sa mère l’accompagne toujours et a fabriqué, pour Raoul, costumes et accessoires. Habitué de la Comédie, James Thiérrée est un des jalons des programmations de Jean-Marc Grangier. Le public clermontois fidélisé est venu avec l’idée de lui offrir une standing ovation. Sans surprise, le commun des mortels s’est retrouvé envoûté par une série d’acrobaties psychiques.

Une silhouette minuscule se débat au cœur d’un monde dévasté. Le décor gigantesque, bricolé avec des matériaux récupérés s’anime, s’entrechoque, se désagrège. Dans un ballet de draps, de perches métalliques et d’animaux fantastiques, Raoul met alors son corps en mouvement. À défaut de mots, ses gestes portent sa parole. Son épopée transgresse les genres artistiques, mêlant danse, mime et poésie. Raoul est seul sur scène.

L’(anti-)héros s’est retranché dans une tour hermétique pour échapper au monde réel. Il n’a gardé avec lui qu’un phonographe, un vieux fauteuil et un bidon rouillé. Affranchi de la société, il en est réduit, dans sa solitude, à faire parler les objets qui l’entourent.

Un poète schizophrène

 L’inconscient de Raoul, son double, vient frapper à sa porte. Cet héritier de Jiminy Criquet va entreprendre de l’extirper de sa forteresse intérieure. Il prend les armes contre le Raoul enfermé dans son imaginaire. Un parcours initiatique s’amorce alors. Il le conduira à la confrontation de créatures, l’amenant à s’exercer à des comportements animaux. De là émerge la conscience de sa condition d’Homme.

Sur la voie de la guérison, deux infirmiers en HP font irruption dans la pièce pour lui administrer sa dose de tranquillisant. Ce sont les techniciens qui viennent modeler son environnement. Notre patient garde pourtant le contrôle sur le décor, la musique, la lumière. Après une dernière injection, il se soumet, se laisse emporter. Derniers effets de la pilule bleue, Raoul est en apesanteur sur Le Beau Danube bleu. Un dernier sursaut. Il s’envole.

Crédits photo © Dysney © Comédie de Clermont-Ferrand