Le Puy de Babel

De la séduction après 60 ans

Article publié le 13 octobre 2009
Article publié le 13 octobre 2009
« Partout c’est la prohibition Parole, écrit, fornication Foutre interdit à soixante ans Ou scandale et ricanement. » A 70 ans tout pile, Brigitte Fontaine a sorti, la semaine dernière, son album « Prohibition ». Elle y chante, entre autres, sa liberté de continuer à « baiser ».
Une revendication pas banale, dans une société où on estime la durée de vie des nouveaux-nés à une centaine d’année, tout en continuant à « ricaner » en pensant à papy et mamie qui s’émoustillent.

Et pourtant, la sexualité, ils en parlent eux-mêmes, les vieux, et ne se gênent pas. Qu’ils continuent à être actifs dans leur couple ou cherchent à faire de nouvelles rencontres, il n’y a pas d’âge pour se séduire en boîte (même si ce ne sont plus tout à fait les mêmes boîtes) ou pour chatter sur internet.

Selon Mark Brooks, consultant américain spécialiste des rencontres en ligne, le nombre de personnes âgées qui rejoignent des sites de rencontres croît de manière spectaculaire depuis l’année 2003 (croissance la plus importante parmi toutes les catégories d’âges). En France, les sites spécialisés dans les rencontres pour seniors se multiplient. Un exemple, Parship dont des utilisateurs témoignent…

Nelly a 55 ans. Elle était célibataire depuis seulement 1 an lorsqu’elle a rencontré son compagnon sur internet.

« Je me suis inscrite pour voir, explique-t-elle. Je cherchais sans chercher, je n’étais pas dans l’attente. Certains hommes voulaient des aventures d’un soir et cela pouvait être mon cas aussi, à ce moment là. Lorsque j’ai rencontré mon compagnon, je ne pensais pas que ça allait durer. Aujourd’hui ça fait 3 ans que nous sommes ensemble. Maintenant, on s’éclate comme des petits fous. Les enfants sont indépendants, on n’a plus de contraintes. C’est comme quand on est amoureux à 20 ans !».

Les rencontres sur internet, Nelly les assume totalement. Son entourage le sait et elle lance même un appel à ceux qui n’y ont pas encore goûté !

Et pour les victimes de la fracture du numérique, pour ceux qui ne veulent ou ne peuvent pas twitter ou meetiquer, tous les coups sont permis. Il y a les vieux qui regardent Pascal Sevran à la télé et il y a ceux qui participent aux émissions en dansant au « Rétro » le dancing parisien de la rue du Temple. Monique est de ceux-là. Elle participe au thé dansant 5 jours par semaine depuis 2 ans.

«Je retrouve des amis. On se connaît tous. Moi je ne drague pas. J’ai 79 ans, j’ai passé l’âge ! Je viens pour danser le rock. Au dancing, il y a beaucoup de drague, murmure-t-elle. Il y a même des hommes qui ne me font pas danser parce que je ne drague pas!  »

Une de ses amies passe. Elle lui fait signe. La dame en robe de soirée rouge ne la voit pas et entre, décidée, dans la salle de bal. Monique m’indique un couple qui sirote un cocktail au bar et me dit en secret qu’ils ne sont pas mariés.

«Beaucoup de couples se forment. Les gens sont contents de trouver quelqu’un. Parfois, ils finissent même par se mettre en ménage. Une fois, quand j’étais plus jeune, j’avais 60 ans, j’ai rencontré un homme. C’était dans un autre dancing. On est resté 5 ans ensemble. Il habitait en province et ça m’arrangeait bien ! Je le voyais 5 jours par mois. C’était très bien, on est resté amis.»

Le directeur du « Rétro » nous rejoint. Il raconte qu’un homme vient régulièrement en tremblant. Il arrive à peine à marcher  dans la rue mais dès qu’il entend la musique, danse comme si rien ne pouvait l’en empêcher. Arrive Gilbert Montagné ; « On a toute la nuit pour s’aimer ». De l’importance du miroir. Les danseurs se regardent beaucoup. « Ce qu’ils voient dans le miroir, c’est leur vie. C’est leur monde. Ils sont chez eux et là, ils ont 20 ans !» s’amuse le gérant.

Reste à savoir si eux voudraient avoir 20 ans aujourd’hui. Pas sûr.

« Je suis vieille et je vous encule

Avec mon look de libellule

Je suis vieille sans foi ni loi

Si je meurs ce sera de joie.»

Quelqu’un veut poser la question à Brigitte Fontaine ?

Céline Lemaire