La Parisienne

Environnement : Bruxelles contre attaque !

Article publié le 12 mai 2008
Article publié le 12 mai 2008
L’objectif est clair : « 2 fois 20 en 2020 ». Telle est l’ambition du « Paquet énergie-climat » présenté le 23 janvier dernier par la Commission européenne. Concrètement, il s’agit de réduire les émissions de CO2 au sein de l’Union européenne de 20% et parallèlement d’augmenter la consommation d’énergies renouvelables d’ici à 2020.
Même si l’histoire de l’Union européenne est parsemée d’initiatives en faveur de la protection de l’environnement, ce « Paquet énergie-climat » semble enfin marquer un tournant dans la prise de conscience collective verte.

« …L’environnement constitue un défi européen » explique Daniel Cohn-Bendit, député européen, coprésident du groupe Verts/Alliance libre européenne au journal les Echos (27 mars 2008). « Même s’il existe toujours une tentation de repli national dès que les mesures prises à Bruxelles ne correspondent pas exactement aux intérêts nationaux, toute une série d’étapes ont cependant pu être franchies car en dépit des problèmes posés aux gouvernements, elles étaient justes, comme la directive sur la protection des oiseaux migrateurs dès 1979, puis la directive Natura 2000, comme l’adoption du principe pollueur-payeur puis celle du principe de précaution… »

Ces résolutions ambitieuses ont pour finalité d’assurer l’indépendance énergétique de l’UE notamment face à ses fournisseurs russe, iranien et saoudien d’or noir, mais peuvent aussi ouvrir les portes du marché des nouvelles technologies vertes au vieux continent. « Si l’Union veut organiser et mondialiser le débat climatique, elle doit en être le leader par ses décisions et ses pratiques » continue Daniel Cohn-Bendit. « C’est très important, car elle pourrait ainsi devenir la championne des technologies écologiques, qui sont extrêmement rentables pour notre économie. »

Ecoconditionnalité ?

Première décision : réformer le système communautaire d’échange de quotas d’émission de CO2. Les Etats pourraient financer le soutien aux énergies renouvelables ou la rénovation de constructions anciennes. Après 2012 et la fin des accords de Kyoto, l’attribution des quotas d’émission de gaz à effet de serre par la Commission européenne seront plus stricts. L’objectif est fixé à moins 21% des émissions des industries soumises à ces quotas d’ici 2020 par rapport aux quotas attribués en 2005.

Deuxième objectif : multiplier par deux les investissements dans le secteur des énergies renouvelables. Ces dernières devront, à terme, satisfaire 20% des besoins en énergie au sein de l’UE en 2020 contre seulement 8,5% aujourd’hui. Ce challenge exige des Etats membres un effort gigantesque afin de diversifier leurs sources d’énergie verte : 70% de l’énergie propre provient actuellement de l’hydroélectricité alors que le solaire, l’éolien ou la biomasse sont disponibles. « Il existe un fort consensus dans la société européenne pour aller vers ces énergies vertes, qui sont aussi à terme une garantie pour notre indépendance géopolitique face aux fournisseurs d’énergie fossile » précise Claude Turmes, rapporteur du projet sur les énergies renouvelables au Parlement européen, au quotidien les Echos (27 mars 2007). « Aujourd’hui, 5 pays ont monté des ‘’success stories économiques’’ à partir des énergies renouvelables, l’Allemagne, l’Espagne, la Suède, l’Autriche et le Danemark. Ils montrent l’exemple et prouvent que leur développement peut aussi conférer un nouveau leadership industriel à l’Europe. »

Sans oublier le secteur agricole. Commencée en 2003, une révision en profondeur de la Politique Agricole Commune (PAC). La Commission européenne s’est attaquée au mode d’attribution des aides aux agriculteurs afin de ne plus les pousser à la surproduction. Un nouveau critère, celui de « l’écoconditionnalité » oblige désormais les agriculteurs à respecter des exigences de protection de l’environnement pour bénéficier des soutiens des marchés sous peine de sanctions.

L’Europe atteindra-t-elle enfin son rôle de guerrier vert ? Réponse en 2020 !

Crédit photo: Andy Bahn/SXC

Les entreprises s’y mettent aussi

A travers l’Union européenne, les initiatives privées fleurissent. Poussées par la pression des consommateurs, ces résolutions éco-friendly ne sont bien sûr pas prises par pur altruisme, mais ne dit-on pas que seul le résultat compte ? Voici quelques exemples :

Depuis 2006, le vendeur de meuble suédois Ikéa a mis en place un service de navette entre le terminus du tramway et son magasin de Strasbourg. Certaines assurances accordent des ristournes à leurs clients qui conduisent peu ou détenteurs de véhicules faibles émetteurs de CO2 (GMF, Macif, Maaf…) La banque britannique HSBC s’est placée en tête du classement CERES des banques en matière de réchauffement climatique, avec comme collaborateur un ancien de WWF, Francis Sullivan La société italienne Benetton soutient un projet de microcrédit au Sénégal en collaboration avec le musicien Youssou N’Dour.

-Johara BOUKABOUS