La Parisienne

En mai, assainis ton budget !

Article publié le 1 juin 2008
Publié par la communauté
Article publié le 1 juin 2008
Ahh, les questions budgétaires ! Tout un poème ! Rien de tel pour endormir son auditoire ! Rien de plus aride, de plus abscons, de plus déprimant. Et rien de plus important aussi. Pas étonnant que les Etats européens aient confié ces questions au niveau communautaire. A eux les dépenses, et à la Commission le rôle de l’empêcheur de tourner en rond.
Belle répartition des tâches…

Et qui s’est encore fait tirer l’oreille ? La France, bien entendu, notre future « présidence exemplaire » ! Evidemment, la France n’a pas atteint ses objectifs. Evidemment, son déficit est plus important que prévu. Evidemment, l’objectif de l’équilibre est repoussé en 2012. Moi je vous le dis, en juillet prochain ça va être la très grande classe quand on va devoir expliquer aux autres Etats qu’il faut respecter les règles communautaires et tout et tout…

Mais, me direz vous, je ne comprends pas. Je croyais que la France était sortie des fameux 3% de déficit. Le déficit pour 2007, c’est 2,7%. Il ne devrait plus y avoir de problème, alors ! Et bien si ! Parce que c’est pas fini. Dans le cadre du Pacte de Stabilité et de Croissance, les Etats ont pris des engagements de réduction des déficits avec un objectif d’équilibre total à 2010. Oui, vous avez bien lu, 0 déficit ! Mais c’est pas dans le traité, ce truc ! Le traité, il dit que ça doit être moins de 3%, point barre. De quoi elle se mêle encore l’Europe ?

L’Europe elle se mêle que 2,7% de déficit dans une période de cycle économique positif c’est pas franchement glorieux. Que le déficit budgétaire, ça peut être utilisé pour compenser les effets d’une crise, mais que des déficits quand y’a pas de crise, ça s’appelle des déficits structurels et ça, qu’on soit de gauche ou de droite, keynésien ou monétariste, c’est l’horreur absolue ! Et les déficits structurels, ça fait vingt ans qu’on vit avec… Au fait, à quoi ça sert la dépense publique ? Au-delà des routes, des voies de chemin de fer et des écoles, ça sert aussi comme une sorte de tampon face à la crise économique. Quand ça va mal, on aide les chômeurs, on allège les charges des entreprises etc. En résumé, on relance la machine. Et ce déficit est récupéré sur les années où ça va mieux.

Mais quand on fait 3% de déficit les années où ça va bien, on ruine tout espoir de pouvoir amortir les chocs économiques. En gardant ces déficits structurels, on s’ôte volontairement des armes pour l’avenir. Et au moindre choc économique, c’est la spirale infernale : les dépenses augmentent automatiquement, mais l’économie ne redémarre pas. Vous l’avez reconnue, la terreur absolue des économistes : la stagflation ! L’équivalent économique du trou noir. La destruction totale, le Néant (pour ceux qui se souviennent du film l’Histoire sans fin, c’était la référence geek du jour…).

La conclusion de tout ça, c’est que ceux qui jurent leur foi dans notre système social et qui dans le même temps vous promettent plus de dépenses, où moins d’impôts, ne font pas que vous mentir. Non, c’est de la trahison pure et simple ! C’est comme lorsque le Pape vient vous parler d’amour, ou les entreprises multinationales de responsabilité sociale: on se demande comment c’est possible que certains y croient encore. Et finalement, cette Europe libérale et capitaliste, qui enserre les Etats dans le carcan de critères technocratiques, qui nous impose l’orthodoxie budgétaire, ne serait-elle pas, ô surprise, la meilleure assurance de notre politique sociale ?

Pourquoi une telle obstination à réduire les déficits de la part de la Commission européenne? Mais parce que l’urgence est là ! La flambée des prix des matières premières, les débuts d’une crise alimentaire mondiale, l’économie américaine qui frise la récession, tout ça va nécessiter des marges de manœuvre pour nos politiques économiques. Quand l’Union européenne demande aux Etats d’assainir leurs finances, elle n’agit pas comme le cheval de Troie des partisans du moins d’Etat. Au contraire, elle s’assure que nos systèmes de dépenses publiques resteront efficaces, et donc viables, à l’avenir.

La vraie question dans cette histoire, ce n’est donc pas de savoir s’il faut un budget à l’équilibre, mais plutôt pourquoi on maintient depuis des années des déficits structurels. Peut-être cela reflète-t-il les perceptions de la population ? Peut-être un certain nombre de personnes se sentent-elles en crise depuis plus de vingt ans ? Mais là, la solution ne se trouve pas dans la politique budgétaire.

Alexis Brunelle