La Lettre Persane

L'ambassadrice iranienne représente-t-elle la réalité des femmes en Iran?

Article publié le 8 novembre 2015
Article publié le 8 novembre 2015

Beaucoup d’encre a coulé sur le fait que le régime iranien a nommé une femme ambassadrice en Malaisie, « une première pour un poste de ce niveau depuis la révolution islamique de 1979 ».

Ce choix annoncé concomitamment avec le voyage controversé de Martin Schultz, le président du Parlement européen en Iran, n’est pourtant pas un critère fiable pour juger de l’attitude des mollahs vis-à-vis des femmes. Il ne faut pas oublier que les Iraniennes vivent sous un régime théocratique et sont la principale cible des mesures répressives. Elles refusent cependant de se soumettre à la misogynie des mollahs et leurs lois archaïques.

En Iran, une femme vaut la moitié d’un homme dans le droit à l’héritage, mais aussi dans un code pénal reposant sur la Loi du Talion qui prône un châtiment équivalent au crime commis. Les représailles prévues par la loi ne sont d’ailleurs pas égalitaires selon le sexe de l’accusé. Ainsi, le châtiment du crime commis à l’égard d’une musulmane sera apprécié à l’aune du statut inférieur de la femme, et le dédommagement qu’elle obtiendra ne pourra excéder la moitié de celui qui serait accordé à un homme dans les mêmes circonstances. Les femmes se voient également interdire l’exercice du métier de juge, qui demande d'après les mollahs des facultés mentales que les femmes ne posséderaient pas. En justice, le témoignage de deux femmes équivaut à celui d’un seul homme. 

Depuis l'accession de Rohani à la présidence, des lois "anti-femme" ont été adoptées. L'une d'elles en l'occurrence a suscité l'indignation générale : la légalisation du mariage entre un père et sa fille adoptive. Cette loi a été mise en œuvre par le gouvernement Rohani le 19 novembre 2013. Une loi où le rôle du père est confondu avec celui du mari et avec laquelle les enfants ne peuvent être en sécurité, une loi qui légalise la pédophilie et normalise le crime, selon les militants des droits humains. Rappelons en outre que l’âge légal de mariage pour les filles avait été élevé à 18 ans en 1974, mais en 1979 les mollahs l'ont abaissé à l'âge douloureusement précoce de 13 ans.

Le code de la famille

Le code de la famille affirme l’infériorisation de la femme. Il accorde des droits supérieurs à l’homme dans le divorce et dans la garde des enfants et lui ouvre un vaste champ de liberté sexuelle via l’autorisation de la polygamie, et,  pour les chiites, du « mariage temporaire ». Pour les femmes, les rapports sexuels hors mariage sont prohibés et l’adultère réprimé par la lapidation. Le contrôle de la sexualité féminine constitue la garantie de la chasteté même de la société. Ce contrôle, symbolisé par le port imposé du voile, est relayé par des mesures législatives et sociales.  Ainsi, dans l’Iran actuel, la femme a le devoir de se soumettre aux désirs et aux décisions du mari dans le choix du domicile et dans ses fréquentations et ses loisirs.  

Elle ne peut exercer un métier ni voyager à l’étranger sans l’autorisation de son mari. À l’intérieur du pays, les femmes qui voyagent seules sont contrôlées par les représentants de la « lutte contre la corruption des mœurs ». Le contrôle des femmes passe aussi par les mesures leur interdisant de chanter et de danser dans l’espace mixte, car leur corps et leur voix provoqueraient des désirs illicites. Elles ne peuvent pratiquer de sport dans les lieux publics ni participer à des compétitions sportives mixtes nationales et internationales, sauf dans quelques disciplines (équitation, ski, tir, échecs) et les épreuves pour handicapés, uniquement parce que les vêtements spécifiques aux disciplines autorisées peuvent êtres conçus de façon à cacher les formes féminines et que les mouvements du corps dans les jeux des handicapés sont limités.

Outre le domaine sportif, les mesures ségrégatives annoncées et mises en place pour garantir la non-mixité conduisent à la généralisation du contrôle répressif des individus, et les femmes en sont les premières victimes. Ce système nourrit et propage quotidiennement les représentations sexistes et misogynes contre lesquelles les femmes les plus conscientes se battent sans répit. Représentations sexistes et misogynes

Ce combat a commencé dès l’arrivée des islamistes au pouvoir et s’est sans cesse élargi, alors que les réformes arrachées par les contestations se révèlent infimes. Un exemple significatif à ce propos est fourni par la question de l’âge du mariage pour les femmes. Une des premières initiatives du pouvoir islamiste après son instauration a été de supprimer toutes les lois promulguées sous le régime du Chah pour réformer le statut personnel des femmes. L’âge du mariage pour les filles avait été élevé à 15 ans en 1967, puis à 18 ans en 1974. Mais en 1979, les islamistes au pouvoir abaissent l’âge de mariage pour les femmes à 13 ans. 

Les islamistes s’opposent violemment au développement des valeurs de la modernité fondées sur la démocratie, les droits humains et l’égalité hommes-femmes. Le caractère totalitaire du pouvoir islamiste crée un sérieux obstacle au développement de la société.

La démocratie est la condition sine qua non de la liberté des femmes et de leurs accès aux droits fondamentaux. La lutte pour la démocratie a besoin du soutien des forces démocratiques et des défenseurs des droits humains et de la liberté des femmes, partout dans le monde.

Les islamistes s’opposent violemment au développement des valeurs de la modernité fondées sur la démocratie, les droits humains et l’égalité hommes-femmes. Le caractère totalitaire du pouvoir islamiste crée un sérieux obstacle au développement de la société.  La démocratie est la condition sine qua non de la liberté des femmes et de leurs accès aux droits fondamentaux. La lutte pour la démocratie a besoin du soutien des forces démocratiques et des défenseurs des droits humains et de la liberté des femmes, partout dans le monde.