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80's pop, rise of europe

Article publié le 3 août 2009
Publié par la communauté
Article publié le 3 août 2009
Vous l'avez peut être remarqué, ce blog est en vacances. C'est de saison. Et comme c'est la fin de la décade, c'est aussi le baroud d'honneur des années 80 et de sa pop music. Il s'est en effet passé quelque chose en Europe dans ces années, un phénomène aussi profond et spontané qu'ignoré, voire méprisé : la naissance d'une musique pop non plus nationale, mais embrassant tout l'Europe.

Les Madonna et autres Jackson sont un peu les arbres qui cachent la foret. Derrière eux fourmillement des tonnes de hit radio éphémères qui font vraiment, de Lisboa a Helsinki, une mémoire collective des 80's partagée par les européens et qui leur est propre.

"Vamos a la playa", ça vous dis quelque chose, si vous avez plus de 25 ans, non ? Pardi. Espagnol ?

Non, italien.

"Don quichotte".. espagnol ? italien ?

Perdu, français. Enregistré sur une chaine allemande ou autrichienne à ce qu'il semble.

Visage : l'emblème s'il est des années 80 est en anglais, mais les paroles sont pour moitié en français. Et celui la :

...dont vous noterez le préfixe EUR-, revendicatif d'un style, qui ne doit rien au hasard. Allez encore dans le genre, moins connu...

Oui, anglais aussi, la chanteuse est française. ils faisaient les premières parties de Depeche Mode.

Et qui ne se rappelle pas celle ci

Mélange d'allemand et de russe, sur fond de musique minimaliste et de guerre froide guillerette. C'est d'ailleurs la (seule?) décade ou la chanson pop en allemand commence à circuler en Europe. Ce n'est pas Falco qui me contredira, Alles Klar Herr Kommissar ?

A Partir des années 80, il est bien fini le temps ou il fallait transformer son nom en "Johnny" et chanter en anglais pour avoir l'air aussi "cool" qu'un cowboy du Texas.Au contraire, désormais, les cowboys sont perçus pour ce qu'ils sont, des pèquenauds. La classe est neo-romantique, "futuristique". Le vieux continent, ses dentelles, ses langues, son ambiguïté et sa sophistication deviennent des motifs d'identification en Europe et sur tout la planète.

Le plus souvent quand même, on y chante en anglais, ce qui a pour effet de brouiller encore davantage les pistes. Dans l'ombre de 30 ans d'hégémonie post-guerre de culture populaire américaine, les hits européens qui débarquent en force passent pour des groupes d'outre atlantique ! C'est à peine aujourd'hui, vingt ans après, que l'eurodisco, plus fréquemment appelée "italodisco" en Europe même ( il faut dire que les italiens sont sur-représentés), commence a être découverte pour ce qu'elle est.

Et cela ne doit pas qu'a la nostalgie régressive. D'une certaine manière, ces groupes jetables dont les hits restent gravés dans les cerveaux, sont la quintessence de la pop, par définition éphémère. Leur absence de sérieux, leur dançabilité affichée et leur kitchitude revendiquée en font un genre à part entière. Son coté sophistiqué, parfois romantique, souvent lorgnant sur le nihilisme la rendent néanmoins plus ambiguë qu'il n'y parait.

Si on se penche sur ses origines, on s'apercevra là aussi que cette jeune pop européenne, sans surprise, est l'héritière d'une filiation historique qui lui est propre. L'italodisco est une version "tous publics", "abâtardie", de la pop électronique avant gardiste et conceptuelle née dans la décennie 70, parmi laquelle Kraftwerk en Allemagne, qui fonde déjà les repère du genre : rythmique, électronique, minimaliste, et euro-centrée. On y chante déjà autant en français,en allemand ou en espagnol qu'en anglais.

Ainsi, pendant que les formations d'outre atlantiques même avec un synthé dans le fond de la scène, continuent de se penser comme "rock'n'guitar", la décennie 80 voit émerger quelque chose de complètement neuf en Europe, en rupture plus ou moins consciente. Ce sera parallèlement, le décollage de la pop électronique, de Depeche mode à Front 242. Cette rupture se traduit d'ailleurs par un rejet plus ou moins violent de la part de "l'establishment" musical, y compris et surtout en Europe même. Mais ceci est une autre histoire.

Trêve de blabla et place à l'action avec une playlist de quelques dizaines de titres parmi les plus connus.

Retroussez les manches de votre blazer à épaulettes, un coup de gel dans votre mèche rebelle, vous y êtes ?

C'est parti...