Europe confidentiel

Gordon Brown soutient Barroso et parie pour la paralysie européenne

Article publié le 17 mars 2009
Article publié le 17 mars 2009
barroso sonrisaLa probabilité que le leader des socialistes européennes, Poul Nyrup Rasmussen, lance une candidature alternative pour la présidence de la Commission se dissipe, selon son entourage.

Le Premier Ministre britannique et leader du Parti Travailliste, membre du PSE en outre, a annoncé lundi 16 mars son soutien au Président de la Commission européenne pour un deuxième mandat à la tête de ce collège de commissaires qui dirige l’Union.

Chronique d’une désaffection annoncée

Bien que cela puisse sembler paradoxal, nul ne doit être surpris par ce pari de Gordon Brown, car il a été le seul leader socialiste européen à ne pas assister au bain de militance qui avait consacré le manifeste socialiste pour les élections européennes à Madrid en décembre 2008. Malgré les voix qui réclament des candidats alternatifs comme le libéral Guy Verhofstadt ou, ces dernières semaines, la vice-présidente socialiste de la Commission, la suédoise Margot Walstrom, Brown préfère le pire déjà connu au meilleur encore inconnu.

Un bilan mitigé

Pendant l’actuel mandat du libéral-conservateur portugais Durão Barroso à la tête de la Commission, se sont succédé de nombreux échecs. Depuis 2004, l’Union a vu échouer la mise en effet de la constitution européenne conçue pour réformer la prise de décision et la démocratisation d’une Europe qui est passé de 15 à 27 membres. Pour l’instant, même pas le sosie minimaliste appelé Traité de Lisbonne est entré en vigueur. Barroso n’a pas su communiquer et transmettre l’enthousiasme pour un Traité qui porte symboliquement le nom de sa ville. Pendant son mandat centré sur la libéralisation des marchés, non seulement il n’a pas su préparer l’avenir de la construction européenne, mais en plus il s’est retrouvé face à la crise économique la plus grande que notre génération de citoyens et d’hommes politiques ait vécu : une crise du modèle ultralibéral d’autorégulation des marchés.

Le candidat par défaut

Barroso y Merkel

Durão Barroso est le candidat idéal des grands pays de l’UE plutôt pour tout ce qu’il ne représente pas que pour ce qu’il est. Ce n’est pas un leader charismatique qui puisse noircir les personnalismes de dirigeants tels que Sarkozy, Brown, Berlusconi et autres primatiaux nécessités avec urgence d’occuper les unes des journaux pour redresser leurs carrières politiques. Pour cette raison, Barroso n’est pas seulement le candidat favori de Brown, Sarkozy, Merkel et la majorité conservatrice ; c’est également, aussi contradictoire cela puisse paraître, le candidat favori de l’espagnol Rodríguez Zapatero. Barroso n’est pas, non plus, le genre de président de la Comisión fort et avec un projet prédéfini de construction européenne à mettre en place, comme par exemple le fut Delors entre 1985 et 1995. Barroso se réunit avec les leaders européens quand ceux-ci le réclament pour des négociations à huis-clos, tandis que Delors se réunissait avec Mitterrand, Kohl ou González chaque fois que le premier le souhaitait. C’est à dire, Barroso n’a pas un agenda propre face aux dirigeants nationaux dans ces temps de retour au souverainisme national.

Le ballon Rasmussen crève

Brown con Rasmussen

Cette nouvelle dégonfle la possibilité que le seul candidat alternatif et crédible jusqu’à présent pour briguer la présidence de la Commission, P. N. Rasmussen, annonce sa volonté de se lancer dans l’arène après avoir conduit le PSE jusqu’aux élections avec un manifeste en toute règle, car une partie des leaders socialistes ne le soutiendra pas. À ceci il faut ajouter que le PES n’a que peu d’espoir de profiter de la conjoncture de la crise pour augmenter sa présence au Parlement européen, et que son rival politique au Danemark, le libéral Anders Fogh Rasmussen, pourrait déménager vers la direction de l’OTAN, ce qui permettrait au socialiste de rentrer à la politique nationale, plus confortable et contrôlable.

Un parlement qui change tout pour ne rien changer

Les soubresauts de la crise et les tensions entre les partis nationaux provoqueront de probables tremblements de terre entre partis européens. Par contre, à la fin, tout porte à penser que la relation de forces ne changera pas de façon substantielle. La majorité de conservateurs et libéraux aurait toutes les chances de perdre un certain nombre de députés à cause de la crise –entre autre parce qu’ils gouvernent 20 des 27 pays de l’UE et que cela suppose une considérable usure- et la désertion des Tories britanniques qui quittent le PPE pour créer un nouveau parti européen. Ceci dit, la progression des socialistes s’avère nulle : dans des pays comme la France, le Royaume Uni, l’Italie ou l’Allemagne il est probable qu’ils se prennent un râteau d’envergure considérable. En France ils sont divisés, en Allemagne ils n’ont pas su capitaliser leur participation au gouvernement de Angela Merkel, en Italie Berlusconi occupe tout le spectre politique et au Royaume Uni Brown a du mal à convaincre les siens. En même temps, les libéraux, qui encaisseront des défaites en France, en Italie et dans quelques pays de l’Est, recevront les bras ouverts les irlandais du Fiánna Fail, en ce moment dans les files de l’Union pour l’Europe des Nations qui prétend fonder un nouveau groupe parlementaire avec les Tories anglais et le nouveau parti eurocritique de l’homme d’affaires Declan Ganley : Libertas. Les votes protestataires alimenteront les listes des partis qui conforment la Gauche Unitaire Européenne, qui maintiendra son niveau de députés, comme les Verts qui ne progresseront que très peu du fait de s’être fait chiper son discours écolo par les socialistes et les libéraux. (Photos:)