Europe confidentiel

Durão Barroso : un piège pour Durão Barroso

Article publié le 6 mai 2009
Article publié le 6 mai 2009
« Je suis pour une Europe politique, mais contre la politique politicienne européenne. Si nous sommes une réalité supranationale, nous devons être des politiques supra-partisans ». C’est ce qu’a dit cette semaine le président de ce qui serait le Gouvernement de l’Europe : la Commission.
Cela dit beaucoup sur la conception du conservateur Durão Barroso sur la démocratie européenne que nous sommes tous les européens appelés à continuer de construire pendant les élections européennes de juin 2009. Durão Barroso pensé sûrement comme le dicton espagnol : « en temps de crise, point de déménagement ». Donc, il vaut mieux ne pas favoriser le débat critique sur sa gestion pendant les derniers cinq ans de mandat, maintenant que sa réélection est sur la balance. « On n’a pas besoin de candidats alternatifs à la présidence de la Commission », il avait osé déclarer la semaine dernière à Varsovie, pendant le congrès du Parti Populaire Européen.

Les eurodéputés poussent contre les cordes le Président de la Commission, Durão Barroso. Le portugais souhaite se faire nommer par le Conseil Européen pour un second mandat de 5 ans, mais les europarlementaires veulent qu’il présente un programme avant de donner leur soutien. Si celui-ci ne s’adapte pas à au Parlement, son second mandat risque de devenir un enfer.

On dirait un coup d’État

Certes, les autres partis politiques européens n’ont rien fait pour opposer un candidat à Barroso. « Pourtant », a souligné l’ex-président socialiste du Parlement, Enrique Barón Crespo, “les élections européennes se dérouleront sous le Traité de Nice qui empêche le Parlement de proposer et d’élire le Président de la Commission, tandis que la prochaine Commission travaillera sous le Traité de Lisbonne » qui aujourd’hui a fait un pas de géant après sa ratification par le sénat de la République Tchèque.

Graham Watson

Voici ce qui ressemble le plus à un coup d’État à l’européenne. Les gouvernants du Conseil européen veulent accélérer la réélection de leur favori, Durão Barroso, avant que le Traité de Lisbonne entre en vigueur et exige à celui-là de se soumettre au Parlement, sachant que le Parlement peut trouver des candidats alternatifs à Barroso, surtout chez la droite. « Ou tout sur la base de Nice, ou tout sur la base de Lisbonne ! », clame le leader des libéraux, Graham Watson.

Durão Barroso devra séduire un peu les eurodéputés

Les partis européens ont déjà commencé à demander des comptes à Barroso. Nombreux sont ceux qui veulent qu’il présente un programme d’actions avant de donner leur soutien. « Comme première expérience du marché libéral, les jeunes se buttent avec le chômage », note le socialiste Hannes Swoboda, qui rajoute que « l’aspect social doit être plus présent dans la prochaine Commission et il doit y avoir plus de coordination sur l’aspect économique et financier entre la Commission et le Conseil européens ».

Andrew Duff

Chez les libéraux, Andrew Duff assume « qu’il faut faire plus de pression sur la Commission si on aspire à ce que Durão Barroso enchaîne avec un deuxième mandat ». Selon les libéraux, la commission devrait soutenir une translation de dépenses du plan national vers l’européen, accélérer l’élargissement de la Zone Euro et promouvoir un Eurogroupe plus fort qui puisse imposer une politique fiscale plus stricte. « Nous espérons que Durão Barroso nous apportera son manifeste ou son programme sur ses projets et sur ses conclusions de la crise », concluait Duff pendant la plénière mardi dernier. Dans les bancs de la Gauche Unitaire Européenne, son infatigable Ilda Figueiredo dénonce « la fausse indépendance de la Banque Centrale Européenne qui ne fait attention qu’aux intérêts privés », et elle propose de finir avec le Pacte de Stabilité et de soutenir les investissements publics dans les secteurs innovateurs, dans la Santé et dans la formation des travailleurs et des jeunes.

On cherche leadership face à la crise

Rasmussen

Les socialistes vont exiger du prochain président de la Commission qu’il s’engage avec un agenda social et pour qu’aucun pays de l’UE permette aux salariés de travailler plus de 48 heures par semaine avant de donner leur soutien. « Nous voulons que Barroso apporte au Conseil européen du 18 Juin un nouveau plan de relance économique pour faire face aux 27 millions de chômeurs et le recul de 4% du PIB avec lesquels on va couronner 2009 », exige le président du Parti Socialiste Européen, Poul Nyrup Rasmussen. Ce dernier est le député qui attaque le plus la gestion et la « passivité » de Barroso : « Être un leader signifie savoir assumer des risques », il martelait cette semaine en invitant Barroso à ne pas « attendre de voir qu’est-ce que disent Paris ou Londres pour proposer des réformes ». Cette situation existe jusqu’à présent par volonté du propre Barroso, qui se défendait dans la plénière en exigeant des autres « plus d’exécution et moins de gesticulation », et qui a imploré qu’n lui demande de faire « ce qui est possible et non pas ce qui est impossible à cause au manque d’ambition des États et leur rejet à toute augmentation du budget communautaire ». Durão Barroso mord, quand cela lui convient, la seule main qui lui offre à manger, celle des chefs d’État et de gouvernement qui sont contents avec un Durão Barroso qui se borne à rester un « simple intermédiaire entre les gouvernants », tel qu’il se présentait cinq ans auparavant pour accéder au poste. Egalement, quand on lui accuse de ne pas s’engager à fond dans la promotion du Traité de Lisbonne il rejette la balle en dénonçant « l’incapacité des gouvernants pour ratifier ce qu’ils ont signé avant ».

Durao Barroso enérgico

La légitimité de l’Union est en péril

« Je suis contre la dramatisation artificielle que voudraient pousser les partis politiques », insiste Durão Barroso, sans complexes. « Il faut parler de l’Europe en positif, car ce qui aliment le plus l’euroscepticisme en temps de crise c’est le pessimisme des européistes ». Sans aucun doute, les grands projets politiques se forgent dans les situations les plus difficiles. La crise économique actuelle est le moment le plus dur de l’Histoire de l’Union européenne. Si on laisse faire les États pour nous sortir de la crise, on tardera plus et l’Union aura balancé à la poubelle une opportunité historique pour réaffirmer sa légitimité et se renforcer. C’st ce que les membres du Parlement essaient de communiquer à Durão Barroso. Il semblerait que c’est ce que ce dernier ne comprend pas tout à fait. S’il entame un deuxième mandat comme Président et ne change pas d’attitude, il est fort probable que les représentants des citoyens européens lui rendent la vie impossible. (Photos : Parlement européen)