Eurogeneration

J'y vais ou je rentre : le dilemme du migrant

Article publié le 2 octobre 2007
Article publié le 2 octobre 2007
Désormais c'est un rite. L'avion doit d'abord s'arrêter et ensuite, pendant que les autres récupèrent leurs bagages, j'extrais la carte SIM française de mon portable et je la substitue avec celle italienne. Me revoilà à Naples, aéroport de Capodichino. “Tu es rentré, enfin”, me disent les amis. Mais dans sa terre d'origine on y va ou on y rentre ?
Chez les babéliens que nous sommes, fils nomades de l'eurogeneration, les écoles sont deux. Il y a ceux qui suivent la raison : “maintenant ma vie est à Paris”, me force-je à dire. A Cava, donc, j'y vais, je n'y rentre pas. Et puis il y a ceux qui disent “je rentre”, souvent perçu comme symbole de faiblesse, comme si le voyage tôt ou tard devait finir dans notre Itaque à nous. Cette terre d'origine dont nous gardons le souvenir, dont on parle le moins possible, en la mythisant toujours.

Pendant des années j'ai voulu me dire “je vais” à Cava. Cela fait presque dix ans que je n'y vis pas. À Paris, j'y habite depuis cinq ans, je suis en train d'y mettre mes racines. Mais puis-je employer le même verbe - aller – que j'emploie pour des destinations telles que Tallinn ou – mettons – La Havane ? Peut-être nous l'inventerons, un jour, un véritable "verbe de mouvement" qui soit un fils bâtard d'aller et de rentrer.

P.S. Pardon, suis-je le seul qui se bats avec ce genre de paranoïas ?