Culture

Zagreb, la capitale mondiale de l’animation

Article publié le 2 juillet 2012
Article publié le 2 juillet 2012
Zagreb s’est imposée dans le monde de l’animation en 1962, lorsque le film Ersatz, du pionner croate (Yougoslave) Dušan Vukotić, est devenu le premier film animé non-américain à gagner un Oscar. Aujourd’hui, le slogan « Z pour Zagreb » témoigne de l’importance des films d’animation et du festival mondial qui leur sont dédiés. Reportage depuis Animafest.

Le personnage de cartoon au chapeau melon, Mandlek, apparaît mystérieusement dans les rues de Zagreb. La mascotte d’Animafest est le personnage principal des posters du festival depuis 1972. La ville détient désormais le permis d’organiser Animafest depuis 1969 suite à la réputation mondiale de ses films animés. Au milieu des projections de films, la responsable du programme, Vanja Hraste, me fait part de son récent voyage à San Francisco, pendant lequel elle a pu promouvoir les films d’animation croate. « C’était une agréable occasion de voir que les gens sont toujours intéressés par ces films des années 50, 60 et 70 », dit-elle. « En fait, pour la plupart c’était une véritable découverte. » Aujourd'hui, qui ne peut pas nommer un film des années 90 ? Une discussion anglo-croato-bulgaro-serbe improvisée avec le pionnier de l’animation croate, Borivoj Dovnikovic alias Bordo, et sa femme Vesna montre que ces 60 dernières années ont véritablement scindé l’avant et l’après de l’histoire de l’animation croate.

Passé et présent de l’école de Zagreb

En 1956, le nombre de films animés indépendants était en hausse grâce à la création d’un département « Animation » au sein de la société de production de film de Zagreb. A l’époque, Dušan Vukotić et ses collègues affirment leur position « anti-Disney ». « C’était la raison principale pour expliquer la grande différence de leurs films face à ceux auxquels le monde était accoutumé », clarifie Bordo. Le terme qui fait référence aux traditions croates de l’animation a été inventé par George Sadoul et André Martin : c'est « Zagreb, école de films animés ». « L’école de Zagreb se distinguait de la plupart des films animés contemporains par son passage du point de vue personnel à un état général de la condition humaine », explique Jurica Starešinčić, réalisateur et éditeur du Journal du Cinéma croateHrvatski filmski ljetopis »). Nous sommes dans le festival le plus important, Kino Europa, qui s’appelait Kino Balkan jusqu’à la guerre d’indépendance croate (1991-1995).

La technique informatique dans l’animation est apparue en 1991. « C’est pour cela que nous ne pouvons plus parler de l’école classique de Zagreb », dit Bordo. Jurica explique que les réalisateurs de films animés croates de la nouvelle génération suivent la tradition de manière conceptuelle, et non esthétique. Prenez les films locaux She Who Measures (Veljko Popović, 2008) où une file de gens identiques poussent leurs caddies, et Flower of Battle (Smon BogojevićNarath, 2011) qui présente une fine lame dans un bas-monde obscur. Tous deux traitent de problèmes sociologiques et philosophiques comme le matérialisme des sociétés contemporaines et les actions politiques. Leur but est de construire une société organisée et privée de sa liberté.

Une réputation mondiale

Après Animafest, la majeure partie des invités est partie en France pour assister au Festival international du film animé d’Annecy. « Après Annecy, Animafest est le second plus vieux festival du monde », affirme Daniel Šuljić. Les festivals au Japon et au Canada suivent de très près. Le festival croate a survécu à de graves crises économiques et à la guerre pour finalement être maintenu après l’éclatement de la Yougoslavie. « Zagreb 1990, a sûrement été le seul festival de film au monde préparé dans un seul état (Yougoslavie) et à s’être déroulé dans un autre (Croatie) », se souvient Bordo. Aujourd’hui, après avoir surmonté le pouvoir divisé par les frontières et grâce aux avancées technologiques, le festival témoigne d’une plus grande diversité d’expressions, de formes et d’approches créatives.

Bordo a remarqué que les histoires sombres sont devenues la nouvelle tendance du monde de l’animation. « Il y a trop d’ignobles personnages et d’horribles scènes », dit-il. « Aujourd’hui, cette lutte est un courant de créativité dans le monde de l’animation. » Le style « glauque » est très présent dans Bobby Yeah (2012) du réalisateur anglais Robert Morgan qui fait apparaitre une poupée démoniaque qui vole. Soit tout le contraire de This Is Love (2010) réalisé par Lei Lei (Chine) qui défend des idéaux « heureux ». Une autre tendance « évidente » dans l’animation indique que « les histoires absurdes deviennent populaires », note Jurica Starešinčić. Oh Willy… (Emma De Swaef, Marc James Roels, 2011, Belgique) est devenue une des histoires « chaleureuses, humaines et absurdes » les plus applaudies qui décrit un monde habité par une colonie de marionnettes nudistes.

Les vrais gens de Zagreb

« L’animation est très appréciée dans la société croate et est aussi le genre le plus populaire », accentue le cinéaste Simon Bogojević Narath. Les Croates, tout comme Zvonimir Sabolek sont « fièrs » de l’histoire de l’école de Zagreb. Le festival rassemble des artistes et critiques des quatre coins du monde, curieux d’observer les derniers changements dans l’animation, il est plus difficile de rencontrer des Croates qui semblent « déconnectés » et qui y viennent sans aucune curiosité.

Zvonimir n’est pas impliqué professionnellement dans l’animation mais souligne le problème de l’absence d’équilibre entre la reconnaissance locale et globale du festival. « Les gens de Zagreb et la population croate ne se rendent pas compte de son ampleur réelle », dit-il lors l’évènement pour le 40ème anniversaire à la Galerie Upuluh. « Les étrangers, les étudiants du coin et les artistes constituent le public habituel. Ca n’intéresse pas tellement les Croates. » Le niveau de vie fait que les gens se préoccupent plus de problèmes existentiels et moins de leur temps libre, conclut Zvonimir. Il espère que grâce à la hausse de la qualité de vie, l’impact local de l’Animafest sera aussi fort qu’au niveau global.

Cet article fait partie d'une série de reportages sur les Balkans réalisée par cafebabel.com entre 2011 et 2012, un projet cofinancé par la Commission européenne avec le soutien de la fondation Allianz Kulturstiftung.

Photos : Toutes courtoisie de Zagreb Animafest 2012, Nina Đurđević, Nikola Zelmanović etDavid Oguić; Vidéo : MrMorgansOrgans/Youtube