Culture

Xavier Rudd : musique de l'esprit

Article publié le 31 juillet 2015
Article publié le 31 juillet 2015

À 37 ans, le compositeur australien a sorti 9 albums différents qui ont tous une chose en commun : l'esprit. Habité par une force héritée de son père, Xavier Rudd fait de la musique « parce qu'il a été choisi pour le faire ». Rencontre, quelque part au dessus de l'océan, entre Bob Marley et un oiseau rare.

Xavier Rudd est perché. Mais pas de la façon à laquelle vous pensez. Le multi-instrumentaliste australien de 37 ans a toujours été habité par une force extérieure. Selon ses propres mots, il est « guidé par quelque chose ». Ce quelque chose ? L'esprit qui recouvre l'ensemble de sa carrière de compositeur. Quand il s'asseoit avec sa guitare, Xavier reproduit juste ce que l'esprit lui dit de faire. Cela peut sembler un peu dingue, mais c'est la façon dont ont été écrits ses 9 derniers albums.

Quand il entre pieds nus dans l'espace presse des Solidays, Xavier Rudd fait figure d'oiseau rare parmi la masse de journalistes apprêtés. Bronzé et affûté comme un surfer pro, il porte un léger short jaune et un débardeur sur lequel viennent danser une multitude de colliers. Parmi eux, une énorme plume aborigène que Xavier prendra soin de caresser juste avant l'interview, vingt milles lieues au-dessus des mers.

cafébabel : Quel a été votre premier éveil musical ?

Xavier Rudd : Mon premier souvenir, ce sont les disques de mon père. Et il avait bon goût. Il passait du Neil Young, du Jimi Hendrix, du Bob Marley... Il mettait ça dans la voiture, quand on partait surfer, puis il chantait. J'ai aussi eu la chance d'assister à quelques bons concerts quand j'étais gosse. Je me souviens de celui de Paul Simon, à l'occasion de sa tournée pour l'album Graceland. C'était très spécial.

cafébabel : Vous écrivez des chansons depuis que vous êtes gosse...

Xavier Rudd : Du plus loin que je me souvienne... Je devais avoir moins de 10 ans. J'ai toujours chanté puis écrit de petites mélodies à propos de ce qui m'entourait. En fait, j'écrivais des chansons avant de savoir que c'en était. C'est toujours ce que je fais, d'ailleurs.

cafébabel : Et qu'est-ce qu'il se passait autour de vous ?

Xavier Rudd : J'ai grandi dans une petit ville à côté de Torquay (située au sud-ouest de Melbourne, ndlr), dans le bush, sans rien autour. Mon chien et moi, en gros. Je campais beaucoup, je dormais sous les étoiles en écoutant la nature. Je surfais beaucoup. Il y avait beaucoup de silence. Je chantais à propos de la terre spirituelle. Je n'avais jamais mis les pieds dans une vraie ville avant de partir en tournée. C'était tout nouveau pour moi. Et il a fallu du temps pour que je m'habitue.

cafébabel : Êtes vous solitaire ?

Xavier Rudd : Je suis heureux ya know. Je suis heureux d'être parmi les gens que j'aime. Je suis heureux quand je suis seul aussi, ça n'a pas d'importance. Je n'aime pas la foule. Trop de gens.

cafébabel : Que représente la spiritualité pour vous ?

Xavier Rudd : Elle est née en moi. J'ai reçu un héritage très important du côté de mon père. Dans notre culture, les rêves sont très importants. Je ne parle pas de ceux que l'on connaît. Les rêves peuvent aussi représenter l'esprit qui construit ton existence, la terre et la connection à cette terre qui doit être pensée comme une espèce car nous ne sommes pas sur la Terre, nous en faisons partie. C'est la plus grande des erreurs humaines je pense. L'espèce humaine a perdu toute notion de la réalité selon laquelle nous sommes exactement pareil que cet arbre (il montre un arbuste en face de lui, ndlr). Nous sommes liés à la Terre, de façon énergétique.

Donc nous avons des rêves qui font partie de nos substances nutritives. C'est une grosse partie de notre existence. Nous pouvons vivre sans mais ce serait aller dans la mauvaise direction. Cette reflexion ne provient pas de l'égo ni de tes propres choix, elle vient d'un esprit ancien qui te guide et si tu ne l'entends pas, si tu ne le suis pas, alors, ta vie empruntera un chemin complètement différent. Pourtant, tout le monde a ça en lui. Quel qu'il soit.

cafébabel : Oui mais vous en avez peut-être plus conscience que les autres. La spiritualité joue un grand rôle dans votre musique...

Xavier Rudd : Je ne sais pas ! Je suis animé par un grand esprit. Je pense que c'est une vieille femme qui aime se faire entendre quand elle parle. Du coup, tu dois faire ce qu'elle dit. (Il sourit, ndlr). La laisser parler.

cafébabel : Avez-vous une religion ?

Xavier Rudd : Non. Je peux comprendre le fait que la religion puisse aider les gens qui ont perdu quelque chose. Pourtant, les religions organisées semblent être la raison pour laquelle ils souffrent en premier lieu. Ces grands groupes ont détruit notre magie intérieure car en tant qu'êtres humains, nous possédons une magie. Années après années, on nous a dit que nous avions tort, que nous devions suivre un seul troupeau, que notre énergie et notre rapport à la terre était faux. C'est un moyen de domination. Pour moi, la religion, c'est un cercle vicieux. Il faut que l'on puisse retourner vers ce à quoi nous étions prédisposés : le respect pour notre terre et notre environnement. En tant que créateurs, on doit sortir du conditionnement de la religion. On doit avoir foi en notre propre magie, en notre propre force parce qu'elle nous a été donnée.

cafébabel : Vous avez affirmé vouloir rester en forme, comme Bob Marley s'est efforcé de le faire pendant toute sa carrière. Quelle est votre mode de vie ?

Xavier Rudd : Je suis tout le temps dehors ya know. Toujours occupé à faire quelque chose. Je vis à côté d'une rivière donc je suis souvent dedans. Je surfe beaucoup. Je fais des trucs. Je suis actif. Je cours beaucoup, en écoutant les battements de mon coeur. J'ai créé beaucoup de beats grâce à ça. Parfois, je cours en fonction du rythme de mes chansons. Je chante dans ma tête pendant mon footing. C'est le moment où personne ne peut me distraire.

cafébabel : Vous avez construit une maison éco-responsable faites de paille et de matériaux recyclés. Vous sentez-vous mal à l'aise dans un autre genre d'environnement ? 

Xavier Rudd : Non. Parce que quand je suis en tournée, cela a un gros impact sur l'environnement. Je vis de peu quand je suis chez moi mais la tournée, ça veut dire un bus qui tourne au diesel, des avions...ce n'est pas très éco-responsable ! (Il rit, ndlr). Bref, je ne peux pas venir m'asseoir et dire « hey, je suis un grand écolo ! ».

cafébabel : Vous avez aussi dit « Je dois attaquer ma journée comme un guerrier ». Qu'est-ce que ça veut dire ?

Xavier Rudd : Je dois être un guerrier pour préserver l'esprit ancien que je porte en moi. C'est important de comprendre cet esprit. Ma musique, ce n'est pas toujours moi. Parfois, elle part de mes émotions mais très souvent, c'est un esprit qui provient d'une toute autre chose. J'ai été choisi pour ça. Si mon égo est engagé, c'est foutu. Donc je dois être prêt, physiquement et mentalement, à laisser l'esprit s'exprimer.

cafébabel : Quel est le principal message de votre musique ?

Xavier Rudd : Je ne vois pas ça comme un message. Je fais mon boulot. Je fais ce que je dois faire et si ça atteint quelque chose, c'est que ça devait l'atteindre. Si ça ne touche personne, ce n'est pas à moi d'en juger. Je fais juste ce que l'esprit me dit de faire. Et je ne peux pas juger celui qui le reçoit. Si ma musique est reçue de manière positive, c'est tant mieux. 

cafébabel : Donc vous êtes guidé par quelque chose ?

Xavier Rudd : Exactement.

cafébabel : Il y a une histoire très particulière derrière le morceau « Spirit Bird ». Vous étiez dans le désert et vous avez parlé à un oiseau...

Xavier Rudd : (Il sourit, ndlr) En quelque sorte...C'était un cacatoès banksien. C'est un vieil oiseau, très sacré dans notre culture en Australie. Tu n'en vois pas beaucoup. Ils apportent différents messages à différentes périodes. Donc, j'étais dans le desert et il y avait cet oiseau qui généralement ne s'approche pas des gens. Là, il était en face de moi. Et il m'a parlé (il imite le cri de l'oiseau pendant un moment, ndlr).

Tandis qu'il me parlait, je sentais mes pieds s'enfonçaient dans le sol jusqu'à ce que je ne puisse plus bouger. Ensuite, pleins de souvenirs, de visages, m'ont traversé l'esprit. Mais ce n'était pas mes souvenirs, je n'avais pas vécu ça avant. Bref, ça s'est passé. Je suis parti et le soir, j'ai écrit « Spirit Bird » d'un seul trait. Je me suis assis dans le sable, sur la plage et en un instant, le morceau était fini. C'est cet oiseau qui m'a donné cette chanson.

Xavier Rudd & the United Nations - « Come People »

Écouter : Xavier Rudd & The United Nations - 'Nanna' (Xavier Rudd/Salt.X Records/2015)