Culture

Web séries européennes: l'école de l'irrévérence

Article publié le 29 avril 2010
Article publié le 29 avril 2010
Les séries en ligne ont de plus en plus de succès. Les jeunes réalisateurs explorent de nouveaux formats? C'est une façon de mettre un pied dans le monde compétitif de l'audiovisuel? Ce qui est sûr, c'est que ces séries font preuve d'un esprit de transgression plus innovant que leurs camarades du petit écran.

« On m'appelle le nègre ». C'est ainsi que commence un des phénomènes les plus récents d'Internet en Espagne. C'est la première phrase (et le titre) du scénario écrit par un jeune diplômé en Communication Audiovisuelle, scénario qui prit forme dans le premier épisode de la série Malviviendo (ndlr: littéralement « En vivant pauvrement »). Aujourd'hui, un an et demi après l'apparition de ce premier épisode, il y a peu de jeunes (et moins jeunes) hispanophones qui ne connaissent pas el Negro, el Kaki, el Zurdo y el Postilla. Le phénomène est tel, que le dixième épisode voyagera avec ses protagonistes dans différents festivals et salles espagnoles pour que ses fans puissent suivre une « véritable » avant-première, à la hauteur de Lost ou Dr.House.

Mot de passe: irrévérence

Comédie à l'état pur, obsession pour le sexe, petits jeux avec les drogues et rassemblements « d'amis » sont les clefs du succès de cette création irrévérencieuse, tout comme les continuels hommages et références à des séries et films « made in USA ». Mais Malviviendo n'est ni pionnière, ni unique en son genre, et le phénomène des web séries n'est pas réservé à l'Espagne, loin de là.

Avec les mêmes prémisses et le même esprit déroutant de transgression, on trouve des dizaines de succès en ligne à travers le vieux continent. Qu'elles aient des personnages réels ou animés, les web séries ont l'air d'avoir quelque chose en commun: raconter des histoires qu'on ne verrait jamais à la télévision, tant à cause de leur dureté verbale que de la sincérité de leurs images et de l'incorrection des sujets choisis. Ainsi, en nous promenant sur Internet, on trouve des séries telles que Hello Geekette, une série française au budget restreint mais pas en panne d'imagination, ou They call us candy girls qui s'est converti en Sex and the City allemand.

Une école en devenir ?

Mais à quoi doit-on ce succès? Les jeunes européens sont-ils avides de nouveaux formats? Ces sujets finiront-ils sous le joug du monopole américain? Des questions auxquelles il est a priori difficile de trouver des réponses, mais qu'on résoudra avec le temps. Combien de temps ces jeunes pousses qui restent à découvrir attendront-ils ? Quand ces « messieurs de la télévision » oseront investir sur des énergumènes qui savent créer à partir de rien, si ce n'est l'inventivité de ceux qui veulent faire des choses nouvelles dans l'audiovisuel. Un phénomène semblable à celui des courts-métrages amateurs qui servent depuis des décennies « d'école-tremplin » aux jeunes talents européens. Chacune de ces séries a sa propre page web où l'on peut voir chaque épisode, partager son opinion avec d'autres fans, ou même apporter des dons pour que la série continue à prendre de l'ampleur (il ne faut pas oublier que dans ce type de productions, personne ne gagne un euro).

Cependant, à la suite de ce phénomène, certains ont osé aller encore plus loin. On peut déjà trouver sur Internet des chaînes en ligne exclusivement dédiées aux web séries d'animation ou aux personnages réels. Mieux encore, la chaîne espagnole nikodemo a organisé le premier festival international d'épisodes pilotes de web séries ! Un concours où la chaîne cherchera de nouveaux talents, avec des prix succulents visant à faire du pilote vainqueur une web série réelle, et qui aura comme entre autres jury personne d'autre que les directeurs Isabel Coixet, Mar Coll ou Nacho Vigalondo. 

Photo: Julio Albarrán / Flickr; Vídeos: Youtube