Culture

Voices of refugees : voyage au bout de la vie

Article publié le 13 décembre 2016
Article publié le 13 décembre 2016

Après une première projection au Parlement européen, le documentaire Voices of refugees a voyagé par toute l'Europe. On a rencontré Alexandre Beddock, l'un des réalisateurs, qui nous a raconté l'énorme influence de cette expérience sur sa vie.

Je vous raconte une histoire. Une histoire qui raconte des histoires. Un projet qui a donné la voix à ceux qui ne l’avaient pas avant.

Nous sommes au Parc Maximilien à Bruxelles en 2015, en plein crise migratoire. Des centaines des personnes arrivent en Europe par la Syrie et par d’autres pays du Moyen-Orient et de l’Afrique, sur la route, livrés à eux mêmes. Au niveau politique, aucune réponse unanime, tandis qu’au niveau populaire : d’un coté on assiste à l’expansion du racisme et de la xénophobie vers les immigrants, de l’autre côté on observe l’augmentation des mobilisations citoyennes.

Alexandre et Ieva, tous les deux dans leur vingtaine, collègues de travail au quotidien dans une ONG qui s’occupe des droits des jeunes, sont les protagonistes du voyage qui nous a conduit jusqu’aux réfugiés. Ne pouvant rester sans rien faire face à cette tragédie humaine, ils décident de donner leur temps libre en tant que bénévoles au Parc Maximilien. Ils connaissent les nouveaux arrivés, ils écoutent leurs histories, et ils réfléchissent. Ils réfléchissent. Ils réfléchissent. À partir de ce moment, ils élaborent un projet, le peaufinent, ils cherchent des subsides. Ils les obtiennent. À présent, il est temps d’agir.

Première étape : Lesbos (Grèce)

De même que la cousine d’Ithaque était la patrie et la destination finale du voyage de Ulysse, Lesbos est connue aujourd’hui pour être l’un des principaux quais d’accostage des bateaux des réfugiés. En 2015, Lesbos voit passer 80% des réfugiés arrivés en Europe. On le voit, dans le documentaire, le moment du débarquement. D’un coté, le bateau rempli d’individus qui accoste sur la côte. Et de l’autre, un groupe de personnes qui saluent et accueillent chaleureusement les nouveaux arrivants.

« L'un des moments les plus émouvants s’est passé lors d’une soirée autour du feu. Il y avait des gens qui jouaient de la musique, pendant que d’autres chantaient et dansaient. Beaucoup étaient dans leurs tentes, mais dès qu’ils ont entendu la musique, ils sont sortis et ont participé à la fête. C’était un moment unique, de communion et fraternité. Pourtant on était dans l'un des pires des camps d’Europe », raconte Alexandre.

Deuxième étape : Šid (Serbie)

Le voyage continue jusqu’à Šid, une ville serbe au bord avec la Croatie qui a accueilli de nombreux réfugiés après la fermeture des frontières hongroises. « Le but du documentaire ? Sans doute de réhabiliter l’humanité dans ce qu’on appelle la crise migratoire » continue Alexandre. « Le nombre de personnes en situation d’urgence ne laisse planer aucun doute : nous vivons une grave crise humanitaire, mais l’inaction de nos politiques qui laisse ces personnes venues jusqu’ici dans le dénuement le plus total l’a transformé en une crise d’humanité. »

Troisième étape : Bruxelles (Belgique)

En 2015, les citoyens belges ont donné vie à un mouvement populaire : la Plateforme Citoyenne de Soutien aux Réfugiés. Grâce à l’apport de centaines de bénévoles, le mouvement a permis à ces personnes de jouir d’un repas chaud, d’une tente pour dormir, d’un soutien psychologique. « Le message aux politiciens ? Si nous nous pouvons le faire, ils peuvent aussi changer quelque chose. On a besoin d’une Europe unie pour intégrer les réfugiés et les valoriser autant que ressources », soutient Alexandre.

« Je veux rester ici, je veux rendre au pays qui m’accueilli. Je veux le construire et faire quelque chose pour remercier les personnes qui m’ont aidé », raconte Salam dans le documentaire. « Il parle de construire parce qu'en Iraq il avait son entreprise de construction », nous raconte Hala, 27, une Libanaise doctorante en Géographie à Bruxelles et bénévole au Parc Maximilien. « Faire du bénévolat avec les réfugiés a été une expérience très enrichissante. Ça te permet de réfléchir sur ton rôle de citoyen, mais aussi d’apprendre à te comporter avec, par exemple, ceux qui ont ton âge est se trouvent "de l’autre côté". Je me rappelle d'un épisode : on distribuait des bananes dans le champ. J’en ai donné une à un garçon, qui m’a remercié et devant moi l’a donné à une bénévole assise à côté. C’était pour me démontrer qu’il n’en avait pas besoin. »

« Si on est resté en contact », reprend Alexandre « Bien sûr. Certains ont obtenu leurs papiers, ont trouvé un logement. Certains ont réussi à s’inscrire à l’université. Malheureusement, beaucoup attendent encore leurs papiers et, quand ils habitent en périphérie des villages, ils passent leurs journées à rien faire. C’est triste pour eux, leur épopée ne termine jamais ». Il ne cache pas son émotion, Alexandre, la même que ses yeux trahissent au moment où on se rappelle de la dernière projection du film. « C’était lors de la Journée Iraq organisée par la Plateforme. Pour la première fois, on projetait le documentaire devant un public composé presque essentiellement de refugiés. C’était une émotion indescriptible. Beaucoup nous ont remerciés. À ce moment là, on a compris d’avoir réalisé quelque chose d’important ». 

Bande-annonce de Voices of Refugees.

___ Cet article a été rédigé par cafébabel Bruxelles. Toute appellation d'origine contrôlé.