Culture

Vincent Lacoste, l'acteur qui n'a rien demandé

Article publié le 6 décembre 2013
Article publié le 6 décembre 2013

Après avoir campé un ado à pus­tules dans Les Beaux Gosses, Vincent La­coste en­file cette fois la burka pour le nou­veau film de Riad Sa­touff, Jacky au Royaume des Filles. Doté d’un fort po­ten­tiel co­mique, le co­mé­dien de 20 ans a très vite im­posé son na­tu­rel dans le monde du ci­néma fran­çais qui le lui rend bien. Por­trait d’un type finalement « comme les autres ».

Comme sou­vent, la soi­rée d'ou­ver­ture des 36émes Ren­contres Henri Lan­glois se pro­longe sur un verre. Dans un coin du bar, Vincent La­coste ré­gale l’au­di­toire, dé­tendu et ac­ces­sible. « C'est tou­jours bien de ren­con­trer le pu­blic, ça per­met de prendre la tem­pé­ra­ture, voir si le film plaît ou non », ex­plique t-il. Une ti­gnasse de che­veux bou­clés en ba­taille, une veste beige sur les épaules, il sou­rit : « ce soir, je l'ai bien senti, les gens ont ri­golé ».

Tout com­mence à la can­tine

Il avoue être tombé dans le ci­néma par ha­sard. Il man­geait à la can­tine quand des pa­piers d'ins­crip­tions à un cas­ting ont circulé. « Le di­rec­teur ad­joint du col­lège fai­sait de la fi­gu­ra­tion et était un grand fan de ci­néma. Des per­sonnes sont ve­nues dans le col­lège et ont dis­tri­bué des pa­piers à tout le monde. » Il avoue lui-même ne pas s'in­té­res­ser tout de suite à ce cas­ting, il perd même la fiche d'ins­crip­tion. Mais lors­qu'un de ces amis est sé­lec­tionné pour une se­conde au­di­tion, « je me suis dit que si lui avait été ap­pelé c'est que c'était aussi pos­sible pour moi. J'ai re­de­mandé le nu­méro, j'y suis allé et j'ai été pris ! Je ne sa­vais même pas quel rôle c'était »,  ra­conte-t-il, un sou­rire aux lèvres.

Vincent La­coste a 15 ans quand il se re­trouve à l'af­fiche des Beaux Gosses, le pre­mier film de Riad Sat­touf. « Mon tout pre­mier plan, c'est une scène dans le bus où je dois me mar­rer. J'étais dans un état se­cond, pas du tout ner­veux, juste gêné par le look que j'avais. C'est là que j'ai réa­lisé que j'al­lais tour­ner un film », dit-il en s'ébou­rif­fant les che­veux. Dans ce pre­mier film, il campe Hervé, un ado bou­ton­neux adepte de la mas­tur­ba­tion et mal à l'aise dans un corps qui change. « C'est tou­jours dif­fi­cile de se rendre moche pour un film qui va être vu par les gens qu'on connait. A 15 ans on n’est pas vrai­ment beau, c'est un âge in­grat. Ce n’était pas fa­cile au début mais l'im­por­tant pour moi c'était de faire le film. C'est sûr que j'au­rais pré­féré jouer un jeune col­lé­gien am­bi­tieux », af­firme t-il en ri­go­lant.

Consé­cu­ti­ve­ment au suc­cès du film, le co­mé­dien plonge d’en­trée dans tout ce qui brille. No­miné aux Cé­sars (meilleur es­poir mas­cu­lin en 2010, ndlr), pré­senté à un agent qui lui pro­pose beau­coup d'autres rôles, Vincent La­coste avoue qu'il n'a « pas eu be­soin de ga­lé­rer pour faire du ci­néma. A 16 ans per­sonne ne sait ce qu'il veut faire. Moi, on m'a donné l'oc­ca­sion de ne pas avoir à choi­sir. J'avais juste à me lais­ser por­ter. C'est quand même un mé­tier gé­nial ! ». De­puis 2009, il a déjà tourné dix films et joué dans la der­nière pièce de théâtre d'Édouard Baer, À la fran­çaise. Parmi les réa­li­sa­teurs et les ac­teurs avec qui il a tra­vaillé, on re­trouve sur­tout des femmes qui lui sont chères : Julie Delpy (Le Sky­lab) ou en­core Noé­mie Lvovsky (Ca­mille Re­double).

Le grand frère Riad Sat­touf

Vincent ne tarit pas d'éloges sur celui qui a lancé sa car­rière, Riad Sat­touf, qu'il consi­dère comme son men­tor. « On est amis, on ha­bite à coté, on se voit tout le temps. Il veille sur moi. » Il suf­fit de les voir tous les deux pour com­prendre. Très proche l'un de l'autre, le réa­li­sa­teur et l’ac­teur se poilent en per­ma­nence, rap­pe­lant ces re­la­tions qu’en­tre­tiennent les ar­tistes avec leurs muses. Pour au­tant, Vincent fait la part des choses : « Riad est très exi­geant. Il n'hé­site pas à dire quand c'est nul. Il faut être concen­tré. Ce n’est pas vrai­ment la grosse ri­go­lade sur le pla­teau. Mais il sait où il va, ce qu'il veut. » Le réa­li­sa­teur a di­rec­te­ment pensé à lui pour le rôle de Jacky au royaume des filles mais Vincent n’au­rait ja­mais été admis sur le tour­nage s’il n’avait pas eu son bac (d’éco­no­mie, nda). Pour le reste, notre jeune se pose peu de ques­tions quand il s’agit de son pote. « Je ne me suis ja­mais de­mandé si le scé­na­rio était bien ou pas. Je lui fais une confiance ab­so­lue. »

Jacky est un jeune cé­li­ba­taire vi­vant chez sa mère et qui n'a qu'un rêve : épou­ser la co­lo­nel, fille de la dic­ta­trice de Bu­bunne (Char­lotte Gains­bourg, ndlr), un pays ima­gi­naire où les femmes ont le pou­voir sur les hommes, sou­mis et voi­lés. Naïf et sim­plet, Jacky cherche à tout prix à ren­con­trer la femme de sa vie, au dé­tri­ment d'évé­ne­ments qui le dé­passent. Vincent avoue avoir beau­coup tra­vaillé son per­son­nage, avec l’aide de Sat­touf et d’un coach. « Je de­vais jouer un per­son­nage sou­mis et obéis­sant. Je ne suis pas très viril mais j'ai une grosse voix. J'ai dû la tra­vailler sans tom­ber dans le sté­réo­type », ra­conte-t-il en dé­for­mant sa voix.

Le ser­ment d'hip­po­crate et gta 5

Sur sa vie pri­vée, Vincent reste flou. Il consi­dère vivre nor­ma­le­ment, « glan­der à l'ap­par­te­ment (il a quitté le do­mi­cile fa­mi­lial au début de l'an­née, nda), sor­tir, prendre le métro, boire des coups et jouer à GTA 5 ». Il ne cherche pas vrai­ment à être re­connu. D'ailleurs, ça n'ar­rive que ra­re­ment et il pré­fère que ça reste comme ça. Quand on l’in­ter­roge à pro­pos de ses pro­jets, l’ar­tiste ré­pond en dé­con­nant qu’il va « pro­fi­ter des Ren­contres Henri Lan­glois, aller man­ger et faire la fête avec les fes­ti­va­liers déjà pré­sents ! » avant d’ajou­ter – sé­rieu­se­ment - qu' « être réa­li­sa­teur c'est le meilleur mé­tier de la terre et avoir un fes­ti­val qui montre des films d'études c'est gé­nial ! Ac­teur c'est bien, mais être réa­li­sa­teur per­met de ra­con­ter tes propres his­toires. » Pour l'ins­tant, il pré­fère faire l’ac­teur et ne pas trop se pro­je­ter. Dans l’ab­solu, Vincent La­coste vient de finir de tour­ner Hip­po­crate de Tho­mas Lilti (sor­tie pré­vue en début d'an­née 2014, nda), où il in­ter­prète un mé­de­cin. « C'est mon pre­mier rôle qui sort de la co­mé­die, pré­cise-t-il ravi. Mais j'ai quand même réussi à caler 2-3 blagues ». On ne se re­fait pas.

Bande-an­nonce de Jacky au royaume des filles (en salles le 29 jan­vier 2014 )

Tous pro­pos re­ceuillis par Fla­vien Hu­gault.