Culture

Venise : la contre-biennale des étudiants

Article publié le 21 septembre 2007
Article publié le 21 septembre 2007
Loin du cadre figé de la Biennale d’art contemporain de Venise, des étudiants italiens et allemand aux Beaux-Arts ont tenté l’alternative avec des scènes ‘improvisées’ avec des passants vénitiens.

Venise, un soir de printemps, quartier San Pantalon. Une jeune fille blonde, en pantalon large et sweat shirt, essaie frénétiquement d'ouvrir une porte, sans y parvenir. Elle essaie une à une ses clés, sans succès. Une passante se met à commenter la scène avec un pur accent vénitien «elle cherche ses clés, cherche ses clés» tandis qu’une autre s’écrie, « Faites venir un forgeron! ».

De Francfort à Venise

La scène n’est pas réelle. C’est une performance, co-réalisée par les étudiants des Beaux-Arts de Venise et leurs homologues allemands de Francfort, la Stadelschule. Tous Européens, ils ont participé à cinq évènements d'art contemporain organisés au printemps dernier à Venise. La performance était intitulée ’4+1’.

Le but de la manifestation ? Démontrer qu'il peut encore exister des cercles d'artistes hors des sentiers battus, qui s'interrogent sur le sens de l'art à coups de provocations. Une réalité qui semble bine loin du cadre traditionnel et guindé de la Biennale d'art contemporain de Venise, qui s’achèvera le 21 novembre.

A côté de la splendide Eglise des Frari, un jeune homme trempé en peignoir déclame un texte qu'il lit en parcourant des feuilles de papier. Le discours dure une petite demi-heure, puis est récité à nouveau, pendant une heure et demie. Quelques caméras sont plantées en face des acteurs, illuminés par des projecteurs. Ces petites scènes cinématographiques seront utilisés pour composer une mosaïque de vidéos en projection le soir même.

Pietro Rigolo, l’un des organisateurs de l’évènement explique que le thème de l'évènement est « le rapport entre l'œuvre d'art et le public. C'est pourquoi nous avons décidé d'installer des scènes ‘fortuites’ dans Venise. Nous voulions recueillir les réactions des passants. On a par exemple filmé des personnes qui faisaient flexions et séances d'abdominaux puis essuyaient leur sueur ».

Ce sont deux jeunes artistes âgés d’une vingtaine d’années sont à l'origine de l'évènement : Claudio Marcon, étudiant aux Beaux-Arts de Venise, derrière la caméra, et Hanna Hildebrand, une jeune artiste souriante aux cheveux frisés de la Stadelschule de Francfort.

Quatre vidéos

Je connais Hanna. En 2006, elle était venue avec ses amis au vernissage d'une exposition dans la résidence pour artistes de Noisy-le-Sec, en banlieue nord de Paris. Elle sourit, elle est heureuse que l'évènement vénitien ait suscité autant de la curiosité, dans une ville qui semble parfois repliée uniquement sur la Biennale.

« Il faut voir les quatre vidéos ensemble pour comprendre le sens de ces scènes, pour se construire soi-même une histoire. Nous voulions filmer une sorte de quotidien qui se répète, c'est pourquoi nous avons choisi de faire répéter la même scène pendant une heure et demi pour chaque scène. Nous avons voulu filmer le moment pendant lequel on fait du sport, le pendant et l'après, en s'inspirant des réflexions du sémiologue Roland Barthes. Les quatre scènes devaient à l’origine se dérouler en même temps, mais à cause du budget nous n'avons pas pu nous le permettre. Il aurait été intéressant de voir quelle histoire se seraient construit les passants en voyant les quatre sets les uns après les autres ».

A 22 heures, après la fin du tournage, nous nous retrouvons dans une maison à Campo San Giacomo. Loin des hordes de touristes venus pour la Biennale, nous nous retrouvons dans le ’sestiere’ dans la zone de San Polo.

C'est une vraie maison, inhabitée depuis longtemps, mais encore en bon état. Après un intense va-et-vient et un énorme travail de la part des artistes, nous pouvons finalement entrer dans une petite pièce pour découvrir le résultat du montage de ces scènes.

Eux projettent les quatre vidéos en même temps. Dans les deux premières, trois footballeurs font des flexions et des exercices pendant une heure et demie. La troisième et la quatrième, par contre, sont celles qui ont été tournées peu avant à Campo San Pantalon et près de l'Eglise des Frari.

Une forêt à la tête en bas

Pour couronner le tout, les spectateurs ont pu assister à une performance ‘faite maison’. La demeure d'un des participants au projet, Tobia, s'est transformée en ‘Tobia's garden.' L'idée : 'one night, fifty plants, sixteen square meters’ [cinquante plantes, soixante mètre carrés], soit une forêt de plantes renversée dans la salle ou au début de l'exposition les images des photos avaient été projetées.

Tous ces jeunes et leurs fourmillantes initiatives seront-ils le futur de l'art contemporain européen ? En attendant de le découvrir rendez-vous à Francfort les 26, 27 et 28 octobre pour un nouvel évènement.