Culture

Velonotte : la philosophie du cycliste nocturne

Article publié le 17 avril 2013
Article publié le 17 avril 2013
De Rome à Londres, en passant par New York et Saint-Pétersbourg, le projet lancé par Sergey Nikitin vise à accueillir les cyclistes de Russie et d’ailleurs pour profiter d’une expérience unique : découvrir une ville de nuit et à vélo. « De nuit, on admire Moscou sous une toute autre perspective.
On se rend alors compte que c’est une ville magnifique », déclare-t-il en décrivant la capitale russe, qui abrite 12 millions d’habitants.

Découvrir l’architecture et l’atmosphère de la ville sur un vélo, à la faible lueur des lampadaires. Voilà ce qu’essaie de transmettre Sergey Nikitin, 37 ans, aux citadins toujours aussi obnubilés par le manque de temps dans leur vie quotidienne. Cet historien de l’art et expert culturel avait décidé d’organiser une excursion dans Moscou à vélo afin de démontrer qu’une ville regorge de secrets la nuit. Les statistiques de la fédération nationale russe de cyclisme montrent que seules 8 000 personnes se déplacent régulièrement à vélo, alors que 3 millions de vélos ont été vendus jusqu’à présent. Depuis cette première excursion dans la capitale, le projet Velonotte s’est exporté dans toute l’Europe et aux États-Unis. Interview de l’organisateur.

cafebabel.com : Comment est né le projet Velonotte ?

Sergey Nikitin : Le projet de randonnées culturelles à pied dans les rues de Moscou (le Moskultprog) a été créé en 1998, alors que j’étais encore étudiant à l’université d’État de Moscou. L’objectif était de lancer des événements culturels en plein air. Les marches à pied dans la ville tournaient autour de l’esthétisme et de l’architecture de la capitale (au départ, on s’intéressait au mouvement de l’avant-garde russe des années 1920-1930). Petit à petit, le projet a pris de l’ampleur et, quelques années après, nos événements accueillaient entre deux et trois cents personnes. En rentrant d’un séjour universitaire à Rome, où je me déplaçais à vélo, mes amis à Moscou m’ont offert un vélo. Après un soir d’été où nous étions sortis faire un tour en vélo dans Moscou, j’ai eu l’idée d’organiser des visites nocturnes de la ville sur des deux roues.

cafebabel.com : En quoi ces visites diffèrent-elles d’une excursion « normale » dans la ville ?

Sergey Nikitin : Après s’être inscrits en ligne, les cyclistes sont guidés par de vrais experts, à la renommée mondiale, qui commentent la visite. Cette dernière s’effectue par ailleurs sur un fond musical en accord avec le thème choisi. Le tout est ensuite diffusé à la radio. C’est une émission interactive qui se déroule dans toute la ville.

Nous avons créé un tout nouveau genre d’événement culturel. On assiste au mélange de différents ingrédients : les connotations romantiques de la nuit sont mêlées à une leçon académique et à l’histoire urbaine mais aussi architecturale. La réflexion joue une part importante dans la perception de l’art, et la nuit y est particulièrement propice. Moscou, la nuit, est tout à fait unique. Dans l’agitation de la vie quotidienne, on ne fait plus attention à ce qui nous entoure. La nuit, au contraire, certains bâtiments ressortent et nous paraissent gigantesques.

cafebabel.com : Moscou est-elle une ville accueillante pour les touristes ?

Sergey Nikitin : La ville est très bien aménagée pour le tourisme. Il y a beaucoup à découvrir. Son centre historique possède de bonnes infrastructures, de magnifiques parcs et de beaux musés. Ce qu’il nous manque, c’est la décision politique d’abolir les visas. Sans cette loi, on assisterait sûrement à une vague massive de touristes.

«  Ce qu’il nous manque, c’est la décision politique d’abolir les visas »

Notre but est d’amener à se rencontrer des gens de différents milieux, avec des centres d’intérêt différents. C’est pour ça que chaque Velonotte se distingue du précédent : on demande toujours aux participants de nous donner leur avis et de proposer de nouvelles idées après l’événement.

cafebabel.com : Comment est financé le projet ? Combien de personnes travaillent à vos côtés ?

Sergey Nikitin : Notre association se compose de dix personnes, sans compter les volontaires des différentes villes où le projet a été mis en place. Elle était financée par des organisations commerciales et des sponsors. Mais en 2013, notre principal partenaire académique est l’école supérieure d’économie de Russie et le district royal de Kensington et Chelsea, à Londres.

cafebabel.com : Pensiez-vous que le projet se développerait autant ?

Sergey Nikitin : Ça a été une agréable surprise. On s’était habitués à voir quelques centaines de personnes, mais on ne s’attendait pas à attirer encore davantage de monde. On n’avait jamais imaginé que Velonotte s’expatrierait dans tant de villes différentes.

cafebabel.com : Comment vous est venue l’idée d’exporter votre projet ?

Sergey Nikitin : On a été invités à organiser un Velonotte à Rome, puis à Londres, à Paris, à Vienne, à Berlin à Budapest… On a travaillé en collaboration avec des personnes sur place, notamment des passionnés du cyclisme qui connaissaient leur ville sur le bout des doigts. Comment aurait-on pu passer à côté de la piste vallonnée qui mène à la basilique Sainte-Sophie (on est en train de préparer notre première nuit à Istanbul) ou encore s’arrêter à la station de métro idéale pour raconter l’histoire du métro londonien ? On se fie entièrement à leurs conseils.

cafebabel.com : Combien de temps vous faut-il pour définir le parcours de vos randonnées à vélo ?

Sergey Nikitin : Pratiquement un an. On effectue plusieurs essais pour choisir les rues à emprunter. On les parcourt parfois à pied et ensuite en voiture pour les voir sous un angle différent. Développer l’itinéraire est l’un des aspects les plus agréables de notre travail, mais aussi celui qui demande le plus de logistique. J’adore me promener à Londres, à vélo comme à pied, ça reste un véritable plaisir. Pour notre Velonotte de juin, on travaille aux côtés du district royal de Kensington et Chelsea pour prévoir l’itinéraire sur de petits axes. En général, on organise nos randonnées la nuit du samedi au dimanche pour ne pas gêner la circulation.

cafebabel.com : Dernière question : que prévoyez-vous pour la suite ?

Sergey Nikitin : On est en quête d’innovation et de poésie. C’est pourquoi on s’intéresse tout particulièrement à découvrir de nouveaux endroits et que nos parcours nous conduisent toujours à travers les banlieues. Chaque Velonotte se distingue par un itinéraire qui lui est propre. On n’a jamais parcouru deux fois le même trajet. En 2013, on prévoit également une nouvelle nuit à Moscou - la Mayakovsky Velonotte n°7. On va continuer à rendre hommage à la comédie italienne, à Venise(Tour de’ Scherxi) . Ah, et j’aimerais aussi beaucoup organiser un Velonotte à Bangkok.

Découvrez le Velonotte d'Istanbul sur le thème « Rivages enchanteurs » le 18 mai, ainsi que celui de Londres le 22 juin et de Moscou le 27 juillet.

Photos : Une  courtoisie  de © Velonotte archives ; Texte vue de la voiture (cc) Tatiana Smirnova ;  Julia Zavyalova (G) et Vladimir Kalinovsky (D) / Video (cc) Maria Nikitina/ YouTube