Culture

Top 5 des eurotubes

Article publié le 21 mai 2008
Article publié le 21 mai 2008
Depuis la première diffusion de l’Eurovision Song Contest, le 24 mai 1956, des centaines de chansons sélectionnées concourent pour le pire, le rire et surtout le meilleur. Sélection.

La francophonie vite déshonorée

©Straight no chaser/flickrDepuis 1956, quatorze titres francophones se sont hissés à la première place du podium. Mais face à l’omniprésence de la langue de Shakespeare, rares sont les pays qui osent conserver leur idiome national ! Le 20 mars 1965 pourtant, la jeune France Gall gagne l’Eurovision pour le Luxembourg avec la chanson écrite par Serge Gainsbourg : Poupée De Cire, Poupée De Son. Un titre 100 % français, n’en déplaise aux Luxembourgeois ! Le rôle de poupée sied à merveille à une France Gall âgée tout juste de 18 ans, et qui dit ressembler aux jeunes filles écoutant ses disques : insouciantes et ne pensant qu'à l'amour. Aux répétitions, les musiciens huent pourtant le morceau, le jugeant trop proche d’un galop de cheval. Serge Gainsbourg, dégoûté par cette attitude, claque la porte.

Plus tard, il s’imposera comme le chanteur/compositeur culte des années 60-80 ! France Gall interprétera par la suite un autre titre de Gainsbourg : Les Sucettes d'Annie. Lorsqu'elle comprendra ses paroles salaces, elle ne parlera plus a Gainsbourg jusqu'à sa mort. Un autre pygmalion du nom de Michel Berger croisera son chemin et la hissera à nouveau au sommet.

La, la, la, en castillan

©Julie bee/flickrLe 6 avril 1968 au Royal Albert Hall à Londres, l’Eurovision est diffusée en couleurs et le britannique Cliff Richard habillé en Austin Power est donné gagnant. C’est pourtant Massiel avec La, La, La… qui l’emporte. Chanté à l'origine en catalan par Juan Manuel Serrat, le morceau est finalement interprété par Massiel en castillan, suite aux injonctions de l'administration centralisatrice espagnole. Devançant le morceau britannique d’un infime point, La, La, La…  marque le début d’une grande série de tubes « flower power ». Aujourd'hui encore connue de tous en Espagne, ce tube n’envoûtera pas les Européens !

De fait, le concours reste éclaboussé par des accusations de tricherie, relancés par un documentaire espagnole début mai 2008. Selon l’animateur José Maria Inigo, des responsables de la télévision espagnole auraient promis l'achat d'émissions à différents partenaires étrangers en échange de leurs voix à l'Eurovision. En coulisses, c’est Franco qui aurait manoeuvré le coup … Quarante ans après sa défaite, Cliff Richard n’a toujours pas avalé la pilule : « J'ai vécu tant d'années avec cette étiquette de numéro deux que cela serait formidable qu'un représentant officiel du concours me dise finalement : Cliff, tu as gagné ce maudit truc ! »

ABBA mania, une déferlante

Le 6 avril 1974, à Brighton en Angleterre, le groupe suédois ABBA choisit de se référer à Waterloo, bataille gagnée par les Anglais. L’entrée en scène du chef d’orchestre Sven-Olof Walldoff costumé en Napoléon, annonce le tableau psychédélique. Costumes à paillettes, chaussures à semelles compensées et piano blanc étincelant déclenchent des tonnerres d'applaudissements. ABBA remporte la bataille avec Waterloo, une parfaite métaphore amoureuse qui évoque la capitulation sans condition devant un séducteur. Un choc dans une compétition où dominaient jusqu’alors les ballades mielleuses et candides. La pop déjantée règne désormais en maître sur l'Eurovision.

Waterloo va se classer là où l'Eurovision n'a jamais mis les pieds : n°1 des ventes dans dix pays européens et même n°6 aux Etats-Unis, soit une première pour une chanson de l'Eurovision ! En 1977, Waterloo est encore n°60 en Australie. Un succés tel que le tube sera enregistré en suédois, allemand et même en français par le groupe lui-même… Un vrai charabia ! Au total 6 millions de single et 2,5 millions d'albums se sont écoulés dans le monde entier. C'est le plus gros succès qu'ait connu un titre de l'Eurovision.

Charleston à la Haye

Le 3 avril 1976 à la Haye, aux Pays-Bas, le groupe anglais Brotherhood of man remporte la 21e édition de l’Eurovision avec Save your kisses for me. La chanson évoque un mari abandonnant sa dulcinée pour aller travailler et souhaitant garder le monopole de ses baisers. Une chorégraphie parfaitement symétrique, jonglant entre danse charleston et port de tête à la Chapeau melon et bottes de cuir.

Brotherhood of man a déjà connu le succès au début des années 70 avec United we stand, l'hymne des mouvements homosexuels US de l'époque. En 1972, le groupe est entièrement recomposé. Vendu à plus d'un million d'exemplaires, Save your kisses for me reste l’unique tube « flower power » de l’Eurovision, chanté par des anglophones de souche. L’Eurovision 1976 fût néanmoins très

critiquée, la moitié des chansons étant en effet interprétées en anglais. Oh my god!

Un hymne « peace&love »

Le concours a lieu à Harrogate en Grande-Bretagne, le samedi 24 avril 1982. La France est absente, le gouvernement ayant estimé que ce type de concours est « un monument de bêtise ». L’Allemagne qui a le plus souvent participé et toujours échoué au concours, saisit sa chance. Nicole, 17 ans, interprète Ein bisschen Frieden sagement assise sur un tabouret, la guitare à la main, accompagnée d’une harpe et d’un piano. Rien à voir avec les chorégraphies burlesques des années 70 ! Nous retiendrons les paroles un tantinet désuètes: « Moins de paroles et de symboles. Plus de tendresse, moins de promesses. Que puis-je faire avec une chanson ? Mais pourquoi me taire? Y a pas de raison pour faire la guerre, c'est mieux qu'un canon, y a qu'à trouver l'unisson. »

Indéniablement, l’Eurovision nous a apporté quelques-unes des meilleures chansons du 20e siècle. Des tubes indémodables, devenus des classiques qui passent et ne s’altèrent pas ! « Ça s'en va et ça revient, c'est fait de tous petits riens, ca se chante et ça se danse, ça revient et ça se retient », comme l’écrivait si bien Claude François.