Culture

Stromae : «Un modèle moi ? A 25 ans tu la boucle et tu écoutes»

Article publié le 4 février 2011
Article publié le 4 février 2011
Stromae a remporté l'award du hit belge de l'année avec « Alors on danse », mais le chanteur fluet dit vouloir se détacher de ce single dance qui a occupé le haut des classements et conquit une grande partie de l'Europe en 2010. Il veut aussi se détacher de la maison familiale. Interview.

De temps à autre, un véritable hymne dance vient rythmer toute une décennie : « Remember Me » du DJ Ecossais Blueboy en 1997 ou l'euro-tastique « Dragostea Din Tei » des Moldaves d'O-zone. D'accord, le panel est discutable, mais vous avez saisi l'idée – des rythmes répétitifs associés à des mots dans une langue étrangère pour épicer le tout. En 2010, les hits parades ont honoré le belge Stromae, de l'Allemagne et la Suisse jusqu'à l'Autriche et l'Angleterre. Stromae, alias Paul van Haver, admet qu'il n'avait pas imaginé qu'un titre français pourrait remporter un tel succès en Europe : le single  Alors on danse » a occupé le haut des hits parades dans 15 des 27 états de l'UE. « J'imagine que c'était suffisamment exotique et original », avance-t-il au festival Transmusicales de Rennes 2010, dans le nord-ouest de la France. « Dans un monde parfait, je veux croire que les gens ont compris le message, au moins grâce à la vidéo. »

 Le nom du chanteur de Buena Vista Social Club revient fréquemment

Dans le clip, van Haver est traîné, à travers plusieurs écrans, des locaux ennuyeux d'un travail de bureau jusque dans la rue avec son lot de gestes quotidiens, pour atterrir dans une discothèque avant d'être poussé de nouveau jusque sur sa chaise de bureau. « La chanson parle des night-clubs », dit le bruxellois de 25 ans, qui cache sa maigre silhouette sous un pull-over branché, des chaussettes colorées et de simples mocassins. « Je sortais beaucoup. Je voyais des gens comme moi, boire et faire semblant d'être heureux mais j'ai vu la tristesse dans leurs yeux. Au début je le critiquais mais après j'ai commencé à aimer ça, il ne s'agit pas tellement d'être triste ou joyeux que de travailler pour vivre, par exemple. »

« Je récite mes paroles la nuit »

Stromae n’est pas affalé sur sa chaise cet après-midi aux Transmusicales, et il reste très modeste malgré son succès paneuropéen. On en retrouve une trace dans son nom de scène : Stromae est le verlan de « maestro ». Il prétend que son anglais n’est pas très bon, mais il parvient à s'exprimer en face à face et n’hésite pas à prendre le micro pour diriger une conférence de presse, préférant s’engager activement dans la foule plutôt que de se voir dominer par elle. « Jean-Luc Bossard (l’organisateur du festival) a eu les couilles d’inviter quelqu’un comme moi, quelqu’un de populaire », dit-il au sujet de ses quatre jours de présence au festival, qui se déroule en salle. Cela l'a aidé à combattre efficacement son image de favoris des ados, et il en est reconnaissant. « Il y avait énormément de jeunes à mes concerts, mais ensuite des adultes sont venus, par curiosité. Je veux m’adresser à tout le monde. » Ajouter à cela une bonne dose de travail dur, pour l'éthique et le charme : « J’ai écrit et composé moi-même tout l’album. Je vis, je dors et je respire mon travail. Je révise tout comme si j’étais à l’école : je récite mes paroles la nuit et quand je fais une erreur, je recommence. »

Stromae s'interroge sur les raisons du succès de sa musique : est-elle exotique pour un public européen? Mais « exotique » est un mot qu'on lui colle à tort. Bien que son père soit rwandais, il refuse d’en faire l'un de ses traits de personnalité. « Je n’ai jamais vraiment eu d’attachement là-bas, ma famille est belge et vit ici », répond-il honnêtement et fermement. S’il est devenu un modèle, c’est aussi grâce aux médias et à son succès selon lui. « A 25 ans, on la ferme et on écoute, sourit-il. Je ne prétendrai jamais être quelqu’un pour essayer d’enseigner quelque chose à qui que ce soi. Le seul message que je veux faire passer est de sourire et dire "cheese". Je voudrais aussi que chacun puisse faire de la musique, c’est ce qu’il ressort de la mienne. » Van Haver a commencé le rap à 16 ans, il jouait des percussions depuis l’âge de 12 ans et il a grandi dans une maison où le rap français et la musique latine se mélangeaient. « Entourage » est un mot clé pour comprendre qui est Stromae aujourd’hui : deux de ses frères participent à la gestion de sa carrière et il habite toujours dans la maison familiale, même si ce n'est plus pour longtemps.

 Cocon

Stromae est un homme qui attend de sortir de son cocon. Si ses paroles s’envolent, il restera quelqu’un à observer. L’une des chansons de son nouvel album parle de la pédophilie et de la violence domestique, en prenant le point de vue d’un jeune enfant. « J’ai demandé à ma famille et mes amis si cela pourrait être trop choquant ou extrême de parler des abus sexuel à l’intérieur même d’un foyer, mais je pense que le vrai problème c’est le tabou qui entoure le sujet », conclut-t-il vivement. « C’est triste, parce que tout le monde connaît quelqu’un qui a eu affaire à ce genre de truc. » Alors que Stromae entame une année de scènes et de festivals, on peut être sûr qu'il retrouvera dans tous les lieux bondés qu’il fréquentera, ces même bras levés qui satisferont son ego modeste mais confiant, comme ils l’ont fait ici à Rennes. Il est capable, charismatique, et même s’il prétend ne pas être quelqu’un dont il faut tenir compte, il a prouvé le contraire en comprenant ce qui fait danser les gens jusqu'à l'aube.

Photo : (cc) @Dati ; ©Renata Burns; pochette d'album : courtoisie de Stromae/myspace