Culture

Second life : cinéma, art et essais virtuels

Article publié le 16 janvier 2009
Article publié le 16 janvier 2009
Le cinéma européen insuffle une bonne bouffée d’oxygène à la vie sur Second life. Des films y sont créés et pas mal de réalisateurs s’y retrouvent pour participer à un grand laboratoire d’expérimentation virtuelle.

A un moment où l’attrait pour l’univers de la Second life perd du terrain auprès du grand public, les expériences artistiques dans le monde virtuel semblent au contraire prospérer. Berardo Carboni, qui a déjà produit Shooting Silvio finit de diriger actuellement dans le petit monde des Linden Lab, son premier long métrage, VolaVola/Flyme. Cette œuvre, un pied posé dans le « metavers » ou « méta-univers » est destiné à la fois au petit et au grand écran. Un seul scénario et deux films identiques, tournés à la fois à Rome et dans Second life. L’Italien Alessandro Haber, Aimee Weber et Bibbe Hansen endossent chacun un rôle dans la « réalité » cinématographique et leur avatar progresse sur le rivage virtuel.

Ce film d’amour décrit de nombreux aspects du monde contemporain vus à travers le regard de trois copies évoluant à différentes époques. Pour la construction du scénario dont il est l’auteur, Mario Gerosa, un des gourous du monde virtuel, a eu recours à une méthode de travail interactive. Un site Myspace.com et un groupe sur Facebook.com ont même invité les gens à participer. Hollywood sur Second life est écrit sur le mode de l’improvisation. Mais derrière tout cela, il existe cependant un véritable équipe de cinéma avec tous ses accessoires. 

Second me

« On a là l’incroyable analogie entre le jeu en chair et en os »

Du clap à la costumière, sans oublier la script, le régisseur et l’assistant qui fait retourner les scènes quand elles sont ratées à cause d’un geste oublié ou a-synchrone, d’un mouvement de retard dans les prises de vue ou d’autres problèmes d’ordre technique. Mais à la dimension virtuelle beaucoup de choses relèvent de la maîtrise des effets spéciaux. Par exemple, le fait de faire s’envoler un bus cloué au sol. Selon Carboni, son second film a acquis ses titres de noblesse artistique : « On a là l’incroyable analogie entre le jeu en chair et en os, y compris d’un point de vue moral. Les relations humaines y sont réelles. » 

Il existe d’autres exemples de tournages assistés ou améliorés grâce à Second life. De Thetidia Connection (2007), un court-métrage d’Aldecchi Battista à My second Life, une docu-fiction de Douglas Gayeto en passant par le journal vidéo Molotov Alva (2007) vendu à l’américain HBO, jusqu’au récent court-métrage Second Me de la suissesse Anna Thommen, lauréate au festival de court-métrages de Wintherthur.

Hollywood à domicile

(Marco Riciputi)Toutefois, ici, nous sommes confrontés à un long métrage. Autrement dit à « une histoire née de l’exigence de son réalisateur ». Une manière de diriger que Carboni juge très européenne même s’il admet que le cinéma européen n’a pas encore une physionomie bien définie. Traduisons cela par un « Hollywood à domicile ». La différence avec les grands studios de la côte ouest reste cependant très marquée. 

« En Europe, on nous enseigne surtout à être auteur alors qu’aux Etats-Unis, le métier de réalisateur correspond plutôt à celui d’un technicien en chef qui crée une histoire. » Selon Carboni, en Europe, seuls l’axe franco-allemand et l’Europe du Nord sont porteurs d’un cinéma de qualité. Pour le reste, il constate que « les auteurs manquent encore des structures, des cadres et des règles nécessaires qui leur permettent d’avoir une technique de travail efficace. » A l’affiche, de nombreux festivals d’animation dès mars 2009, ce second film sortira dans le même temps en kiosque et sur les chaînes de télévisions généralistes et payantes.