Culture

Rhys Hughes : « S’échapper de la réalité »

Article publié le 7 avril 2008
Article publié le 7 avril 2008
Il a depuis longtemps abandonné le réel pour l’absurde et le ludique. Italo Calvino ou Queneau sont ses maîtres… Cet auteur gallois navigue à vue dans l’Europe des différences, et joue des mots comme des chiffres à la mode Oulipo. Un baron que nous avons rencontré perché en Espagne.

Une journée nuageuse de la mi-décembre, je rencontre Rhys Hughes au Madroño - Puerta del Sol, à Madrid. Cet écrivain de 41 ans, timide en apparence, un peu détaché, est originaire de Porthcawl, une petite ville galloise. Sous l’influence de la soft science-fiction et de la littérature de l’absurde, pourtant quasi-inexistante au Royaume-Uni, il commence à écrire dès l’âge de quatorze ans. Jusqu’à La rencontre avec le génialissime Italo Calvino, cet auteur italien, dont le souvenir le poursuit encore aujourd’hui et dont les lignes l’ont aidé à fuir la réalité : « Je voulais lire des auteurs capables de me surprendre. Pas des écrivains célèbres », me lance-t-il installé devant un thé bien chaud, dans l’un des pubs irlandais du centre-ville de la capitale espagnole.

Puis, Rhys Hughes découvre les géants de la science-fiction, Clark Ashton Simth et Tolkien, tous deux membres des Inklings, ce groupe littéraire né à Oxford à la fin des années 60. Il se met à lire des auteurs comme Christa Wolf ou Harry Harrison et à se rapprocher de l’escapisme, une forme extrême de distraction aux répercussions littéraires et philosophiques permettant « d’échapper à la réalité et de se retrouver dans un monde plus simple ». Sa personne, son passé et son avenir… Nous prolongeons notre discussion en parcourant les rues de Madrid, à travers les yeux de cet écrivain-voyageur.

Des chiffres et des lettres

« Lorsque j’écris, j’ai trois objectifs, décrit Hughes : ne pas imiter mon modèle, me concentrer au maximum sur l'écriture et chercher mon propre style ». Comment a-t-il pu se détacher autant de son maître, Italo Calvino ? « J’ai essayé de me différencier et de développer un style personnel », répond-t-il. Une formation scientifique et la découverte de l’OuLiPo (l’Ouvroir de littérature potentielle, ce groupe créé en France dans les années 60, ndlr) l’ont logé à l’enseigne de la logique.

Il s'amuse alors à manipuler l'écriture en utilisant des figures géométriques, les lipogrammes (des jeux linguistiques consistant à enlever une lettre à l'intérieur d'un texte, ndlr) afin d'en dénaturer le sens : « Ni la logique, ni les mathématiques ne permettent de schématiser la littérature. Il serait trop facile d'écrire sur une feuille toute blanche. Il vaut mieux s'imposer des limites », dit-il en expliquant le principe littéraire oulipien. Pour Hugues, il est de plus en plus difficile de transcrire la réalité. Son dernier roman réaliste remonte maintenant à deux ans mais il souhaite y revenir : il promet de réessayer à l'avenir et d'adapter une histoire vraie en l’intégrant à un cadre un peu plus personnel. « Mes diverses expériences de la vie devraient m'aider à remplir ce cadre. »

Rhys Hughes : l'écrivain gallois à Lisbonne

La célébrité, c’est vouloir se distinguer

Hughes a des projets plein la tête : « J'essaie de voyager , commence-t-il avant de poursuivre timidement, je veux connaître d'autres gens, d'autres cultures tout en continuant de grandir. Par exemple, vivre pendant quatre mois dans une usine aux alentours de Grenade, sans électricité et dans la plus grande simplicité. Cela donne envie d'écrire. Il est extrêmement important d'écrire pour ne pas oublier. » Ces histoires toutes différentes, l’écrivain les adaptent à sa personnalité. Cette année, il a écrit un livre en portugais intitulé A Sereia de Curitiba, à l'intention des lecteurs lusophones. « C'est une déclaration d'amour, affirme-t-il, au Portugal et à tous les Portugais. »

Ce n'est pas la première fois qu'il écrit dans une langue qui n'est pas la sienne. Il l'a déjà fait en grec et en espagnol. Pour lui, c'est une façon de se différencier, d'être à part. Cet ouvrage lui a d’ailleurs permis de se faire connaître auprès du public portugais et d'élargir sa vision de l'Europe. En 2006, il a remporté l'Open Slam Poetry Competition de Swansea. Pour lui, la célébrité, c’est vouloir se « distinguer ». Son projet consiste à écrire mille nouvelles où s'imbriquent des histoires. Mais à vouloir écrire et voyager, il rencontre deux problèmes : la langue « parce que je suis paresseux » et l'argent, car vivre sans équivaut à écrire sans « e », comme Georges Perec dans La Disparition (un long lipogramme de trois cents pages, ndlr).

L’Europe, des différences

Ecrivain-voyageur… comment vit-il l’Europe ? Ces derniers mois, Hugues a vécu entre le Portugal et l'Espagne. Il ne trouve pas grandes différences entre ces deux pays qui, telles deux banlieues, sont lointains, comme fermés sur le plan culturel, déjà tombés dans l'oubli. Gallois d’origine, Hugues se sent encore plus « différent » car au Pays de Galles, les progrès se font lentement. Dans le passé, ce petit bout de Grande-Bretagne était comme l'Irlande, terre qu'il adore. Mais aujourd'hui, selon lui : « l'Irlande croît à un rythme plus soutenu ! Les Gallois ont le désir de critiquer ces changements, mais ils sont trop orgueilleux », dit-il en comparant ses compatriotes aux Portugais. Hughes pointe du doigt les jeunes ibériques, particulièrement. Ils les trouvent plus unis que leurs homologues britanniques de la même génération. Leurs groupes sont davantage mélangés : « Les esprits sont plus ouverts », remarque-t-il, contrairement à ce que pense la plupart des gens.

: l’auteur a quelques romans à son actif, certains en anglais, d'autres en espagnol et en portugais. Il a également participé à plusieurs œuvres collectives. Parmi les plus célèbres : The Crystal Cosmos (2007), The Percolated Stars, o Evelydiad (1996). En voici quelques extraits :

Un avant-goût de l'œuvre de Rhys Hughes

Peace

on two separate Earths is at stake,

the economies of nations

and the sanity of humanity itself ! (the Crystal Cosmos)

No que diz respeito a sereias, o céu

e um país particularmente pequeno na Europa ocidental

são uma mesma coisa.

Mas ninguém mais considera o País de Gales um paraíso…(Sereia p.29)

Eis a razão porque o País de Gales,

Esse país particularmente pequeno na Europa ocidental,

é considerados pelas sereias como o equivalente ao céu. (Sereia p.44)

Pour en savoir plus, n'hésitez pas à visiter son blog ou son myspace

Une(Rosa/ Flickr)