Culture

RDA et RFA : deux frères au théâtre

Article publié le 19 mai 2009
Article publié le 19 mai 2009
Le festival des auteurs sur l’identité et l’histoire de Berlin accueille des troupes de théâtre paneuropéennes. Dans la programmation 2009, Over There, du dramaturge Mark Ravenhill. Cette pièce met en scène les retrouvailles de deux frères jumeaux qui chacun ont grandi d’un côté du Mur.

(Simon Annand/ Royal Court Theatre)Pour commémorer les 20 ans de la chute du Mur de Berlin, aucune autre pièce de théâtre évoquant la réunification de la RDA et de la RFA n’a surpassé Over here. Une pluie d’applaudissements est tombée chaque soir sur les têtes des deux comédiens, Luke et Harry Treadaway, qui grâce à leur parfaite et pointilleuse interprétation, ont donné une valeur immense à la pièce. 

Over There n’est pas une œuvre profonde, mais sordide, elle l’est totalement. Commençons par l’histoire : Franz et Karl sont deux vrais jumeaux. Encore nourrissons, ils sont séparés : élevés dans des systèmes économiques différents, ils défendent des idéologies divergentes et chacun est convaincu qu’il est en possession de l’unique vérité. D’un côté, Karl, l’éternel et traditionnel socialiste qui préfère s’asseoir auprès du feu plutôt que de regarder des films pornographiques, de l’autre Franz, le profil type du manager prétentieux, qui pratique la langue de bois et a toujours trop de gel dans ses cheveux.

Over There est un drame relationnel plein d’esprit et d’images multicolores qui relatent de manière distrayante l’histoire des retrouvailles de deux personnages controversés et par la suite l’adoption de l’un et de l’autre. « Je veux que nous ne fassions plus qu’un, que tu vives en moi », déclare Franz peu avant qu’il ne tue son portrait craché et vivant, déjà allongé sur le sol. L’Ouest fait disparaître l’Est et plus rien de visible ne reste de lui. 

Consumérisme au détail

(Simon Annand/ Royal Court Theatre)Mark Ravenhill est un nom connu du paysage théâtral allemand depuis Shoppen & Ficken mis en scène de Thomas Ostermeier, en 1998. Il utilise tous les éléments du concept théâtral « In-Yer-Face » qui se sert de la vulgarité et de la provocation pour illuminer le propos et capter l’attention du public. La pièce est tordue, on se sert beaucoup de « dialectes » et bien sûr, il n’est en aucun cas autorisé de faire l’impasse sur la nudité. Le fils est symbolisé par une éponge à vaisselle, les cendres du père par un emballage de farine de la marque britannique Tesco et le mur construit à l’aide de cartons d’emballage. L’Est et l’Ouest sont joués de manière rigide avec un ramassis de clichés. 

Lorsque l’on quitte le théâtre, on pose le pied en plein cœur de l’Ouest doré. Donnant directement sur le boulevard Kurfürstendamm, l’artère de la Pachstraße du quartier Ouest de Berlin où est implanté le plus grand magasin d’Europe KaDeWe, symbole de toutes les consommations superflues. Pourtant, il est certain que derrière les pistes de bowling, les cybercafés, les « Currybuden » (des fast-foods dont la spécialité est le curry) et les bazars, ce qui brille n’est pas forcément doré. 

Le Mur de Berlin est-il encore dans nos esprits ? Over There ne le fait pas ressentir distinctement. En écoutant les spectateurs, une divergence d’opinion intéressante s’établit : pour la plupart des Anglais, ce spectacle est « totally funny », « complètement délirant », tandis que du côté des Allemands domine un « Naja », « Oui, bon », ou un « zu überladen und inhalstlos », « trop exagéré et vide de sens ». Lorsque la pièce s’achève, Franz est présent à un dîner en Californie et constate interloqué, que tous les Allemands sont contraints de tourner les talons aux Américains. Mark Ravenhill reproche-t-il ainsi aux Allemands un refoulement du passé ? Peut-être. Peut-être aussi que non. Il est possible qu’il souhaite également que la fin soit simplement laissée au libre arbitre du public.