Culture

Quelques références littéraires avant de jeter votre chat à la poubelle

Article publié le 17 septembre 2010
Article publié le 17 septembre 2010
43 000 membres, c’est le nombre qu’a atteint en un éclair le groupe Facebook qui a permis l’identification de la femme ayant jeté sans raison un chat dans une benne à ordure à Coventry, en Angleterre, il y a quelques semaines.
La vidéo, tournée grâce à la caméra du propriétaire du chat, a fait le tour du monde, et la femme, par peur de représailles de la part des défenseurs des animaux (et pas seulement) a demandé la protection de la police. A-t-elle des remords ? Dans le doute, rappelons-lui à quel point l’image du chat est importante dans la littérature européenne et combien elle a contribué à notre imaginaire commun.

En Angleterre, une dame d’une quarantaine d’année qui se promène dans les rues de Coventry, le jette inexplicablement dans une benne à ordure. En Italie, un journaliste politique et présentateur, aujourd’hui suspendu de la Rai, donne des conseils à la télé sur la manière de le cuisiner à la mode « vicentine ». Mais enfin ! Un peu plus de respect pour sa majesté le chat. Oui, car il n’est pas seulement un animal de compagnie pour vieilles dames solitaires, un prédateur utile contre les rats ou encore un clochard élégant et sournois qui vit sur les toits de la ville. Il est aussi une des sources d’inspirations et un des personnages les plus récurrents de la littérature européenne. Essayons de nous rafraîchir la mémoire.

Lewis Carroll : les dialogues surréalistes entre Alice et … le chat du Cheshire

Le dernier long métrage de Tim Burton, inspiré du conte Les aventures d’Alice au pays des merveilles (Alice's adventures in wonderland, 1865), du révérend anglais connu sous le nom de Lewis Caroll, l’a ramené sur le devant de la scène. C’est l’immanquable chat du Cheshire, le guide énigmatique et bizarre que l’héroïne du roman rencontre plusieurs fois durant son délirant voyage dans un pays merveilleux et enchanté. Pour le créer, Caroll s’est inspiré de vieux contes populaires, selon lesquelles les campagnes anglaises seraient peuplées de chats invisibles. Parmi les hypothèses les plus curieuses, il y a celle selon laquelle l’écrivain anglais, lors de la description de son aspect, se serait inspiré du symbole se trouvant sur les étiquettes du fromage du Cheschire, sa région d’origine. Qui, parmi nous, n’a jamais été marqué par son inquiétant non-sens et son mystérieux sourire ?

Charles Perrault : le chat n’est pas seulement un mystère

Carl Offterdinger a créé cette illustrationBeaucoup plus lucide et conscient de ses propres capacités est le célèbre Chat Botté, protagoniste d’un conte populaire européen rendu célèbre par la plume du français Charles Perrault, qui l’inséra dans son recueil Les contes de la mère l’Oye (1697). Lui aussi est revenu à la mode grâce à la série des longs métrages d’animation Schrek. Le Chat Botté est le symbole de l’astuce et de l’habileté. Dans le conte, il aide son jeune maître, orphelin et indigent, à devenir prince. Et tout cela grâce à son intuition ainsi qu’à sa capacité à se servir des faiblesses humaines. Les pages où, afin de lui soutirer son merveilleux château, il se moque d’un ogre en le défiant de se transformer en souris pour ensuite le dévorer, sont à ne pas manquer.

Pinocchio, de Carlo Collodi : l’autre visage de l’astuce

Mais, on le sait, l’astuce peut aussi être utilisée pour faire le mal. Difficile de rencontrer un enfant dont le regard sur les chats n’a pas été négativement influencé par le fait d’avoir lu ou entendu Les aventures de Pinocchio, histoire pour enfants, mais aussi pour adultes, écrite par l’italien Carlo Collodi en 1881. Le personnage du chat, rigoureusement accompagné du renard, est devenu le symbole de l’escroc et du faux ami par antonomase dans l’imaginaire collectif. Feignant d’être devenu aveugle « à cause de trop nombreuses lectures » dit-il, il cherche continuellement au cours de l’histoire à voler le pauvre Pinocchio, naïf pantin de bois, qui voudrait devenir un vrai petit garçon. Quelle cruauté ! Heureusement, dans ce cas, Carlo Collodi n’a pas laissé l’escroc impuni. A la fin de l’histoire, à force de feindre sa cécité, il deviendra réellement aveugle.

E.T.A Hoffmann : le chat c’est moi !

Toutefois, il existe des personnes qui, au contraire, font confiance aux chats. Et même beaucoup. C’est le cas de l’écrivain et compositeur allemand E.T.A Hoffman, qui a décidé, métaphoriquement, de confier son autobiographie à un chat. Le chat Murr est le héros de ce que beaucoup considèrent comme le chef-d’œuvre de Hoffman (Lebensansichten des Katers Murr nebst fragmentarischer Biographie des Kapellmeisters Johannes Kreisler in zufälligen Makulaturblättern, 1820). Il semble que l’écrivain allemand, durant son séjour à Bamberg, écrivait et travaillait toute la journée dans un minuscule grenier, isolé du monde. Il se faisait passer ses repas par sa femme, à travers un trou dans le parquet. Il n’y avait que des chats pour lui tenir compagnie. Le roman serait « l’autobiographie » d’un de ces chats, qui aurait réellement existé, qui apprend à écrire et devient poète. A la mort du vrai chat, Hoffman arrêta d’écrire et laissa l’œuvre incomplète.

Pour Luis Sepulveda, on peut faire confiance à un chat

Un autre exemple de chat (« littéraire » cette fois-ci) auquel on peut faire confiance est celui inventé par l’écrivain chilien Luis Sepulveda. Dans son célèbre livre Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler (Historia de una gaviota y del gato que le enseñó a volar, 1996) le héros, Zorba, est un chat de confiance. Après avoir promis à une mouette handicapée à cause d’une nappe de pétrole et en fin de vie, de prendre soin de l’œuf qu’elle venait de pondre, le chat, avec l’aide de ses amis félins, élève la mouette et finit par lui apprendre à voler, malgré le fait que la petite mouette se prenait pour un chat. Le héros de Sepulveda ne fait pas seulement montre d’intelligence et d’adaptation à des situations extrêmes, il nous convainc que les chats peuvent être affectueux et affables. Ou du moins ceux qui, comme Zorba, peuplent le port de Hambourg.

« …il s’effaça très lentement, en commençant par le bout de la queue, pour finir par un sourire, qui resta là encore quelques instants après que tout le reste ait disparu… » C’est ainsi que le chat du Cheshire sort de scène dans le roman de Lewis Caroll. Et cela est bien plus élégant que de finir dans une benne à ordure !

Photos: (cc)Wild Guru Larry/flickr; wikimedia; video: collinxp/YoyTube; sottoitigli/YouTube