Culture

Que sais-tu du ciné polonais, Européen ?

Article publié le 28 février 2012
Article publié le 28 février 2012
Demandez à n’importe quel Italien quels réalisateurs polonais il connait. Quelle sera sa réponse ? Banalement simple : Kieslowski, Polanski, Zanussi, Wajda et peut-être même Skolimowski. Ces célébrités ont l’avantage de garantir le succès de toute rétrospective, la promotion d’un nouveau film ou au moins une large fréquentation aux projections, du simple fait de la curiosité.
Que voulez-vous, un nom célèbre c’est déjà ça …

Mes « vacances romaines », de plusieurs mois déjà, m’ont permis d’observer le nombre des personnes se rendant aux projections de films et aux rencontres avec les réalisateurs – polonais, bien entendu. Conclusion ? Cet univers est réservé aux quelques passionnés intéressés par le cinéma et à la recherche de nouveautés dans les festivals. On peut s’attendre à un public plus large quand il s’agit de quelqu’un de connu. C’est ce qui s’est passé lors de la projection du film de Lech Majewski, Bruegel, le moulin et la croix [titre original : Mlyn i Krzyz], dans le cadre du MedFilm Festival, au cours duquel a également été montré Beats of Freedom [titre original : Zew Wolnosci], un documentaire de Leszek Gnoinski et Wojciech Slota.

Pour voir quelque chose de polonais à Rome, vous devez fouiller un peu et rester au fait des programmes, des projections spéciales et des festivals. Seront déçus ceux qui s’attendent à voir la production de la nouvelle génération de réalisateurs, dont personne n’a entendu parler. Au cinéma, par contre, vous ne trouverez pas de film polonais. Le dernier accent polonais a été celui de Carnage [titre original : Rzez] de Roman Polanski. Le seul endroit où vous pourrez voir une nouvelle production est l’Institut Culturel Polonais, qui organise des projections de films et des rencontres avec les auteurs. Dans l’année à venir, il sera également possible d’y découvrir des courts-métrages, et cela grâce au Festival international de films courts Arcipelago.

La nouvelle génération a le droit à parole

La voix des jeunes artistes est importante, originale et appréciée dans les festivals étrangers, surtout quand il s’agit de courts-métrages (Talk to him [titre original : Porozmaniaj z nim] d’Agata Pretki, Switez, la cité perdue [Switez] de Kamil Polak, Firebird [Ognisty ptak] d’Andrzej Gosieniecki ou la nomination de cette année à Sundance, Récits de chambre froide [Opowiesci z chlodni] de Grzegorz Jaszczuk, comme dans le domaine de la fiction avec Suicide Room [Sala Samobojcow] de Jan Komasy, Erratum de Mark Lechki, Mall Girls [Galerianki] et Baby Blues de Katarzyna Roslaniec, All that I love [Wszystko, co kocham] de Jacek Borcuch et Out of love [Z milosci] d’Anna Jadowska. Malheureusement leur travail passe souvent inaperçu ou n’atteint qu’un petit nombre de personnes. La raison est assurément le manque d’une bonne distribution de nos films à l’étranger et leur absence dans les festivals. Si vous regardez les programmes des festivals européens et mondiaux, il est fort possible que vous n’y trouviez pas une seule nouveauté de la production nationale. Notre talon d’Achille est le manque d'une industrie de promotion et de professions liées strictement à la promotion à l'étranger. Les films européens ont des coproducteurs, des agents et des distributeurs étrangers qui ne s’occupent exclusivement que de la promotion d’un film hors des frontières de son pays d’origine.

En Pologne, les plus importantes institutions qui se chargent de cela sont l’Institut du Film Polonais et l’Association des Cinéastes Polonais. Mis à part ces organismes, il y a un certain nombre de sociétés de production privées, de distributeurs et de studios de cinéma dont la tâche est de montrer notre filmographie au monde. Dernièrement, des sites internet se sont créés dont le seul objectif est la promotion internationale. Ces projets se tournent essentiellement autour des courts-métrages et des documentaires. Des portails ont été créés à l’initiative de l’Institut polonais du film, de la Fondation Cracovienne du film ou encore par l’Institut Adam Mickiewicz. Grâce à cela, il est possible d’entendre tout ce que la nouvelle génération a à dire et combien de projets sont produits tous les ans. On y trouvera aussi des informations sur les récompenses attribuées aux artistes polonais et leurs nominations dans les festivals étrangers.

Tu sais compter, compte sur toi-même

Mais en réalité, chaque jeune réalisateur doit prendre sa promotion en main. C’est ce qui s’est passé quand Jan Komasy, lors du Festival de Cannes s’est trouvé un agent international qui a accepté de promouvoir son film La Chambre des suicidés [titre original : Sala Samobojcow]. Malgorzata Szumowska a également admis que plusieurs de ses films n’ont pu se réaliser que grâce à des coproductions internationales. Selon la réalisatrice, la seule façon de se faire un nom est de s’ouvrir à de nouvelles connaissances et, bien entendu, à la visite du plus grand nombre possible de festivals parce que c’est à la source qu’on se fait les meilleurs contacts. C’est d’autant plus important dans le domaine du cinéma d’auteur, où le budget pour la promotion est mince.

Le devoir des journalistes et des critiques de cinéma est d’écrire régulièrement sur ce qui se passe dans le cinéma polonais, mais aussi de chercher des opportunités pour que ces articles paraissent dans les journaux étrangers et les portails internet. Les cinéastes s’accordent à dire que le succès dépend, en grande partie, de notre capacité à s’auto-promouvoir et de notre patience. Tout commence toujours par des petits pas. Parfois les amateurs oublient qu’avant de recueillir les lauriers, le travail doit être au rendez-vous. Rien ne tombe tout cuit du ciel. On peut continuer de se plaindre sur ce qu’il n’y a pas en Pologne ou alors se concentrer sur la recherche de solutions efficaces.

Photos : Une et texte © courtoisie de Filmweb ;Vidéos :  : TheJudicool/youtube.com,  AscotEliteRomandie/youtube.com