Culture

Puerto Giesing : à Munich aussi on squatte !

Article publié le 2 septembre 2010
Article publié le 2 septembre 2010
Avec la crise économique, de nombreuses sociétés ont mis la clé sous la porte. Dans plusieurs villes, les bâtiments vides font désormais partis du paysage. L'ancien grand magasin Hertie de Munich est devenu un centre culturel : cette nouvelle expérience nommé Puerto Giesing a révolutionnée l'image bourgeoise de la « ville la plus au nord de l'Italie ».

Edeltraut, Bernd, Wanitta, Doris et les autres sortent en file indienne de la pièce principale du troisième étage de l'Hertie. Pourtant le grand magasin, situé dans le quartier de Giesing à Munich, est fermé depuis un an. Faillite.

Depuis la faillite, l'édifice accueille le centre culturel Puerto Giesing

Crise économique, investissements hasardeux, l'Hertie ressemble aux autres sociétés qui ont déposé les armes face au capitalisme. Mais dès le début, quelque chose de différent s'y produisit, un mouvement de réaction qui laissait penser que des cendres de ce phénix de ciment renaîtrait quelque chose de totalement nouveau. A en juger par le va-et-vient des jeunes qui entrent et sortent de l'édifice, désormais nommé Puerto Giesing, ce doit être quelque chose de très attrayant. Mais reprenons les choses dans l'ordre : l'an dernier, l'Hertie fermait et bradait tout ce qui constitue le matériel typique d'un centre commercial : étagères, portemanteaux, bureaux, tables, chaises... Pour une bouchée de pain. La foule se presse, comme si elle était consciente d'assister à un triste spectacle avec un seul acteur : la défaite du système économique. Au milieu de toutes ces personnes se trouvent probablement des ex-employés qui veulent assister à l'enterrement d'une partie de leur monde, au dépouillement de tout son scintillement et de toute sa décoration.

Les restes du grand magasin se mêlent aux nouveaux occupantsD'autres yeux étaient présents ce jour là dans le grand magasin. D'autres personnages, spectateurs et acteurs qui semblaient incarner à eux seuls la chute : une armée de mannequins, nus, semblant avoir perdu, en même temps que leurs vêtements, le sourire que quelqu'un leur avait imposé. Un spectacle macabre et attrayant auquel n'ont pas échappé les membres de hitApic, des photographes qui couvraient cette journée. Ils n'imaginaient pas encore qu'ils couvriraient la résurrection de ce lieu. En effet, que faire d'un immeuble entier, libre, qui risque de rester fermé et inutilisé pour plusieurs mois? La réponse de la ville de Munich arrivera très vite : les pièces ont  été ouvertes à de jeunes artistes en échange d'une participation financière symbolique pour le gaz et l'électricité. Depuis ce jour, l'Hertie - renommé Puerto Giesing - est un défilé de jeunes qui nettoient, peignent, s'approprient ces pièces et leur confèrent des atmosphères totalement neuves. A la place des rayons du magasin, on y trouve à présent des ateliers de mode, des groupes de rock, des designers et deux nouveaux clubs où chaque semaine, des groupes se produisent sur scène, devant un public heureux de goûter à une atmosphère bien différente des traditionnels nouveaux riches munichois. Au rez-de-chaussée, des expositions, marchés ou installations artistiques sont quotidiennement improvisés. 

Le groupe hitApic, composé de Wolfang Filser, Manuel da Coll et d'Erwin Rittenschober, dispose d'une petite pièce au deuxième étage, un lieu obscur où sont développées les photos argentiques – la méthode aussi devient presque un symbole tangible du vintage, comme l'Hertie – qui témoignent de la seconde jeunesse de ce bâtiment.

Les ex-employés d'Hertie ont aussi une nouvelle vie, un nouveau travail. Mais la nostalgie les rassemble une fois par mois. Ils se retrouvent au même bar qu'autrefois, entre amis, entre collègues. On discute : « tu te rappelles quand Doris... », on parle du nouvel emploi, on se souvient. Dimanche dernier, ils se sont retrouvés à Puerto Giesing, « leur Hertie », afin de poser pour hitApic : le vieux dans le neuf, deux réalités en symbiose. En sortant, ils ont regardé autour d'eux, observant avec un peu de suspicion les nouveaux habitants d'un espace devenue aujourd'hui bien étrange. Mais Puerto Giesing ne durera pas non plus éternellement : la démolition du bâtiment est prévue pour l'an prochain. HitApic sera là pour couvrir l'événement.

Photo: hitApic/hit-a-pic.de; video: Hauskapellmeister/YouTube