Culture

Pour réécrire l’histoire, à chacun son nègre

Article publié le 25 janvier 2013
Article publié le 25 janvier 2013
En raison de l’utilisation répétée du mot nègre dans le dernier film de Quentin Tarantino, Django Unchained, de nombreux médias et autres personnalités se posaient la question de savoir si le film était raciste. Ce n’est pas la première fois que le terme suscite des interrogations que ce soit au sein du monde du foot comme dans une lettre écrite par une petite fille de 9 ans.

Souvent, quand on choisit de monter dans un des trains les plus sombres de l’Histoire, il suffit d’un mot pour tout faire dérailler. La plus grande polémique linguistique qui agite le milieu du cinéma en ce moment correspond à l’utilisation répétée du mot « nègre » dans le dernier film de Quentin Tarantino, Django Unchained. Spike Lee, réalisateur américain noir, argue sur Twitter que le terme est devenu une obsession pour Tarantino qui l’utilise beaucoup pour polir les dialogues des ses longs-métrages. Le mot est présent 16 fois dans Pulp Fiction, 39 fois dans Jackie Brown et 99 fois dans Django Unchained.

Passablement énervé par la controverse, l’intéressé répond « n’avoir rien à foutre de Spike Lee » et précise que pour décrire l’époque, il faut exprimer ses codes (et il est vrai qu’en pleine moitié du XIX siècle, le mot était encore largement répandu dans le Sud des États-Unis). Cinéma à part, une polémique très similaire secoue l’Allemagne. Une maison d’édition souhaite se débarrasser des expressions discriminatoires contenues dans les livres classiques pour enfants. Une petite fille de 9 ans affirme dans une lettre publiée par un blog que c’est « vraiment nul que ce mot reste dans ces livres. Personne ne peut s’imaginer ce que ça fait de devoir lire ou entendre ce mot. » Le problème, c’est qu’à travers l’Europe, le mot « nègre » n’a pas du tout le même impact selon le pays concerné.

A droite : les « Negerkuss » (bisous nègres) - même chose - très commun en Allemagne, le terme a été supprimé en raison de la tendance allemande à éradiquer tout terme comprenant le mot "nègre".

En France, si vous appelez un Noir dans la rue « nègre », au pire vous allez en tôle, au mieux vous vous faites éclater la tronche. Mais le terme a plusieurs significations puisqu’il peut désigner un écrivain qui écrit des bouquins pour les autres. Si vous dites « Untel est le nègre de Patrick Poivre D’Arvor », ne vous inquiétez ni pour votre liberté, ni pour votre nez. En Espagne, surtout en Amérique Latine, le terme « negro » n’a rien d’injurieux. Grosso modo, c’est comme si vous disiez de Mario Monti qu’il est blanc. Pour se faire une idée de l’émotion que l’utilisation peut engendrer dans un mauvais contexte, il faut se souvenir de l’altercation entre deux joueurs de football en Angleterre. Fin 2011, lors d’un match opposant le club de Liverpool à celui de Manchester United, l’attaquant uruguayen des Reds, Luis Suarez, avait « traité » le défenseur français de Man U, Patrice Evra de « negro ». Accusé d’avoir proféré des propos racistes, Suarez a été condamné à huit matchs de suspension et près de 50 000 euros d’amende de la part de la Fédération anglaise de Football.

Dans sa plaidoirie, l’attaquant avait avancé que « negro » n’était pas une insulte mais une couleur. Alors, de deux choses l’une, modérez vos propos quand vous jouez au foot mais ne vous faites pas non plus trop de films.

Photos : Une © courtoisie de la page Facebook française de Django Unchained ; Texte : © Katharina Kloss