Culture

Postcards : « C'est un moment fantastique pour devenir artiste au Liban »

Article publié le 15 février 2016
Article publié le 15 février 2016

Quatre jeunes de la banlieue de Beyrouth sont parvenus à défendre leur musique loin du Liban et loin des cadres parfois convenus de la tradition orientale. Postcards joue désormais de la pop « à la Beach House » dans toute l'Europe et compte bien convaincre la jeunesse de son pays de faire pareil. Bons baisers de Palerme.

Six morceaux aux noms évocateurs et un son folk aux teintes mélancoliques et rêveuses : c’est ce que nous offre What Lies So Still, le deuxième EP  du groupe indie-folk libanais Postcards, paru en 2015 et disponible sur Bandcamp. Julia Sabra (ukulélé, mandoline, guitare, et voix), Marwan Tohme (guitare et voix), Pascal Semerdjian (batterie, harmonica et voix) et Rany Bechara (basse, clavier et voix) ont commencé à jouer ensemble en 2012. Des pubs de Beyrouth, les quatre jeunes amis ont fait le tour du Liban avec leur musique et organise actuellement leur deuxième tournée en Europe.

Après une tournée en Grande Bretagne, en France, et au Portugal – où ils ont participé à différents festivals, dont WildernessByblos International et Wickerpark, aux côtés de groupes comme Beirut – les Postcards arrivent pour la première fois en Italie avec 12 dates dans toute la botte. À l’occasion de leur concert au Bolazzi Bistro de Palerme Julia et Marwan ont accepté de nous rencontrer pour tout nous dire à propos de leur projet musical.

cafébabel : Comment votre groupe est-il né : en quoi consiste votre projet musical et quelle est votre histoire ?

Julia : Nous sommes un quatuor – moi, Marwan, Pascal et Rany. Marwan et Pascal sont cousins, et ils ont connu Rany lorsqu’ils étaient petits : ils allaient à la même école ensemble. Puis, pendant l’été 2012, nous nous sommes tous rencontrés chez un ami en commun. Nous sommes allés camper sur la plage et deux semaines plus tard les Postcards étaient nés, on a en fait tout de suite senti qu’il y avait un feeling entre nous. Nous aimons le même genre de musique folk, et dès le début on a décidé qu’on voulait écrire nos propres morceaux. On voulait faire quelque chose de différent du panorama des nombreux groupes libanais qui se contentent souvent de jouer des reprises .

cafébabel : Dans votre biographie et dans de nombreuses critiques vous concernant, on vous définit comme étant un groupe indie folk. Vous, comment vous définissez-vous ? Quels groupes influencent le plus votre musique et votre façon de jouer ?

Julia : C’est difficile à dire. Nous aimons beaucoup le folk, je dirais donc probablement folk-rock. Mais on est aussi très pop : les chansons ont des mélodies simples à chanter et notre son a indubitablement quelque chose qui fait « rêver »… je dirais donc folk-rock-dream-pop. De nombreux groupes aiment les Fleet Foxes, pour n’en citer qu’un, mais aussi les chanteurs folk plus anciens comme Nick Drake et Vashti Bunyan. Puis il y a en revanche des sons complètement différents comme ceux des Sigur Rós et des Beach House. Notre musique est un mélange de tous ces genres et influences.

cafébabel : On peut dire que l’indie folk est un genre très occidental, né en Grande Bretagne et aux États-Unis. Ceux sont généralement les groupes européens et américains qui recherchent des chansons plus traditionnelles et orientales : dans votre cas, vous semblez en revanche avoir fait le parcours inverse. Pourquoi jouer ce genre de musique en venant d’un milieu oriental comme le Liban ?

Julia : On nous pose souvent cette question. Je suppose que les gens sont surpris – en venant du Liban – du fait que nous chantions en arabe et qu’il y ait peu d’influences orientales, en termes de sons, dans notre musique. En fait, je pense que la musique que tu aimes jouer dépend beaucoup de la musique que tu aimes écouter. Dans notre cas, même si nous avons grandi entourés de musique orientale, nous avons toujours écouté de l'indie folk sur Internet. C’est donc ce qui vient naturellement lorsqu’on écrit, peut-être sans que nous nous en rendions compte. Aussi, l’environnement naturel d’où nous venons, ces montagnes à la banlieue de Beyrouth qui ont tout particulièrement inspiré notre premier EP, Lakehouse, les morceaux sont aussi très occidentaux. Il y a un tas de verdure, et de fromages, il fait froid en hiver, et parfois il y a même de la neige. On ne vient pas du désert avec les chameaux ! (rires)

L'EP de Postcards Lakehouse (2013).

cafébabel: Justement, à propos de votre premier EP, Lakehouse, vous avez dit qu’il avait été pensé de façon à faire partager votre expérience de la nature : vous parlez de montagnes, de lacs, d’arbres et d’amants. De quoi parle le deuxième, What Lies So Still

Julia : Contrairement à LakehouseWhat Lies So Still ne suit pas vraiment un thème. Les différents morceaux sont plutôt liés entre eux par une atmosphère particulière, une façon d’entendre qui les unit. C’est un disque qui parle de nostalgie de façon rêveuse, où même dans les morceaux les plus insouciants il y a toujours un mélange de joie et de tristesse. Les émotions parlent d’amour, de vie, et de perte…  des thèmes universels qu’on retrouve partout.

cafébabel : Que pouvez-vous me dire de vos futurs projets ? 

Marwan : Oui absolument ! Nous écrivons de nouveaux morceaux et trois d’entre eux font déjà partie de notre tournée actuelle nous espérons réussir à enregistrer notre nouveau disque d’ici la fin de l’année, lorsque nous aurons terminé les dates de notre tournée en Europe. Pour les enregistrements nous collaborons avec Tunefork, un studio indépendant de Beyrouth, et nous travaillons avec Fadi Tabbal, qui est aussi notre producteur. C’est un excellent techicien, nous l’avons impliqué dans chaque étape de la création de What Lies So Still et on aime avoir ses conseils dès qu’on écrit quelques chose de nouveau, afin d’avoir son avis et d'être sûrs que c’est cohérent avec notre projet.

cafébabel : Le Liban, tout du moins indirectement, est touché par une gigantesque crise politique et culturelle qui concerne aussi les pays voisins. Quelle place ont l’art et la musique dans la société libanaise actuelle ?

Marwan : À vrai dire, depuis quelques années, la scène musicale libanaise a incroyablement grandi ! Beaucoup de gens ont eu l’opportunité de sortir, de montrer leur talent et de faire ce qu’ils aiment : nous aussi on a commencé ainsi, il y a deux ans environ. C’est pour cette raison qu’on ne peut pas dire qu’on est politiquement conditionnés. Bien sûr, ce n’est pas chose facile de réussir à vivre uniquement de la musique, chacun d’entre nous a aussi un deuxième travail, mais je suis également convaincu que notre génération est la première qui réussit à sortir du Liban, avec succès du point de vue artistique. Je pense sincèrement que c’est un moment fantastique pour devenir un artiste au Liban. Tout se déroule maintenant et un grand changement est en train de se produire par rapport à la mentalité de nos parents et de nos grands-parents. Notre génération conserve un côté traditionnel, mais parallèlement, elle s’approche et regarde toujours plus les pays européens.

cafébabel: C’est déjà la deuxième fois que vous venez en Europe. Comment s’est déroulée cette expérience jusqu’à présent ? 

Marwan : Ce fût et c'est une expérience unique. Chaque pays est unique et même chaque passage dans le même pays est unique. C’est très différent de rencontrer d’autres peuples et cultures de cette façon, ce n’est pas comme lorsque tu te retrouves à bavarder avec un touriste étranger dans un pub. Pendant la tournée, même si tu vis que brièvement dans ces endroits, c’est extraordinaire. Aujourd’hui, c’est notre troisième jour en Italie et étant donné le planning très serré, nous n’avons malheureusement pas beaucoup de temps pour visiter les lieux, mais nous aimons tout ce que nous voyons : les gens, la nature, la nourriture. Demain, ce sera notre premier jour de repos et nous avons hâte d’aller faire un tour ! 

Postcards - « Where the Wild Ones » 

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Cet article a été rédigé par la rédaction locale de cafébabel Palermo. Toute appellation d'origine contrôlée.