Culture

Portogallo road

Article publié le 29 août 2007
Article publié le 29 août 2007
Quatrième et dernier volet de notre série 'Divercités', une exploration estivale de lieux insolites et poétiques. Direction le Portugal, des falaises à pic battues par l’Atlantique aux airs de fado de Lisbonne.

Ces dernières années, la péninsule lusitanienne a radicalement changé. Sans pour autant renier son côté sauvage et désuet. Villages battus par les vents de l'océan, plages intactes et l'incomparable parfum des eucalyptus, c'est ce qui fait le charme particulier du Portugal. Pierre précieuse enchâssée dans la grande Espagne, c'est un pays riche d'histoire et de culture, de beautés naturelles.

Comme un immense balcon perché sur l'Atlantique où les effluves d’iode se mêlent à celles de la délicieuse cuisine locale, arrosée de deux vins profondément différents et qui semblent refléter la double âme de ce pays. Le ‘porto’, chaud et mélancolique, et le ‘vinho verde’, frais, unique en son genre. Quiconque veut visiter ce pays doit prendre son temps, se munir de chaussures confortables et avoir l'esprit aventureux. Surtout, il faut une voiture capable de gravir les pentes raides de Monchique, le toit de l'Algarve.

Perle de mer

Porto est l’une des villes les plus singulières et fascinantes du Portugal. Au coeur d'une région viticole, la ville s'accroche aux berges du Douro. Ses rivages sont l'unique endroit paisible dans une ville dépourvue d'équilibre urbanistique et qui souffre d'un trafic excessif.

C'est par un labyrinthe de routes et de ruelles très raides qu'on accède au coeur du pittoresque quartier de Ribeira. De là, une descente rapide mène au fleuve et au foisonnement de petits restaurants de poisson, d'où l'on peut observer le Don Luis I, un pont métallique à deux niveaux réalisés sur les plans de l’architecte français Gustave Eiffel. Il relie le centre-ville au quartier des caves où l'on produit le Vinho do Porto.

Les routes portugaises s'étendent presque toutes dans l'arrière-pays et les régions de pâturages. Les courbes de l’océan appellent toujours un détour : Cabo da Roca est une étape à ne pas laisser passer lorsqu'on vient du Nord pour aller vers Lisbonne. Partie intégrante du parc naturel de Sintra et Cascais, c'est la pointe la plus à l'ouest du continent européen, caractérisée par un panorama à couper le souffle grâce à ses falaises de plus de 100 mètres à pic au-dessus de l'Atlantique.

De Lisbonne à la 'fin du monde'

Jusqu'à Lisbonne, l'étape est brève. La ville n'est ni imposante, ni dépaysante. Simplement familière. Les gens semblent être à l'image de ceux qui vivent dans les petits villages traversés le long de la nationale. Là aussi, au centre de la capitale lors des lourds après-midis d'été, les vieilles s'endorment assises devant leur maison, dans le quartier adjacent au château comme dans le quartier de l'Alfama, où les petites maisons blanches s'entremêlent entre elles, créant un enchevêtrement d'escaliers et de ruelles qui s'animent jusqu’à tard le soir au son du fado.

Lisbonne vit dans ses cafés, dans ses rues grouillantes jusqu'à l’aube et dans ses tavernes qui envahissent le ‘bairro alto’, un quartier qui allie la tradition à l'avant-garde, où de nouveaux espaces de recherche artistique se développent entre les petites boutiques d'artisanat et les antiques ‘tascas’ [tavernes].

Direction l’extrême pointe sud du Portugal. Cabo de San Viciente reste encore aujourd'hui 'la fin du monde'. C'est d'ici que partaient les navigateurs à la recherche de nouvelles terres. Pour jouir du coucher de soleil derrière son petit phare, se noyer dans les eaux qui se brisent violemment contre les rochers découpés, il faut se rendre dans un autre endroit tout aussi unique et merveilleux, la Ponte de Sagres. Vaste promontoire rocheux constamment battu par les vents, elle ressemble à un énorme doigt posé sur l'océan pour indiquer la route vers les terres lointaines.

Quand le soleil baisse ses rayons ardents et l'Atlantique semble chercher un peu de solitude, les nombreux surfeurs provenant de toute l'Europe affluent dans le tout petit village de Sagres pour boire et bavarder à l'Agua salgada, un petit bistrot où l'on peut déguster un exceptionnel ‘batido’ de fruits et écouter de la musique jusque tard dans la nuit ou tôt le matin.

Celui qui traverse le Portugal devrait retenir cette phrase du grand auteur national José Saramago. « Il accepte de se tromper de route et de retourner sur ses pas - ou, au contraire, persévère jusqu'à inventer des voies de sortie inhabituelles vers le monde. Il ne pourra faire meilleur voyage. »